Les vagues de chaleur : un impact économique désormais mesurable

Il a fallu des températures extrêmes pour les médias accordent un peu de place au phénomène de réchauffement massif que connaît la planète en ce moment.

Certes, le sujet majeur réside dans l’évacuation des touristes ; les « sinistrés » ou les « rescapés » suivant le degré de stress que veulent véhiculer les médias.

Au moins l’information sur les températures est donnée. C’est déjà ça.

J’ai un peu renoncé à évoquer les conséquences dramatiques à moyen ou long terme pour la planète ou à rappeler la responsabilité de l’homme dans le phénomène : tout le monde s’en fout sinon des mesures réelles seraient prises. Autre discours qui ne sert à rien : raconter une histoire théorique sur ce qui va se passer en 2050 ou 2100. C’est souvent fumeux et invérifiable.

J’ai essayé ici, même si en fait peu de données claires et fiables sont disponibles, d’évaluer l’impact économique immédiat de ce qui se passe en ce moment. L’impact sonnant et trébuchant aura peut-être plus d’effet qu’un laïus catastrophiste ou moralisateur. (J’ai le droit de rêver). 

C’est maintenant que ça se passe et c’est concret : des températures insupportables concernent de nombreux endroits de la planète. Pas de prévision, pas d’estimation, pas de fake news, pas de complot : les chiffres sont là.

Bien sûr quelques crétins assènent le classique : « c’est l’été, il fait chaud » ou quand il fait 18° chez eux : « il n’y a pas de réchauffement, la preuve, j’ai mis un pull ce matin », ou pour les plus sophistiqués : « il y a toujours eu des cycles dans le climat, on s’adaptera ». Laissons-les dans leur bêtise.

En fait, beaucoup de secteurs sont concernés et les impacts sont loin d’être négligeables. Je me concentre sur l’Europe. Les impacts nous concernent plus directement et cela facilitera peut-être les prises de conscience.

Le tourisme : secteur important en Europe.

Fermetures de sites au période de températures extrêmes, moindre consommation…il est probable que beaucoup de touristes iront sur des sites plus tempérés. Ce n’est pas un arbitrage à somme nulle. En effet, dans ce cas, outre les pertes d’activités, des pertes en capital seront immanquablement enregistrées avec toutes les conséquences sur les économies locales…Imaginons la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Sud de la France avec 20 à 30% de touristes en moins.

Impact estimé sur l’économie de la Zone Euro en 2023 : 0.2% en 2023

L’agriculture : les cultures et les récoltes sont plus difficiles quand il fait 40°

Le manque d’eau et les températures élevées dans le sud de l’Europe ont des impacts forts sur toute l’Europe du Sud : les productions sont moindres et entraînent une hausse des prix sur de nombreux produits. Il y a un impact sur les agriculteurs concernés par les moindres récoltes et sur le poids des importations pour compenser.

Impact estimé sur l’économie de la Zone Euro en 2023 : 0.1% en 2023

L’immobilier et les infrastructures

Au-delà des tensions sur l’accès au crédit qui obèrent la rentabilité de nombreux projets, la construction est rendue plus couteuse du fait de la productivité plus faible des ouvriers (essayez de monter un mur par 40° à l’ombre…). Les coûts liés à l’impact de la chaleur sur les matériaux explosent : en effet, l’acier se déforme sous l’effet de la chaleur, tandis que le béton devient difficile à travailler et durcit beaucoup plus rapidement, ce qui le rend plus susceptible de se fissurer et nuit à sa solidité et à sa durabilité. Il y a également le risque que le béton se détériore avant d’être coulé. Tout cela se traduit par des coûts supplémentaires pour le secteur et pèse sur l’activité. Enfin, le secteur immobilier résidentiel dans ces régions va ralentir : la ruée vers le sud et les cotes devrait être nettement moins, beaucoup d’acheteurs vont revoir leur plan…

Impact estimé sur l’économie de la Zone Euro en 2023 : 0.2% en 2023

L’activité manufacturière

Comme disait une pub de ma jeunesse « il fait trop chaud pour travailler… »

L’une des principales raisons pour lesquelles les chaleurs extrêmes constituent une menace économique est qu’elles rendent le travail plus difficile. Les températures élevées vont de pair avec une faible productivité. Lorsqu’il fait chaud, les êtres humains travaillent plus lentement, prennent plus de risques et leurs fonctions cognitives diminuent. Dès cette année, j’estime que 2 à 3% des heures de travail sont perdues.

 Même ceux qui travaillent à l’intérieur sont de plus en plus menacés par la fréquence croissante des vagues de chaleur intense : beaucoup, surtout dans les pays et les secteurs défavorisés n’ont pas de climatisation.   

Selon une étude, après la vague de chaleur dévastatrice qui a frappé la Colombie-Britannique au Canada en 2021, les accidents du travail liés à la chaleur et nécessitant une indemnisation ont augmenté de 180 % par rapport à la moyenne des trois années précédentes. Plus d’un tiers de ces accidents concernaient des travailleurs à l’intérieur, contre 20 % en moyenne.

Les usines et les entrepôts ne sont tout simplement pas conçus pour les températures que nous connaissons actuellement et que nous prévoyons de connaître.

Impact estimé sur l’économie de la Zone Euro en 2023 : 0.2% en 2023

La disponibilité de l’eau

Outre les secteurs évoqués plus haut, le manque d’eau dans certaines zones (de plus en plus vastes) aura immanquablement un impact. Le long du Rhin, l’une des voies navigables les plus importantes d’Europe, les entreprises ont dû faire face à des perturbations dues au faible niveau des eaux au cours de trois des cinq dernières années. Certaines centrales nucléaires en France sont pénalisées par le manque d’eau depuis plusieurs années. 2023 ne déroge pas.

Tout ceci finit par augmenter les coûts du transport et de l’énergie et pèse donc sur l’activité.

Impact estimé sur l’économie de la Zone Euro en 2023 : 0.2% en 2023

L’assurance

Les assureurs voient le coût et la fréquence des aléas augmenter fortement. Les compagnies finiront par augmenter les primes d’assurances. Instantanément l’impact est faible mais les entreprises qui vont l’anticiper vont aussi limiter la voilure dans les zones les plus chaudes.

Impact estimé sur l’économie de la Zone Euro en 2023 : 0.1% en 2023

La vague de chaleur subie en Europe a, d’après mes estimations, un impact de l’ordre de 1% en année pleine soit environ 100 Milliards d’Euros qui sont en train de s’évaporer sous nos yeux… On peut ne pas « croire » au réchauffement climatique, se dire que cela n’est pas d’origine humaine mais à défaut d’entreprendre des solutions pour améliorer la situation, il semble urgent d’envisager des mesures d’adaptation et d’accompagnement pour les populations concernées les plus fragiles. Envoyer 2-3 canadairs pour éteindre des incendies est louable mais s’avèrera de plus en plus vain.

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