La BCE fait sa rentrée – 22 janvier 2024
C’est passé inaperçu alors que c’était certainement l’une des informations de marché les plus importantes de la semaine passée. Le marché boursier indien a atteint le seuil de 4000 milliards de dollars de capitalisation – un record. A l’inverse, la capitalisation du marché boursier chinois continue de chuter, ce qui incite à la prudence. Les valeurs du secteur de la consommation constituent le gros de la cote en Inde, en particulier Zomato (livraison de nourriture à domicile) et MakeMyTrip (agence de voyage en ligne). C’est LE marché émergent à suivre dans les années à venir.
Perspectives
C’est cette semaine que les banques centrales font leur rentrée. La Banque Centrale Européenne (BCE) va être le principal point d’attention. De plus en plus d’analystes s’attendent à ce que l’institution baisse les taux avant la Réserve Fédérale américaine (Fed). Les arguments en faveur de ce scénario sont nombreux :
- Le processus de désinflation se poursuit sans encombre en zone euro. L’objectif d’inflation à 2% est désormais atteignable à moyen terme. Selon les dernières projections de la BCE, l’indice des prix à la consommation devrait atteindre 2,1% en 2025 et 1,9% en 2026.
- Des mesures plus fines de l’inflation vont également dans ce sens. L’indice PCCI (Persistent and Common Component of Inflation) hors alimentation et énergie, qui est l’indicateur favori de la banque centrale pour mesurer les pressions inflationnistes en zone euro, a chuté sous 2% en novembre. C’est très encourageant.
- Enfin, tout porte à croire que la boucle prix-profit, qui a alimenté la hausse des prix sur une partie de l’année 2023, n’est plus un sujet.
La bataille contre l’inflation n’est pas complètement terminée. Mais tout indique que le pire est désormais derrière nous. Voilà pour la partie économique.
On sait que la BCE prend en compte aussi d’autres paramètres, y compris politiques, pour conduire la politique monétaire. Par le passé, elle a souvent été critiquée pour son excès de prudence. Il n’est pas improbable qu’elle commette de nouveau cette erreur en préférant que ce soit la Fed qui enclenche le cycle de baisse des taux plutôt qu’elle, alors que la conjoncture économique s’y prête.
Ne vous attendez pas à ce que la BCE s’engage sur un calendrier de baisse des taux ce jeudi, vous serez déçus.
Semaine historique – 15 janvier 2024
La semaine écoulée est historique :
- La Chine confirme sa domination croissante dans le secteur des véhicules électriques. En incluant les hybrides rechargeables, le constructeur chinois BYD a vendu près d’un million de voitures au troisième trimestre 2023 contre 500 000 pour Tesla, son concurrent direct. Fin 2020, BYD n’écoulait qu’environ 50 000 véhicules par trimestre.
- La patience paie enfin ! Le Nikkei 225 a atteint un point haut de 34 ans au-dessus des 34 000 points pour la première fois depuis mars 1990. Au regard des solides fondamentaux économiques et de la bonne santé des entreprises nippones, ce n’est pas près de s’arrêter.
- Les oiseaux de mauvais augure craignaient une crise de la dette en zone euro en raison de la flambée des coûts d’emprunt et des niveaux de dette. Raté ! Lors de la journée du 9 janvier, plus de 43 milliards d’euros de dette privée et publique ont été émis – du jamais vu. La demande pour les emprunts d’État a atteint un niveau record. C’est un signe de confiance dans la signature des États
Perspectives
C’est cette semaine que la campagne présidentielle pour l’élection du 5 novembre commence. La primaire républicaine de l’Iowa a lieu aujourd’hui. Donald Trump espère assommer Ron DeSantis, actuel gouverneur de Floride, et Nikkey Haley, ancienne ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, pour confirmer son statut de favori malgré les nuages judiciaires. Les candidats se disputent 40 délégués dans cet État sur un total de 2467 en jeu. Ils sont attribués à la proportionnelle. Par exemple, si Trump remporte 42% des voix, il obtient 17 délégués. L’Iowa est un petit État rural du Midwest mais d’importance. Il possède une population à 90% blanche et majoritairement évangélique, ce qui en fait un bon baromètre pour les Républicains. Sauf surprise de dernière minute, tous les sondages indiquent que Trump est en mesure de remporter l’investiture républicaine.
Une année de crises – 8 janvier 2024
L’année qui commence va être chargée. C’est une année de crises. Les tensions ainsi que les conflits se multiplient dans un monde qui tangue dangereusement. Les appétits de certaines puissances s’aiguisent et l’instabilité s’accroît. Il y a quatre points chauds à surveiller :
- L’Ukraine. La guerre s’enlise et chacun essaie de saigner l’autre. L’Ukraine va devoir mobiliser 500 000 soldats cette année. La Russie, elle, fait des rafles de migrants pour les envoyer au front. C’est un point de bascule important pour l’Europe.
- Taïwan. L’élection présidentielle aura lieu le 13 janvier. La Chine semble pousser pour influencer en sa faveur les votes. A cela s’ajoute bien entendu la pression militaire de Pékin qui vise à prendre le contrôle de ce territoire.
- Le Proche-Orient. L’offensive d’Israël dans la bande de Gaza à la suite des attentats terroristes commis par le Hamas le 7 octobre dernier continue sans aucune porte de sortie diplomatique à l’horizon. Le Hamas refuse toutes les propositions de trêve. Le conflit polarise les opinions publiques (d’un côté ou de l’autre) et est un vecteur d’instabilité internationale.
- Les États-Unis. Le 5 novembre auront lieu les élections américaines et ceci dans une ambiance électrique. Les primaires commencent le 15 janvier. Impossible de lire dans une boule de cristal pour prédire l’avenir mais l’élection constitue un enjeu international important notamment vis-à-vis du soutien à l’Ukraine.
Perspectives
En 2023, l’inflation était le point d’attention principal. Maintenant que nous savons que le processus de désinflation est bien amorcé et qu’un retour à la cible des banques centrales est crédible à moyen terme, il est probable que les chiffres d’inflation pour les États-Unis attendus cette semaine suscitent un intérêt plus limité. Pour nous, la croissance est LE sujet macroéconomique de l’année 2024, en particulier la dynamique sur le marché de l’emploi. Comme l’a montré le dernier rapport du Département du Travail pour l’économie américaine en décembre, la dynamique reste encore positive outre-Atlantique. Jusqu’à quand ?
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