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L’évolution récente des marchés augure-t-elle une année 2023 plus positive ?

Durant les pires moments de la pandémie, nous avions tenté d’imaginer le monde post-covid : plus vertueux, plus vert, moins globalisé, plus précautionneux du bien-être des individus… Vœux pieux : cette année 2022 qui s’achève marque au contraire le retour d’une certaine radicalité mondiale. Elle restera donc dans les mémoires, à plusieurs égards : retour de la guerre en Europe et niveau de tensions géopolitiques internationales très élevé, inflation à des niveaux inimaginables il y a encore peu, au plus haut depuis 40 ans, ralentissement économique, tensions sociales et déliquescence des pouvoirs politiques un peu partout. Et le comble, réouverture de centrales électriques à charbon en Europe dans la zone qui se veut la plus verte. Les Banques Centrales, cette fois-ci, n’ont pas pu intervenir de manière procyclique : elles ont été contraintes de durcir leurs politiques monétaires pour contrer l’inflation avec pour objectif de freiner la demande globale. La première partie de l’année a donc été caractérisée par un « Bear Market » simultané actions/obligations, ce qui est également assez rare dans l’histoire financière.

Dans ce contexte très anxiogène, le vif rebond des marchés est impressionnant. Il se fonde sur un scénario potentiel plus positif pour 4 principales raisons :

1 – L’inflation va commencer à refluer. Les goulets d’étranglement issus de la réouverture des économies à la suite de la pandémie de Covid s’estompent. Par exemple, le coût du transport d’un conteneur entre Shanghai et Los Angeles a chuté de plus de 80 % cette année et est presque revenu au niveau de 2019. Dans le même temps, les prix des matières premières se stabilisent et les effets de base aideront à stabiliser les augmentations de prix. Il reste le paramètre « salaires ». Ils ont tendance à augmenter et les taux de chômage restent très bas aux États-Unis comme en Europe. Mais le ralentissement causé par le resserrement des politiques monétaires et budgétaires devrait finir par peser sur l’emploi et limiter ainsi les hausses de salaires.

2 – Dans ces conditions, les taux d’intérêt devraient désormais se stabiliser. Le prix de tous les autres actifs ne devrait donc plus être pénalisé par le facteur hausse des taux.

3 – Ensuite, à partir de la mi-2023, les marchés devraient se focaliser sur la reprise attendue de l’activité en 2024, car la récession ou le ralentissement en 2023 devraient être peu profonds. Ils ont été créés quelque peu artificiellement par le resserrement des politiques monétaires et la flambée des prix de l’énergie à la suite de la guerre en Ukraine et de la fermeture des approvisionnements en provenance de Russie. Ce choc brutal prendra un peu de temps à être résolu mais, progressivement, de nouveaux circuits se mettront en place avec d’autres fournisseurs, dont le gaz liquéfié américain. En outre, la Chine sera en phase de reprise en 2023, tout comme l’Asie entière. Les signes de réouverture de l’économie chinoise et d’assouplissement de la politique « zéro Covid » se multiplient en effet. Le gouvernement semble disposé à soutenir l’économie, notamment par des mesures de soutien au secteur immobilier très déprimé depuis 2 ans.

4 – Enfin, géopolitiquement, l’année ne peut pas être pire que celle que nous venons de vivre. La guerre en Ukraine s’est équilibrée grâce aux armes occidentales, et surtout américaines, et la Russie ne devrait pas utiliser d’armes nucléaires : même la Chine, pays déclaré ami, a condamné l’utilisation potentielle d’une telle extrémité. Un scénario de négociation ne semble donc pas exclu. En ce qui concerne la Chine, l’exemple des sanctions occidentales et la suprématie militaire de l’Occident devraient aussi calmer l’empressement possible à s’emparer de Taïwan. La Chine devrait se concentrer sur la relance de son économie pour calmer le mécontentement populaire qui commence à se manifester partout dans le pays.

Nous adhérons globalement à ce scénario positif pour l’année 2023. Nous pensons que les rendements longs obligataires devraient se stabiliser un peu au-dessus des niveaux actuels, autour de 4,0 %/4,5 % sur le 10 ans US et 2,0 %/2,5 % sur le Bund. En effet, nous pensons que les marchés obligataires sont un peu optimistes en anticipant dès la fin 2023 une détente des taux monétaires, ce qui nous paraît aléatoire. Nous considérons plutôt que les Banques Centrales marqueront une pause assez longue avant éventuellement de procéder à une détente des politiques monétaires. Les actions pourraient progresser sur l’ensemble de l’année 2023. Les valorisations d’ensemble sont raisonnables et, à partir de la mi-année 2023, les investisseurs pourraient commencer à anticiper un rebond des bénéfices des entreprises en 2024. En termes géographiques, nous considérons que les actions chinoises offrent le plus de potentiel : elles restent très sous- valorisées en absolu et en relatif et pourraient bénéficier de la reprise économique attendue dans le pays.

Il y a deux risques principaux cependant :

  • Celui, le plus important, d’une poursuite de la remontée de l’inflation, avec la reprise de la Chine qui engendrerait une remontée du prix des matières premières. Dans ce cas, le taux terminal des Fed Funds ne serait plus autour de 4,5 % mais pourrait atteindre la zone de 6,0 % environ, avec pour conséquence une violente remontée des taux obligataires. Cela impacterait fortement le prix des actifs, dont les actions.
  • L’autre risque serait celui d’une récession plus importante que prévue initialement. Les marchés obligataires progres- seraient, mais les actions seraient affectées lourdement par des révisions à la baisse des bénéfices.

Nous conservons une appréciation neutre vis-à-vis des actions et réduisons d’un cran notre vue globalement constructive sur les obligations. Quel que soit le scénario, nous pensons en effet que les mouvements de marché récents ont été un peu trop forts et appellent au moins une pause, voire une consolidation.

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