L’impact des plans d’investissement européens sur la croissance sera encore plus important qu’attendu…

L’Europe ne devrait pas échapper à une récession au tournant de l’année, à tout le moins dans le secteur industriel…

L’Europe ne devrait pas échapper à une récession au tournant de l’année, à tout le moins dans le secteur industriel. L’économie doit absorber un choc énergétique inflationniste dans un contexte de ralentissement de la demande mondiale et de normalisation monétaire. Mais cette récession sera limitée notamment grâce aux soutiens budgétaires, le plus souvent ciblés sur les populations les plus vulnérables, et sera suivie d’une reprise modérée à la faveur de l’atténuation des chocs.

Après une année 2023 que l’on pourrait qualifier « d’année blanche » en termes de croissance, l’Europe devrait pouvoir bénéficier de perspectives de croissance favorables à moyen terme, portées par des plans d’investissement exceptionnels.

La succession de crises ces dernières années a clairement révélé le besoin d’investir massivement :

  • les tensions commerciales sino-américaines ont alerté sur les besoins d’investissements technologiques ;
  • ensuite, la crise Covid et la guerre en Ukraine ont souligné la nécessité d’améliorer l’indépendance stratégique (sur les plans sanitaire, énergétique, alimentaire et militaire) ;
  • enfin, les accidents climatiques ont rappelé l’urgence de la transition environnementale.

« Il faut se rappeler que l’Europe souffrait déjà d’un déficit d’investissement depuis la crise financière. »

Le Plan Juncker – mis en place en 2015 – avait pour objectif de mobiliser 315 milliards d’euros d’investissement en 3 ans. S’appuyant justement sur le succès de ce Plan Juncker (l’objectif a été dépassé en 2018), l’Union Européenne s’est dotée alors d’un nouveau programme, Invest EU, en 2020, qui devait générer plus de 500 milliards d’euros d’investissement sur 5 ans.

Tandis que la direction était prise, la crise sanitaire en mars 2020 a rendu nécessaire d’amplifier les efforts d’investissement.

Le Plan de relance pour l’Europe – Next Generation EU (NGEU) – voit ainsi le jour en juillet 2020 et l’UE convient alors d’investir plus de 800 milliards d’euros pour transformer l’économie européenne.

La pièce maitresse de Next Generation EU est le Fonds de Facilité pour la Reprise et la Résilience (FRR). Pour rappel, cet instrument propose des subventions et des prêts pour soutenir les réformes et les investissements dans les Etats membres de l’UE, dont la valeur totale s’élève à 724 milliards d’euros. Pour recevoir ces fonds, les Etats doivent élaborer des plans budgétaires décrivant la manière dont ils vont investir, tout en respectant les priorités de l’UE (transition verte et numérique notamment).

Le reste des fonds de Next Generation EU – NGEU- (environ 83 milliards d’euros) est versé aux Etats membres par plusieurs programmes, dont Invest EU, afin de promouvoir l’investissement à moyen terme et de renforcer l’effet de levier[1].

« Ce principe de garantie budgétaire pour générer de l’investissement privé a déjà fait ses preuves via le Plan Juncker entre 2015 et 2018. »

Et le relais pris par le programme Invest EU contribuera également à mobiliser des investissements privés en faveur des priorités de l’Union européenne, telles que le Pacte vert et la transition numérique.

Plus concrètement encore, la transmission des fonds européens (FRR) à l’économie réelle en Italie est particulièrement notable. Les dépenses d’investissement sont actuellement 20 points au-dessus de leur niveau d’avant crise Covid (graphe 1). L’Italie est le principal bénéficiaire du FRR avec presque 200 milliards d’euros de dotations (69 mds de subventions et 123 mds de prêts) et la part réservée à l’investissement est dominante (2/3 du montant, graphe 2).

Investissement en italie surperforme le reste de la zone euro
Graphe 1

Source : Datastream – Calculs : Groupama AM

Repartition du fonds de relance en Italie
Graphe 2

Source : Commission européenne – Calculs : Groupama AM

Le plan NGEU associé au budget « classique » à long terme de l’UE de 1 200 milliards d’euros constitue un ensemble vaste de mesures pour relancer l’investissement jamais financé en Europe. Cette dernière dispose ainsi de plus de 2 000 milliards d’euros au total sur 5 ans pour reconstruire son économie de l’après-Covid et effectuer l’ensemble des transitions nécessaires à sa transformation.

Notre scénario peu consensuel d’un « boom sur l’investissement » à moyen terme repose donc, d’une part, sur les montants colossaux mis sur la table par l’UE et, d’autre part, sur la prise de conscience de l’ensemble des acteurs économiques (Etats, entreprises et banques centrales) de la nécessité d’allonger l’horizon et d’accélérer les transitions et de ce fait d’investir massivement via une impulsion publique.

La dernière note de conjoncture de l’Insee montre bien que la crise énergétique est une opportunité pour adapter les processus de production et effectuer des investissements, notamment dans l’industrie verte (graphe 3).

Reactions attendues des entreprises francaises face à la hausse des prix energie
Graphe 3

Source : INSEE

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