L’industrie allemande proche du point bas ?

L’industrie allemande a considérablement souffert du choc énergétique de 2022. Les chiffres récents peuvent donner l’impression que rien ne s’améliore, mais ce n’est pas tout à fait vrai.

Avec un PMI manufacturier en dessous de 40 cet été, l’Allemagne se distingue comme le pays développé où le ralentissement industriel est le plus marqué. Ce constat est confirmé par l’indice IFO du climat des affaires dans l’industrie, qui a replongé en août vers un nouveau point bas dans ce cycle (graphique 1). Si le ralentissement industriel est un phénomène global, il affecte particulièrement une industrie allemande qui avait déjà perdu en compétitivité depuis 2018 (en particulier dans l’automobile), et qui a subi de plein fouet la crise du gaz naturel de 2022. C’est d’autant plus important pour l’économie allemande que la valeur ajoutée de l’industrie y représente environ 20% du PIB, contre 12% dans la moyenne des autres pays de la zone euro.

Une étude publiée cet été par le FMI suggère que la crise énergétique de 2022 ferait perdre environ 1,2% au PIB potentiel allemand, essentiellement à cause du choc sur les industries les plus énergivores (chimie, métallurgie, etc.). La production dans ces secteurs a plongé de 17% depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, soit presque autant que lors de la grande récession mondiale de 2008/09 (graphique 2).

L’étude souligne cependant plusieurs points positifs, dont la forte et rapide amélioration de l’efficacité énergétique de l’industrie, et le fait que la majorité de l’effet négatif sur le PIB ait déjà eu lieu en 2022. De plus, la baisse des prix de l’énergie depuis l’été dernier a allégé la pression. Le prix réel, c’est-à-dire ajusté de l’inflation, du gaz naturel importé en Allemagne a en effet presque rejoint sa moyenne historique (graphique 3). Cette évolution a permis à l’Allemagne de renouer avec un confortable surplus commercial de plus de 110 milliards d’euros depuis le début de l’année.

Dans ce contexte, la nette remontée récente des prix du pétrole n’est pas une bonne nouvelle. Elle n‘aura cependant qu’un impact modéré, le pétrole représentant moins de 20% de l’énergie utilisée par l’industrie allemande. De plus, les prix du gaz naturel et du charbon restent sages pour le moment, à des niveaux proches des plus bas atteints au printemps.

Sauf nouveau choc externe, il est donc possible, voire probable, qu’après sa chute vertigineuse, la production des industries allemandes les plus énergivores commence à se reprendre dans les mois qui viennent. Un tel scénario contribuerait à la stabilisation de l’économie allemande et à l’atténuation des mauvaises nouvelles qui se sont récemment accumulées au sujet de la croissance européenne.

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