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L’inflation américaine au plus haut depuis 1981

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USA | FiBee : Les actualités économiques et financières
  • Les dernières déclarations de Poutine donnent peu d’espoir sur un arrêt imminent de la guerre. Il a clairement indiqué que la guerre allait continuer jusqu’à que la Russie atteigne ses objectifs. Un des objectifs semble bien être celui de montrer au moins une victoire. La prise de Marioupol pourrait être un des trophées recherchés, permettant à la Russie de contrôler une partie du sud de l’Ukraine. L’impact humain et économique pour l’Ukraine est dramatique. Poutine a minimisé l’impact des sanctions sur son pays, en se référant à l’appréciation récente du rouble. Ce constat ne fait aucun sens, la cotation de la monnaie russe à Moscou est manipulée par la banque centrale. L’impact économique sur la Russie de sanctions mises en place, malgré la manne issue de la poursuite de ses ventes de produits énergétique, devrait continuer de s’aggraver dans les mois à venir.
  • En Chine, la prolifération des contagions liées à l’Omicron continuent. Ceci a contraint les autorités à maintenir la ville de Shanghai (27 millions d’habitants) largement confinée, en poursuivant sa politique de tolérance Zéro. Néanmoins, des assouplissements semblent se mettre en place. Ces confinements vont dégrader davantage que prévu la conjoncture chinoise, et pourraient venir exacerber les tensions sur les chaînes de production mondiales, notamment avec le blocage du port de Shanghai. En même temps, on constate que les relâchements des contraintes sur le crédit se font jour, avec des flux de financements qui repartent à la hausse. Mais on attend bien davantage des autorités chinoises pour soutenir l’économie, surtout si elles veulent s’approcher de leur objectif de 5,5% de croissance.
  • Avec les pressions qui persistent sur les prix des matières premières, la dynamique de l’inflation reste un des sujets qui domine l’évolution des marchés. Les chiffres sur l’évolution des prix au cours du mois de mars aux Etats-Unis, comme attendu ont porté la hausse de l’inflation au-dessus de 8%, le plus haut niveau depuis décembre 1981. Compte tenu des effets de base, avec notamment une stabilité du prix du pétrole autour des prix actuels (autour de 100 dollars le baril de Brent), on pourrait être proches du pic de l’inflation outre Atlantique.  Néanmoins, le débat aujourd’hui doit continuer à se focaliser sur la dynamique future. Plus précisément sur la capacité des banques centrales, notamment de la Fed, d’assurer la convergence de l’inflation vers un niveau proche des 2% et ceci en essayant de préserver la croissance.
  • Le marché obligataire devrait rester très volatil, toujours à la recherche du niveau auquel le Fed pourrait arrêter ses hausses des taux et les risques que l’inflation et le resserrement monétaire pourraient avoir sur la croissance. Nous conservons, pour l’instant, toujours la vue que des deux côtés de l’Atlantiques, à moins d’une détérioration rapide de l’activité, les resserrements monétaires pourraient s’avérer plus sévères que prévus, ce qui maintiendrait une pression haussière sur les taux d’intérêt notamment à long terme.

Aux Etats-Unis, l’inflation au mois de mars est ressortie à 8,5% en glissement annuel, soit légèrement plus élevée que le consensus et au plus haut niveau depuis décembre 1981. Comme attendu, vu les pressions récentes à la hausse sur les prix des matières premières, les aliments (+1,2% sur le mois) et l’énergie (+11% sur le mois) ont eu une contribution très importante sur la montée des prix. Ainsi, en excluant ces prix, qui sont les plus volatils, l’inflation dite cœur ou sous-jacente a certes aussi continué à monter, mais à un degré moindre, à 6,5%, ce qui constitue tout de même le plus haut niveau depuis l’été 1982.

 L’inflation sous-jacent est évidemment l’indicateur à suivre. La dynamique mensuelle au premier abord a semblé plus sage, avec une progression de seulement 0,3%, contre 0,5% le mois précédent. En partie, ceci est dû à l’ajustement très nettement à la baisse du prix des voitures d’occasion, dont les prix ont de nouveau reculé, avec une baisse de 3,8%, enlevant un peu mois de 0,2 point à l’inflation totale.

En fait, compte tenu des effets liés aux goulets d’étranglements qui ont touché et qui touchent certaines activités, les mesures qui excluent certaines des variations extrêmes restent très utiles pour essayer de suivre l’évolution générale des prix. Ainsi, la mesure proposée par la Fed de Cleveland qu’exclue les évolutions de prix les plus extrêmes, que ce soit à la baisse ou à la hausse, nous donne sûrement une vue précise des dynamiques sous-jacentes. Ainsi, on constate que sur le mois de mars, la progression des prix, hors extrêmes, a été de 0,55%, soit à peu près la même que le mois précédent. Ceci nous montre simplement que les hausses des prix continuent de se diffuser sur un vaste panier de biens.

Avec un marché du travail toujours très porteur, soutenant donc la demande des ménages, et toujours quelques contraintes sur l’offre, on peut penser que le maintien d’une inflation élevée devrait persister.

Tout de même, à moins d’une nouvelle envolée du prix du pétrole, ce qui n’est pas notre scénario, le plus probable est que nous soyons pas loin du pic de l’inflation outre Atlantique. En particulier, certains effets de base devraient se dissiper, notamment sur les prix de l’énergie, et sur certains biens qu’avaient subi des fortes contraintes d’approvisionnement.

Néanmoins, les dynamiques de prix qui ont été enclenchées, avec en outre l’accélération des hausses des salaires, risquent encore de maintenir l’inflation à un niveau élevé.   En particulier, les anticipations d’inflation pourraient commencer à déraper. Pour l’instant, comme on le sait, ce n’est pas le cas. Que ce soit dans les enquêtes auprès de ménages, qui voient certes l’inflation plus élevée dans les années à venir, mais encore à des niveaux raisonnables, ou sur le marché obligataire, ou les anticipations à moyen, restent certes plus élevées que celles connues depuis les 20 dernières années, mais on ne constate de dérapage brutal.

Tout de même, les craintes sur l’inflation gagnent du terrain et dans toutes les enquêtes auprès des entreprises on peut toujours constater les pressions qui s’exercent sur les coûts. En ce sens, l’enquête auprès des petits commerces montre toujours les pressions sur les salaires et les prix. De manière plus synthétique et assez spectaculaire, quand les commerçant répondent à la question sur leurs craintes sur l’inflation, ils le considèrent comme étant le plus grand problème auquel ils sont confrontés, avec un indice à un plus haut historique.

La dynamique de l’inflation actuelle a aujourd’hui l’avantage économique d’être un puissant destructeur de dettes, dans un monde très endetté, mais aussi nous soumet au risque de détruire la croissance en rognant le pouvoir d’achat des ménages et devant l’incertitude, pourrait freiner l’investissement des entreprises.

On le sait, les banques centrales, sont en tenue de combat pour lutter contre l’inflation. Mme Brainard, qui devrait être confirmée par le Sénat comme numéro 2 de la Fed, a encore insisté sur la nécessité de continuer de monter les taux d’intérêt directeurs rapidement et de commencer à réduire le bilan de la banque centrale. La BCE ce jeudi devrait aussi conserver un discours allant dans le sens d’une normalisation rapide de la politique monétaire.

Pour les marchés, et notamment pour le marché obligataire, l’évolution de l’inflation restera un paramètre clé, mais plus encore ce sera de déterminer jusqu’où les banques centrales devront resserre leur politique monétaire afin de réussir à faire converger l’inflation à partir des niveaux extrêmement élevés atteint aujourd’hui vers leurs objectifs.  Le chemin parcouru, par le marché a déjà été important, avec aujourd’hui un taux « terminal » pour la Fed autour de 3% dans les deux ans qui viennent, contre 2,8% pour la Fed. Ce niveau est considérablement plus élevé que celui envisagé il a encore peu de temps et explique en partie la forte montée des taux longs. Est-ce qu’il faudra que les banquiers centraux fassent davantage ou les risques sur la croissance limiteront leur capacité de resserrer trop les conditions monétaires? C’est tout le débat des mois à venir. Nous continuons, pour l’instant, à voir des risques haussiers sur les taux longs sur la période à venir.

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM
WRITTEN BY

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM

Sebastian Paris Horvitz débute sa carrière en 1993 en tant qu’économiste au sein du Fonds Monétaire International (FMI). En 1999, il rejoint AXA Investment Managers au poste de Directeur de la stratégie d’investissement avant de prendre, en 2010, la Direction de la stratégie d’investissement de la région EMEA et de la gestion discrétionnaire de HSBC Private Banking. En novembre 2020, il rejoint La Banque Postale Asset Management en qualité de Directeur de la Recherche.

Sebastian Paris Hovitz est diplômé de l’Université Paris-IX Dauphine et de l’ENSAE.

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