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L’oeil du CGPI : Moins grave que si c’était pire !

Le contexte

  • Les gouvernements tentent tous les artifices pour limiter le choc de l’inflation.
  • La Chine initie un déconfinement progressif.
  • Les hausses de taux se poursuivent.
  • Les marchés rebondissent et espèrent un atterrissage en douceur.

La tempête s’éloigne un peu (pour le moment)

Nous avons suffisamment dépeint depuis plusieurs mois un contexte chaotique que vous connaissez par cœur. Nous laissions entendre qu’une lueur d’espoir sur l’un des fronts (guerre en Ukraine, inflation, COVID en Chine) qui font l’actualité permettrait un rebond des places boursières.

C’est exactement ce qui se produit. Malheureusement pour nous les mauvaises nouvelles ne sont jamais effacées d’un trait. Elles s’amenuisent très lentement. Nous avons des premiers signaux encourageants avec Shangaï qui entame son déconfinement après plus de 2 mois de cloisonnement strict. (Je précise car là-bas pas d’attestation autosignée pour aller promener son chien dans le parc local). Les places financières ont salué la nouvelle avec un rebond technique. La prudence persiste car on ne sait pas comment réagira le gouvernement dès la réapparition de nouveaux cas, car ils reviendront, c’est une certitude.

Aux Etats Unis, l’inflation a peut-être atteint son pic. Les derniers chiffres étaient de 8.3% en mai après 8.5% en avril. Une décélération de l’inflation serait un signe d’une remontée des taux moins brutale de la réserve fédérale américaine. Dès lors, l’impact sur la croissance et l’économie pourrait permettre un atterrissage en douceur avec une récession courte voire une croissance nulle où très basse sans récession.

Les chefs d’États à la manœuvre 

Les gouvernements partout dans le monde tentent de réduire l’impact de l’inflation sur leur économie. La manœuvre est très périlleuse car lorsqu’on injecte une aide pour contrer une hausse de prix, on permet à l’agent économique d’acheter même avec un prix élevé. Cela auto-alimente la hausse des prix…

Il faut donc arriver à cibler les mesures afin que le soutient soit efficace et ne mettent pas en péril les besoins essentiels. Sans jeter de l’huile sur le feu d’une inflation qui ne cesserait de progresser.

En France, nous avons les chèques énergies, le bouclier tarifaire sur les prix, le plan de résilience (je n’ai toujours pas compris ce qu’il contenait exactement). L’ensemble des mesures est chiffré à 25 milliards d’euros. Elles permettraient de contenir 1.5% de points d’inflation dans le pays.

Aux Etats-Unis, le président Biden a utilisé une partie des réserves stratégiques de pétrole pour contenir les prix des carburants. Des mesures ont également été mises en place pour soutenir l’agro-alimentaire, la logistique ainsi que le coût des assurances santé.

Du côté des émergents, le président Bolsonaro fait pression sur Pétrobras la compagnie pétrolière nationale pour qu’elle limite les hausses de prix. L’inflation atteint 12.2% dans le pays ! En Inde, le gouvernement a limité les exportations de blé.

Les banques centrales à la manœuvre 

Les actions publiques sont couplées avec le travail des banquiers centraux. Ils n’ont d’autre choix que d’augmenter les taux pour réduire l’inflation.

Nous pouvons constater à quel point il est beaucoup plus facile de relancer une économie que d’en réduire sa surchauffe.  Souvenez-vous, pendant le COVID, ou même la crise des dettes souveraines en Europe, les banques centrales ont baissé leur taux directeurs sans sourciller et très vite en injectant au passage des liquidités sans limite. Le tout avec des politiques publiques de dépenses là aussi sans restriction.

L’inverse n’est pas aussi évident. Lorsqu’une économie est en surchauffe, c’est (en partie) à cause de la relance qui a été trop forte et surtout trop longue. Il faut donc mettre volontairement son économie au tapis pour que les prix se stabilisent et la laisser reprendre ensuite. C’est toujours moins intuitif de se tirer volontairement une balle dans le pied que de voler à la rescousse d’une économie qui boit la tasse…

Les marchés financiers en mode espoir

La fin du mois de mai et les signaux positifs que nous avons évoqués ont permis un rebond et une clôture mensuelle en territoire positif. Pour le moment, les investisseurs achètent le scénario d’une inflation qui restera élevée mais dont le pire est peut-être derrière nous avec une croissance molle mais qui reste positive.

Les prévisions de croissance ne cessant d’être revue à la baisse, nous restons sceptiques sur ce dernier point. Nous pensons plutôt qu’une récession très légère et courte pourrait se produire et serait même plutôt seine pour permettre à l’économie de redémarrer.

Le rebond est à prendre avec prudence car il est également alimenté par des phénomènes techniques. Le pessimisme des investisseurs institutionnels est très fort. Les portefeuilles sont donc couverts et chaque bonne nouvelle oblige les gérants et traders à retirer où alléger leurs couvertures. Cela a pour effet d’amplifier le phénomène de rebond. Il n’est pas lié à une conviction ou changement radical de contexte économique.

Dans nos portefeuilles, nous arbitrons une partie de notre exposition sur l’Europe au profit des US. Nous étions sous-pondérés sur la zone depuis le début de l’année. Nous renforçons notre exposition à la Chine qui offre de belles perspectives à conditions d’accepter de nager encore un peu à contre-courant.

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