Macro-eco | Les actualités économiques et financières

L’oeil du CGPI : Souviens-toi 2022

Nous voulions tourner rapidement la page du premier trimestre 2022. Il faudra maintenant envisager de tourner la page du semestre.

Le contexte n’a pas évolué et si vous nous lisez régulièrement, vous commencez à le connaitre par cœur. D’ailleurs même si vous ne nous lisez pas, mais que vous avez une voiture ou que vous faites vos courses dans un supermarché, vous êtes confronté au cœur du problème.

L’inflation ne cesse de progresser. Elle atteint 8.6% en glissement annuel en zone euro sur le mois de juin. L’envolée des prix avait bien débuté avant la guerre en Ukraine. Le conflit n’a fait qu’accélérer ce qui était déjà enclenché. Pour contrer l’inflation, les banquiers centraux augmentent les taux un peu partout dans le monde. Ils tentent de limiter la sortie de route et ont désormais le pied lourd sur le frein.

La conséquence est simple : l’économie va ralentir. Ce qui effraie maintenant tout le monde et surtout les marchés financiers, c’est que le coup de frein soit une récession plus forte qu’anticipée.

Rappelons que la définition la plus communément admise pour une récession est une contraction du PIB pendant deux trimestres consécutifs.

Nous avons déjà eu un premier trimestre de recul aux États-Unis et les prochains chiffres du PIB pourraient confirmer l’entrée en récession. La récession n’est pas une fatalité en soi. Nous pensons même qu’elle est nécessaire. Cela permettra de faire redescendre la pression sur les prix que nous subissons et l’économie pourra repartir sur une base saine.

Repricing

Comprenez, « réajustement des prix » ou encore « c’était trop cher et on va remettre le bon prix ». C’est ce qui se passe pour la quasi-intégralité des principaux actifs : actions, obligations, immobiliers, cryptomonnaies

Cela faisait 10 ans que nous vivions dans un environnement de taux bas voire de taux négatifs. Depuis la crise du COVID, nous avions même de l’argent magique avec des taux bas et des chèques cadeaux venant des États. La situation était anormale. Nous assistons à un retour à la normale. Il y a moins de liquidité dans le système, l’argent recommence à avoir un prix, l’économie de marché fait sont travail et rajuste les valeurs.

Retour à la normale au prix fort

Voici les performances pour le premier semestre de l’année des principaux actifs :

  • S&P 500 (indice de la bourse américaine) : -20.6% (pire démarrage depuis 1970)
  • Nasdaq (valeurs technologiques US) : -29.5%   (pire démarrage depuis la bulle internet)
  • CAC 40 (valeurs françaises) : -17.2% (pire démarrage depuis sa création)

Du côté des actifs qui étaient à la mode en période COVID (ceux alimentés par l’afflux massif de liquidités) :

  • Fonds d’investissement Ark Innovation : fonds très connu aux US pour investir dans toutes les entreprises technologiques disruptives. Seul bémol, la plupart n’est pas rentable ! : -59% (disruption du cours de bourse)
  • Bitcoin : -58% (retour dans le monde réel)
  • NFT (œuvre d’art numérique vendue avec des jetons informatiques) : XXX Implosion en cours…
  • Meta (nouveau nom de Facebook) : -52% (retour dans le monde réel)

(Nous avons publié un article qui peut vous intéresser sur le sujet des cryptomonnaies dans un média financier : https://www.fibee.fr/cryptomonnaies-le-point-de-vue-d-un- conseiller-en-gestion-de-patrimoine-cgp/)

Du côté des obligations d’états considérées comme actif refuge :

  • Obligations 10 ans Françaises : -15%
  • Obligations 10 ans US : -9%

Ce n’est pas terminé : l’immobilier commence à souffrir également. Les données sur l’immobilier non côté sont beaucoup plus lentes à être disponibles que pour les actifs côtés, mais nous avons quelques indicateurs :

  • Baisse du nombre de transactions aux US.
  • Accès au crédit plus difficile avec un apport demandé aux alentours de 20% du prix d’acquisition !
  • Dow Jones Index Real Estate (Indice de l’immobilier coté aux US) : -25%
  • STOXX Europe 600 Real Estate (Indice de l’immobilier coté européen) : -28%

Du côté des gagnants :

  • Pétrole Brent mer du nord : +47%
  • Rouble (en comparaison au dollar US) : +38% !!!

Vous ne rêvez pas, la monnaie russe dont l’économie devait être au tapis avec le poids des sanctions que tous les pays occidentaux ont annoncé, est à un plus haut historique face à la monnaie de référence le dollar US.

C’est une information qui est peu relayée et qui est pourtant lourde de conséquences. La Russie qui, aux yeux de l’occident, est isolée du monde n’a jamais autant commercé avec la Chine, l’Inde, Le Brésil, la Turquie et bien d’autres.

Le pétrole et le gaz qu’elle ne vend plus en Europe, elle le vend en Asie et dans le reste du monde qui n’a que faire de la guerre en Ukraine. Tout cela à un détail près, aujourd’hui elle peut le vendre beaucoup plus cher car les prix ont flambé…

Les sanctions subventionnent avec un discount les pays qui ont besoin des matières premières russes et pénalisent lourdement les pays importateurs occidentaux. L’échec est double, nous pensions faire plier économiquement la Russie. Nous l’avons certainement aidé à être plus autonome, tout en nous cassant les deux genoux.

Gardons le moral, la Russie n’a plus de McDonald, Décathlon, Renault, ni Hermès. Il faudra que les oligarques se rendent à Dubai pour acheter ces produits.

Pourquoi tout baisse ?

Nous allons essayer de vous expliquer très simplement pourquoi tout baisse et comment la situation pourrait se débloquer (car elle va se débloquer). Nous utilisons, ainsi que beaucoup de gérants de portefeuille, une matrice qui permet de déterminer comment réagissent les actifs en fonction de la situation macroéconomique.

Je ne sais pas qui en est l’inventeur, mais je l’ai vu dans sa version la plus aboutie avec les stratégies de Ray Dalio. Il est le fondateur du Hedge Fund Bridgewater Capital qui est tout simplement le plus grand Hedge Fund au monde.

Il distingue 4 états du monde possibles qui sont déterminés par deux facteurs : l’inflation et la croissance. Je vais vous résumer très simplement quels sont les actifs qui performent le plus en fonction des 4 scénarii ; imaginez un pays dans lequel :

1. La croissance progresse ET l’inflation diminue : les actions donnent du rendement et tout particulièrement les actions à forte croissance comme les secteurs technologiques ou le secteur du Luxe.

2. La croissance progresse ET l’inflation progresse : les actions cycliques sont à privilégier ainsi que l’immobilier, l’or et les matières premières. La croissance avec l’inflation dope les rendements des actifs sensibles aux cycles économiques. Nous venons de traverser cette phase post COVID.

3. La croissance diminue ET l’inflation diminue : les obligations sont à privilégier. Avec la baisse de l’inflation, les taux redescendent et les obligations reprennent de la valeur. SI l’inflation commence à diminuer, nous serons dans ce scénario-là !

4. La croissance baisse ET l’inflation augmente : c’est le scénario du pire que nous vivons actuellement. Il n’y a pas de croissance, donc moins de richesse et les prix augmentent en parallèle. Il faut faire des réserves de cash pour réinvestir plus tard.

Vous comprenez maintenant pourquoi nous surveillons et sommes très sensibles à l’évolution soit de la croissance soit de l’inflation dans une nouvelle trajectoire. Cela nous permettrait de changer de scénario et de retrouver des actifs qui délivrent du rendement.

Cette vision est extrêmement simpliste, il faut ajouter à cela des critères de valorisation pour savoir ce qui est pertinent d’acheter ou de vendre, mais globalement le schéma est tout à fait valable.

Quid du 2e semestre 2022 ?

Les vacances approchent, essayons de terminer sur une note d’optimisme. Le point clef pour cette année, c’est le pic d’inflation. Nous en sommes proches. Peut-être même que nous y sommes aux États-Unis et que nous allons le rencontrer dans l’été en Europe. Même si elle reste élevée, le fait que l’inflation diminue permettra de débloquer la situation que nous avons évoquée plus haut. C’est le signal que tous les opérateurs attendent sur les marchés aujourd’hui.

Nous vous livrons les prévisions actualisées des analystes des grandes institutions financières pour le marché actions américain à la fin de l’année :

Les 16 grandes banques interrogées voient en moyenne, l’indice S&P 500 (représentant les 500 plus grandes valeurs américaines) à 18% au-dessus des niveaux actuels. La statistique est intéressante, car ils anticipent un fort rebond d’ici la fin de l’année, dans un contexte où tout le monde broie du noir. Rappelons que les prévisions sont souvent mises à mal par des événements qui ne peuvent pas être anticipés (comme la guerre en Ukraine ou le COVID). Cela nous laisse le loisir d’espérer des jours meilleurs. Nous approchons certainement du point critique.

Une ombre au tableau néanmoins. Tous les scénarios considèrent que la situation en Ukraine ne se dégrade pas. Un arrêt brutal des livraisons de gaz de la Russie vers l’Europe aurait un effet critique sur l’Europe et particulièrement l’Allemagne. Nous aurions alors une récession plus profonde et durable que celle anticipée actuellement.

Total
0
Shares
Comments 1
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Prec.
La chronique IsoBourse du 09/07/2022
Suiv.
La Finance en 2040 vue par les experts : Nicolas Dubourg
Pour aller plus loin