Dans une tribune ciselée, Enguerrand Artaz (La Financière de l’Échiquier) alerte sur les signaux inquiétants du marché de l’emploi américain, confirmés par les chiffres publiés début août. Les créations d’emplois s’effondrent à 73 000 en juillet, tandis que les données de mai et juin sont massivement révisées à la baisse : -258 000 au total. Pire encore, la dynamique hors secteur santé-éducation est désormais négative sur trois mois. Derrière un taux de chômage qui reste modérément élevé (4,2 %), c’est une sortie de la population active qui explique l’atonie apparente. Artaz y voit le retour brutal des fondamentaux, qu’aucune communication politique ou euphorie boursière ne peut éternellement ignorer. Une lecture lucide d’un retournement peut-être déjà enclenché aux États-Unis.
Cela se vérifie encore une fois ! Mes collègues de La Financière de l’Échiquier – LFDE en sont témoins, car je les ai prévenus avant de partir en congés : comme à CHAQUE FOIS que je suis en vacances, le rapport sur l’emploi US ressort extrêmement mauvais ! A ce stade, on frise la martingale !
Plus sérieusement, les chiffres parus cet après-midi sont inquiétants :
– les créations d’emplois ne ressortent qu’à 73K en juillet (83K pour l’emploi privé), un chiffre médiocre, mais surtout les chiffres de mai et juin sont monstrueusement révisés en baisse : -258K en cumulé sur les deux mois et des chiffres post-révision (19K en mai, 14K en juin) extrêmement faibles. Depuis plusieurs trimestres, nous sommes un certain nombre, parmi les économistes et stratégistes, à alerter sur les biais de sur-comptage des NFP et le risque de révisions en baisse drastique de ces chiffres. Ce risque se matérialise aujourd’hui.
– en plus d’être faibles, les NFP sont très médiocres en composition. Sur les 83K créations d’emplois privés en juillet, 79K proviennent du seul secteur « Education & Health Services ». Ce secteur excepté, les créations d’emplois privés ont BAISSÉ de -46K en cumulé sur les 3 derniers mois. On ne peut plus dire que le marché de l’emploi américain « ralentit » : non, il se détériore.
– le taux de chômage ne remonte que modérément, à 4,2% vs 4,1%, mais, comme le chiffre stable du mois dernier, cette faible augmentation s’explique surtout par une baisse du taux de participation et du taux d’emploi. En somme, le chômage augmente peu car les gens sortent carrément de la force de travail. Loin d’être une bonne nouvelle.
Bien que la réaction soit modeste à ce stade, de tels chiffres sont évidemment une mauvaise nouvelle en perspective pour les marchés. Ils rappellent surtout un point essentiel : on peut s’aveugler longtemps à l’aide des élucubrations politiques, des mouvements de marché de court terme et des éléments de langage faciles. Les fondamentaux n’en restent pas moins une force de rappel tenace à terme. On ne peut renverser la table et la piétiner à coups de talon comme le fait Donald Trump et espérer que cela n’ait aucune conséquence économique. Dans un sens, cela est plutôt rassurant.