Alain Pitous décrit un début d’année en apparence serein, avec un stress de marché faible et un environnement toujours « Risk On ». Mais derrière ce calme, les signaux de maturité s’accumulent : essoufflement des indices, rotations sectorielles marquées et disparités croissantes entre classes d’actifs. Le crédit et les facteurs restent des piliers, tandis que les taux et les devises manquent de lisibilité. Plus que des paris macro spectaculaires, 2026 s’ouvre sous le signe de la sélection, de la discipline… et d’une vigilance active face aux premiers signes de changement de régime.
Point de conjoncture – Janvier 2026 : Entre inertie des tendances et signaux de maturité
En ce début d’année, les marchés financiers nous placent face à une situation singulière. D’un côté, les indicateurs de risque pur plaident pour un optimisme serein (Risk On) ; de l’autre, on observe une fatigue croissante des moteurs de performance qui nous portent depuis plusieurs trimestres. Nous ne sommes plus dans une phase de paris directionnels brutaux, mais plutôt dans une gestion de précision, où la cohérence des tendances prime sur l’agressivité.
Un stress contenu : le calme règne (pour l’instant)
Le Stress Index global, qui pointe à –0,86 ce 7 janvier, confirme que nous restons en territoire « Risk On ». C’est un niveau confortable. Historiquement, cela indique que le marché digère les flux sans craindre de choc systémique, loin de la nervosité de 2022 ou des soubresauts de 2024.
L’analyse des différents horizons (du jour même jusqu’à 3 mois) montre une stabilité rassurante :
- Le stress reste bas et ne montre aucun signe d’accélération.
- Les quelques points de friction sont isolés, sans effet de contagion.
- En résumé : rien ne justifie aujourd’hui un repli défensif ou une sortie précipitée du risque.
Au-delà du stress : une dynamique de tendance plus complexe
Si le stress est bas, la lecture des tendances est plus subtile. En observant les différentes classes d’actifs sous l’angle « Trend » (façon CTA), on distingue trois dynamiques bien réelles :
1. Les socles du portefeuille : Crédit et Facteurs
Le Crédit reste l’élément le plus solide de l’échiquier. Malgré un momentum qui s’essouffle légèrement à court terme, la structure demeure puissante avec des spreads qui continuent de se comprimer. Le portage reste la stratégie gagnante ici.
Parallèlement, les styles d’investissement Momentum, Quality et Dividend tiennent le haut du pavé côté actions. Le marché privilégie encore et toujours la rentabilité et la discipline, avec très peu de risques de retournement visible à l’horizon.
2. Actions : une rotation sous-jacente
Les indices globaux montent, certes, mais ils ralentissent. C’est le comportement typique d’une fin de cycle haussier qui cherche son second souffle.
La vraie histoire se joue à l’intérieur de la cote : les secteurs cycliques (Industrie, Finance, Énergie) affichent des signaux bien plus vigoureux que les indices larges. On passe d’un marché de direction (où tout monte) à un marché de sélection (où la rotation interne fait la différence).
3. Matières premières et Taux : entre espoir et brouillard
- Matières premières : On note un frémissement positif récent, mais qui manque encore de fondations structurelles. C’est un signal intéressant à surveiller, comme une option sur la suite du cycle, mais pas encore un pilier sur lequel parier lourdement.
- Taux et Devises : C’est la zone d’ombre. Les obligations souveraines sont à la traîne, pénalisées par un momentum médiocre et des signaux trop flous. Quant aux devises, elles manquent de directionnalité claire, servant tout juste de levier de diversification.
Stratégie d’allocation pour ce début 2026
L’heure n’est pas aux paris macro-économiques radicaux, mais à la hiérarchisation des signaux. Voici les axes privilégiés :
- Maintenir l’exposition là où la tendance est la plus stable (Crédit, Facteurs).
- Éviter de courir après les tendances déjà trop étirées.
- Accepter une certaine neutralité sur les segments où le signal s’effrite (Taux).
- Surveiller les accélérations sur les matières premières sans pour autant surpondérer.
L’essentiel à retenir : Nous ne sommes ni dans l’euphorie, ni dans la crise. Le marché est dans une phase de continuité où la capacité de surprise s’amenuise. Pour l’investisseur, l’enjeu est de rester aligné sur les forces dominantes tout en surveillant les signes précurseurs d’un changement de régime. La performance de 2026 se jouera dans cette vigilance stratégique.
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