Marchés 2026 : entre carrefour des doutes et optimisme lucide

Wilfrid Galand, Directeur Général Adjoint de Montpensier Arbevel, dresse un constat sans complaisance d’une fin d’année dominée par les incertitudes économiques, financières et géopolitiques. France fragilisée, croissance mondiale en quête de relais, marchés concentrés autour des géants technologiques et tensions internationales persistantes : les motifs de prudence s’accumulent. Mais des éléments plus constructifs apparaissent pour 2026, entre résilience américaine, valorisations encore soutenables et possible détente monétaire. De quoi défendre une approche lucide, vigilante… et néanmoins constructive.
Un homme tient des jumelles pour illustrer les perspectives d'investissement
©Fibee

Wilfrid Galand, Directeur Général Adjoint de Montpensier Arbevel, dresse un constat sans complaisance d’une fin d’année dominée par les incertitudes économiques, financières et géopolitiques. France fragilisée, croissance mondiale en quête de relais, marchés concentrés autour des géants technologiques et tensions internationales persistantes : les motifs de prudence s’accumulent. Mais des éléments plus constructifs apparaissent pour 2026, entre résilience américaine, valorisations encore soutenables et possible détente monétaire. De quoi défendre une approche lucide, vigilante… et néanmoins constructive.

Le contexte français pèse indéniablement sur le moral des investisseurs de l’Hexagone en dépit des lumières de fêtes.

Faute de poser un diagnostic lucide sur les maux de l’économie, et toute à sa quête éperdue d’un budget acceptable par la « Chambre introuvable » issue de la dissolution de 2024, l’Assemblée Nationale semble se concentrer exclusivement sur la meilleure façon d’augmenter une fois de plus la pression fiscale sur le tissu productif, oubliant que le monde avance sans nous attendre.

Mais certains doutes s’étendent au-delà des problématiques idiosyncratiques de notre pays. Economie, marchés, tensions politiques et géostratégiques, le carrefour des incertitudes devient très encombré.

1- Le premier doute porte sur l’économie mondiale. Faute de locomotive clairement identifiée, la possibilité d’un effritement rapide du rythme de l’activité devient un scénario crédible.

Même si les Etats-Unis résistent, l’affaiblissement du marché de l’emploi et la dépendance croissante de la consommation envers les 10% de la population aux revenus les plus élevés, peinent à rassurer à moyen terme. En outre, la part toujours importante de la croissance générée par les investissements dans l’écosystème lié à l’intelligence artificielle, expose l’ensemble de l’économie à des conséquences potentiellement récessives en cas de déception sur ce sujet.

La Chine dépend trop fortement de ses exportations et des surcapacités de son outil manufacturier pour maintenir aisément un taux de croissance compatible avec les attentes de sa population. Elle ne parvient toujours pas à relancer franchement sa demande intérieure et à stabiliser définitivement son marché immobilier : en novembre, les prix ont encore baissé de 0,4% dans les soixante-dix villes principales du pays.

Quant à l’Europe, en attendant le décaissement effectif des centaines de milliards d’euros prévus par le plan Merz, elle en est réduite à se féliciter de ne pas sombrer franchement dans la déprime alors que les exportations ne compensent désormais que de moins en moins l’atonie du cycle économique, à l’exception notable de l’Espagne.

2- La deuxième source de nervosité réside dans les marchés financiers. L’année 2025, bien que secouée par les multiples annonces de Donald Trump, a vu de multiples indices enregistrer des records historiques. A tel point que les doutes ont surgi à la fin du dernier trimestre, à mesure que les géants de la technologie pesaient de plus en plus lourd dans les indices : plus de 40% du S&P500 pour les célèbres « Sept Magnifiques ».

En dépit de résultats souvent remarquables et de perspectives toujours enthousiasmantes, les investisseurs voient de plus en plus les failles potentielles dans la forteresse de ces titans : tensions sur l’approvisionnement énergétique, obsolescence rapide des équipements achetés à prix d’or, assèchement du cash-flow par le service de la dette, emballement excessif des financeurs au risque d’oublier les principes de prudence, la toile des doutes devient dense et les comparaisons se multiplient avec la « bulle internet» de 2000.

3- La politique et, plus généralement, les secousses géostratégiques, forment le troisième volet du triptyque de doutes.

La formulation sans détour de la nouvelle approche stratégique de l’administration Trump, publiée le 12 décembre dernier, a brutalement rappelé aux Européens que le temps du confort émollient était bel et bien révolu.

Le face à face avec la Chine est assumé, la volonté de ramener l’ensemble du continent américain dans le sillage stratégique de l’Oncle Sam est une mise à jour directe de la « doctrine Monroe » du cinquième président américain, tandis que l’Europe est assimilée un allié affaibli sur lequel on ne peut plus bâtir une stratégie solide.

A ces secousses américaines s’ajoutent les craintes d’une poursuite de l’agressivité russe envers l’Europe en dépit des pourparlers diplomatiques autour de l’Ukraine, ainsi que la pression toujours très forte de la Chine sur le dossier de Taiwan alors que l’île demeure critique pour la fluidité des chaines de valeur technologiques mondiales.

Mais en dépit de toutes ces inquiétudes, l’investisseur peut aussi trouver une base solide pour un optimisme raisonnable en cette fin d’année.

D’abord sur l’économie. L’accélération de la productivité aux Etats-Unis ainsi que la résistance de la consommation alors que les subventions prévues par la « Big Beautiful Bill » de Donald Trump vont soutenir celle-ci en 2026, sont autant de motifs d’espoir pour la croissance de l’Oncle Sam l’an prochain. Alors que l’activité chinoise devrait se maintenir a minima au-dessus de 4,5%, portée par le volontarisme des autorités, et que l’Europe résiste tant bien que mal, le paysage économique mondial s’annonce donc constructif l’an prochain.

Ensuite, pour les marchés. En dépit d’inévitables accès de volatilité, un scénario favorable n’est pas à exclure. Les valorisations sont encore loin des excès de la bulle internet, alors que Cisco valait en mars 2000 plus de cent fois ses bénéfices à venir.

En outre, à l’exception sans doute des interrogations autour d’Oracle, Les investissements des géants de la technologie liés à l’intelligence artificielle progressent très vite mais restent cohérents avec les flux de trésorerie massifs générés par leurs activités et sont loin des emballements des grands mouvements de construction d’infrastructures des cent cinquante dernières années.

Enfin, le changement attendu à la tête de la Réserve Fédérale dans un contexte de décélération de l’inflation lié la fin des effets ponctuels des droits de douane, pourrait alléger plus rapidement que prévu les conditions financières dans le pays, ce qui profiterait mécaniquement aux marchés financiers.

Même la géopolitique, au-delà des tensions et des conflits en cours, présente quelques signes ténus mais réels d’éclaircie.

Sur le front ukrainien, l’activité diplomatique s’intensifie et laisse espérer des avancées significatives avant le sinistre anniversaire du 22 février. Au Moyen-Orient, le dialogue a repris entre l’Iran et les pays occidentaux en dépit de la complexité de la situation militaire et politique dans la région. Enfin, les relations entre la Chine et les Etats-Unis montrent une volonté des deux rivaux de trouver, au moins temporairement, un modus vivendi économique et géostratégique pour préserver les intérêts vitaux de chacun.

En conclusion, l’équilibre entre points favorables et défavorables pour l’économie et les marchés internationaux semblent militer pour une approche lucide mais constructive. Le mois de janvier est souvent propice aux hausses.

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