Marchés émergents : cap sur la surperformance malgré les droits de douane

Dans leur analyse, Luca Bindelli et Patrick Kellenberger (Lombard Odier) mettent en avant la solidité retrouvée des marchés émergents, soutenus par l’affaiblissement du dollar et une meilleure visibilité sur la politique commerciale américaine.
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Dans leur analyse, Luca Bindelli et Patrick Kellenberger (Lombard Odier) mettent en avant la solidité retrouvée des marchés émergents, soutenus par l’affaiblissement du dollar et une meilleure visibilité sur la politique commerciale américaine. Si les droits de douane pèsent temporairement sur la croissance, leurs effets apparaissent moins sévères que redouté, certaines économies émergentes bénéficiant même de conditions plus favorables que l’Europe ou le Japon.

Les perspectives des marchés émergents se sont stabilisées en réponse à la clarification des accords commerciaux américains et à l’affaiblissement du dollar américain, appelé selon nous à reprendre. Certes, les droits de douane américains pourraient peser davantage sur les économies au cours des prochains mois, mais nous anticipons une solide croissance des bénéfices et un rebond progressif à partir du dernier trimestre 2025.

Cette année, l’essoufflement du dollar américain a soulagé nombre des principaux marchés émergents. Les différentiels de taux d’intérêt, les dynamiques budgétaires et la confiance dans les actifs de qualité institutionnelle évoluent en réponse aux récentes politiques américaines. Les valorisations plus faibles des actions émergentes comparativement aux actions développées renforcent leur attrait, tandis que, sur le marché obligataire, des rendements supérieurs à la moyenne favorisent la dette émergente en devise forte.

Malgré le ralentissement économique attendu au troisième trimestre 2025 en raison des droits de douane, les incertitudes liées à la politique commerciale s’estompent. La plupart des marchés émergents se sont abstenus de riposter aux mesures américaines, limitant ainsi les répercussions des tarifs douaniers sur leurs consommateurs et leurs industries du fait de chocs de prix.

L’impact des droits de douane spécifiques à chaque pays qui ont été annoncés par le président Trump le 1er août pourrait être moindre si les exemptions par produit ou par secteur sont prises en compte. Pour l’heure, le tarif effectif moyen imposé par les États-Unis est passé de 2,4% début 2024 à environ 16,5%.

En termes relatifs, les droits de douane américains n’ont pas été appliqués plus sévèrement aux marchés émergents. Certains se retrouvent même avec de meilleures conditions commerciales que des économies comme l’Europe, le Canada ou le Japon. Par ailleurs, les États-Unis et la Chine ont prolongé pour la deuxième fois leur trêve de 90 jours. Les deux pays semblent soucieux d’éviter de nouvelles provocations. Les États-Unis ont assoupli les contrôles à l’exportation sur les puces d’IA de pointe, et la Chine n’a pas, jusqu’à présent, limité l’accès à ses terres rares raffinées, un marché qu’elle domine.

De manière plus générale, les niveaux de droits de douane américains applicables aux autres marchés émergents sont désormais connus – et inférieurs à ceux initialement annoncés. Pour Taïwan et la Corée du Sud, deux marchés clés pour l’économie mondiale, ils ont été fixés respectivement à 20% et 15%. Des exemptions pourraient en outre s’appliquer aux semi-conducteurs d’importance stratégique, en échange d’investissements de la part des fabricants de puces taïwanais et sud-coréens aux États-Unis.

Nouvel accès de faiblesse du dollar américain en vue

Bien que le dollar se soit stabilisé ces dernières semaines, nous anticipons une dynamique à nouveau faible et avons abaissé notre opinion sur la devise de neutre à négative.

Avec une inflation américaine en légère hausse et des entreprises qui n’embauchent ni ne licencient, le consensus du marché se rapproche de notre prévision de trois réductions des taux d’intérêt par la Réserve fédérale d’ici fin 2025. La baisse des taux américains érodera l’avantage de rendement du dollar pour les investisseurs internationaux. De plus, le dollar américain a tendance à s’affaiblir davantage lors de phases de « prime de terme » croissante ou élevée, prime qui correspond à la compensation des investisseurs pour la détention d’obligations à échéances longues. En effet, même si nous prévoyons une modération des taux longs américains au fil du temps, cette prime de terme élevée devrait se maintenir compte tenu d’un déficit budgétaire américain qui ne cesse de se creuser. Par conséquent, nous anticipons une baisse de la demande pour la devise américaine, tandis que d’autres grandes banques centrales, ainsi que plusieurs marchés émergents, voient les taux soit se stabiliser, soit ne reculer que modérément – même si ceux d’Amérique latine (Brésil) partent de niveaux à deux chiffres.

L’évolution relative des rendements jouera donc en défaveur du dollar américain. La baisse des coûts de couverture liée à l’assouplissement de la politique monétaire américaine, et le positionnement vendeur moins extrême des investisseurs, concourent également à atténuer le besoin de dollars. Le nouveau sursis tarifaire accordé à la Chine pourrait aussi soutenir à court terme le sentiment vis-à-vis des devises émergentes, et nous avons renforcé notre biais positif à leur égard.

Enfin, dans de nombreux marchés, le contexte politique a de quoi rassurer les investisseurs. Dans certaines économies d’Europe de l’Est, du Moyen-Orient et d’Amérique latine, on observe une évolution vers des politiques plus favorables aux entreprises. En Corée du Sud, la passation pacifique du pouvoir au parti d’opposition de centre-gauche en juin a entraîné une forte surperformance du marché. L’Amérique latine dans son ensemble organisera une série d’élections nationales importantes, où la lassitude des électeurs à l’égard des dirigeants sortants pourrait propulser au pouvoir des candidats plus favorables aux marchés.

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