Août n’a pas failli à sa réputation : entre baisse brutale des marchés et montée du VIX, l’été 2025 s’enflamme à nouveau… sur fond de doutes concernant la robustesse de l’économie américaine. Dans un billet lucide, Christopher Dembik (Pictet AM) revient sur la cause de cette panique : les révisions massives des créations d’emplois en mai et juin (-258 000 postes). Un accident statistique ? Peut-être. Mais alors que les données ADP (jugées peu fiables) se rapprochent des chiffres révisés du BLS, le malaise grandit. Dembik plaide pour la prudence : pas de catastrophisme, mais une vigilance accrue, notamment sur les données administratives du secteur public. Car à ce stade, personne ne comprend vraiment l’origine du bug. Et ça, pour les marchés, c’est souvent le plus angoissant.
Août est le mois préféré des marchés pour paniquer. Cette année ne déroge pas à la règle. Comme l’a dernier, c’est le rapport sur l’emploi américain qui a déclenché les excès vendeurs et la hausse du VIX. Quel est le problème ? Des révisions massives à la baisse pour les créations d’emplois en mai et en juin (-258,000 postes).
Pictet Asset Management France
Est-ce un simple accident estival ou faut-il vraiment s’inquiéter pour l’état de l’économie américaine ? Difficile à dire, à ce stade.
Point important pour la suite : la mesure des créations d’emplois aux États-Unis est le fruit de deux processus distincts. Il s’agit à la fois d’une enquête auprès du secteur privé et de remontées de données administratives par le gouvernement fédéral et les États qui, elles, ne portent que sur le secteur public.
Revenons aux chiffres. L’ampleur des révisions pour mai et juin est inhabituelle – pas suffisant toutefois pour justifier le limogeage de la responsable du Bureau of Labor Statistics (BLS) comme le souhaite Trump. En tenant compte des révisions, les créations d’emplois sur les trois derniers mois sont d’ampleur similaires à celles estimées par l’enquête ADP (qui ne se focalise que sur les emplois privés !) et qui est réputée être peu fiable du fait de problèmes de méthodologie. C’est d’autant plus déconcertant.
Comment expliquer que les révisions soient aussi importantes ? Ce n’est pas exceptionnel. Cela peut arriver en cas de graves événements météorologiques (ouragan Katrina, par exemple). Mais ce n’est pas le cas pour la période mai-juin. Alors, que s’est-il passé ?
Il faut être humble et reconnaître qu’il est difficile de savoir avec certitude.
En revanche, on sait que ce n’est pas lié :
- À la saisonnalité
- Au taux de collecte de l’enquête, ce qui pourrait créer des distorsions dans les données. Le taux n’est pas anormalement bas. Il est même supérieur à celui de mai à juillet 2024.
- À une révision des modèles du BLS afin de mieux prendre en compte les naissances et les décès. Sur le du BLS, les estimations présentées sont inchangées.
Mon sentiment (ça vaut ce que ça vaut) : il y a eu un problème au niveau des données administratives qui portent sur les créations d’emplois pour le secteur public. C’est à ce niveau que les révisions ont été les plus massives. Si c’est bien cela, que s’est-il produit ? Impossible à savoir, pour le moment. En tout cas, c’est trop tôt pour tirer des conclusions hâtives et prédire une récession américaine, comme certains s’empressent de faire.