Dans cette analyse, Omar Dibo, cofondateur de Finneko, met les pieds dans le plat : les marchés vivent dans un scénario confortable… mais probablement irréaliste.
Début de semaine légendaire sur les volets marchés et géopolitique, et je dis cela dans le mauvais sens du terme. Au delà de la communication indigne de la première puissance mondiale et autres délits d’initiés, on peut faire un point.
Aujourd’hui, le marché ne regarde qu’une seule chose : est-ce qu’on va vers une désescalade rapide ou non. Le problème est que le scénario de résolution rapide est probablement le plus confortable mais pas le plus réaliste. Pour qu’il y ait une forme de paix ou même juste un apaisement, l’Iran va exiger des garanties solides, crédibles, durables, éléments que le marché semble sous-estimer car il y a un angle que beaucoup ignorent : la dimension culturelle et stratégique iranienne.
On n’est pas face à un acteur classique qui raisonne uniquement en coût économique court terme. Historiquement, ils sont prêts à encaisser, à tenir, à jouer le temps long avec une logique presque asymétrique. Certains sont prêts à mourir en martyr, ce qui en dit beaucoup sur leur seuil de tolérance au risque. Aussi, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ils ne sont pas acculés. Les flux pétroliers continuent de partir vers la Chine, la hausse du baril arrange la Russie, et géographiquement, ils contrôlent un point clé du système énergétique mondial.
Plus le temps passe, plus leur position relative s’améliore. Ils n’ont pas besoin de gagner militairement pour gagner stratégiquement car il suffit de faire durer, de maintenir la pression et de laisser le reste du monde absorber le coût. Le dilemme américain devient intéressant. Si on simplifie brutalement, il y a deux scénarios.
- Les États-Unis, sous pression à cause des taux longs et du baril, cèdent en partie, acceptent une grande partie des exigences iraniennes pour désamorcer rapidement. Les marchés respirent, le pétrole se calme, la macro est préservée à court terme et possiblement à moyen terme. Politiquement, c’est impossible à vendre en plein midterms car cela donne une image de faiblesse.
- Escalade rapide et massive, avec une intervention forte pour neutraliser la capacité iranienne. À court terme, c’est un choc violent avec volatilité et stress sur tous les actifs. Les marchés prennent cher mais stratégiquement, les États-Unis reprennent le contrôle d’une zone clé pour les décennies à venir.
On est vraiment sur un arbitrage entre stabilité court terme et domination long terme. Donc au final, la vraie question est quel coût chaque camp est prêt à payer et sur quel horizon de temps. Pour l’instant, l’Iran semble plus à l’aise avec le temps long que les marchés et les politiques occidentaux.
Le marché, lui, price encore un scénario optimiste suite aux posts de Trump. Je peux le comprendre car le marché se dit qu’il faut être deux pour faire TACO mais il faut aussi être deux pour faire la guerre, mais plus on avance sans résolution claire, plus le risque d’un ajustement brutal augmente. Short term pain for long term gain ou TACO historique ?
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