Focus | La revue de presse économique et financière

Marchés financiers : Plus de questions que de réponses

Le marché est en mode interrogatif. Cela vaut pour l’économie (quid des profils de la croissance et de l’inflation ?) et la politique économique (quels seront les effets des taperings américains, puis plus tard, européens et comment ne pas s’inquiéter une fois encore du caractère dysfonctionnel de Washington ?).

Le panorama politique n’est pas plus clair. Quelle sera la traction en matière de réforme au lendemain de la formation du nouveau Cabinet allemand ? Cela vaut tant au niveau du pays qu’à celui de toute l’UE ? Américains et Européens se retrouvent aujourd’hui pour discuter commerce et technologie. Peut-on en attendre des avancées qui laisseraient penser qu’on sait encore gérer d’une façon construite ce monde en transformation ?

Mauvaise séance sur les marchés de capitaux hier, avec une baisse des bourses de plus de 2% de chaque côté de l’Atlantique et une remontée du rendement d’un titre d’Etat à 10 ans de 6 centimes côté américain et jusqu’à 5 centimes en Allemagne avant de corriger en fin de journée. Bien sûr, il est fondé de dire que les taux longs ne font jamais que retrouver le niveau de la fin du printemps et que le niveau des bourses (aux Etats-Unis pour ne prendre que cet exemple) reste aujourd’hui plus élevé qu’à l’époque. Mais la vitesse de remontée des premiers, sur fond d’inévitable ralentissement des profits des entreprises, fait craindre une moins bonne résistance des secondes.

On le sent ; la psychologie interrogative des marchés, pour dire le moins, renvoie à l’état de l’économie et au réglage de la politique économique. Et en la matière le questionnement est bien présent ! Pour ce qui est de l’activité, bien malin qui arrive à préciser de façon un tant soit peu précise et argumentée l’ampleur du ralentissement en cours. Quant à l’inflation, le débat fait rage entre les tenants du provisoire, même s’il dure, et ceux qui défendent l’idée que quelque chose de plus pérenne se met en place. Sur l’action des policymakers, la matérialité du sujet est plus forte. Cela concerne d’abord les Etats-Unis. Quel est le degré de déstabilisation du marché obligataire, induit par le ralentissement des achats de titres par la Fed à partir des derniers mois de l’année ? E puis le « petit jeu » pervers des parlementaires au sujet du plafond de la dette (il sera atteint le 18 octobre, dixit la ministre des Finances) et du budget 2021 – 2022 (l’année fiscale prochaine commence vendredi !) peut-il faire craindre une crise de la dette souveraine?

L’hypothèse que j’ai envie de privilégier est que tout se passera sans heurt ; même si la difficulté à « penser » le tempo de la croissance économique à l’horizon des prochains trimestres est pour moi la principale préoccupation. Fort de cette conviction, j’ai envie d’approfondir deux sujets politiques : l’Allemagne et les relations américano-européennes.

Peut-on espérer que suite à l’élection législative du 26 septembre dernier l’Allemagne sorte enfin de sa « chrysalide » du siècle passé et embrasse une ligne politique plus adaptée à l’époque : moins mercantiliste en matière commerciale, moins atlantiste en matière diplomatique et de défense et moins orthodoxe en matière budgétaire ? Avant de répondre, jetons un œil au rapport de force politique, tel qu’il ressort des résultats annoncés dimanche dernier au soir ? Il y a en fait deux vainqueurs et demi et trois perdants, si on compare par rapport à la situation de 2017. Au nombre des gagnants, assurément le SPD (les Sociaux-démocrates) et les Verts et dans une moindre mesure le FDP (les Libéraux) ; au nombre des perdants, la CDU-CSU (les Démocrates-chrétiens), l’AfD (l’extrême-droite) et Die Linke (l’extrême-gauche). Même si on peut relativiser le constat (le SPD est en perte « structurelle » de poids électoral et les verts on fait beaucoup moins bien qu’on pouvait l’anticiper au printemps dernier), les gagnants devraient s’unir pour former la prochaine coalition de gouvernement. Mais pour quoi faire ? Si ce n’est sur les sujets dits de Société (la libéralisation de la consommation du cannabis par exemple), Verts et Libéraux ne sont pas d’accord sur grand-chose. Il est alors à craindre que la ligne suivie par ce qui serait le nouveau gouvernement ne se résume au plus petit multiplicateur commun. La rupture par rapport à la pratique précédente serait modeste. Par ricochet, la trajectoire européenne ne serait guère infléchie, même si elle en a en fait besoin. Rajoutons au diagnostic un élément de calendrier. Le nouveau Cabinet allemand pourrait ne pas être formé avant la fin de l’année. Parions donc sur un quatrième trimestre 2021 sans que de grandes décisions ne puissent être prises à Bruxelles (règle budgétaire, déclinaison du Brexit, relations avec les Etats-Unis et la Chine, …). Puis, le premier semestre 2022 se déroulera à l’ombre de la politique française (élections présidentielle et législative obligent). La paralysie (certes relative) se poursuivra avec un Conseil européen confronté à la difficulté de prendre des décisions engageantes. A un moment compliqué de l’histoire du monde et alors même que l’Europe doit se « remettre en selle », un « blanc » de neuf mois va apparaître bien long.

Election générale allemande de 2021 : gain ou perte nets de chaque parti par rapport à 2017

Passons aux relations américano-européennes. C’est aujourd’hui que se réunit à Pittsburgh (anciennement Fort Duquesne, pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Amérique française) et pour la première fois le Conseil américain-européen pour le commerce et la technologie. La rencontre est politiquement et économiquement importante. Politiquement, car elle intervient juste après le « coup de froid » occasionné par l’annonce de l’alliance AUKUS d’où l’UE est absente et qui s’est traduite par une « mauvaise manière » faite à la France. Il n’empêche que se rabibocher ne sera pas tout à fait simple. Washington voudra utiliser le forum pour amener les Européens au plus près d’une ligne dure vis-à-vis de la Chine. Ceux-ci, à la recherche d’une voie moyenne, feront preuve de réticence. Economiquement, les sujets sont nombreux et complexes (Cf. le tableau ci-dessous). Beaucoup sont d’intérêt commun. Ainsi, la concentration de la production de microprocesseurs à Taïwan, un des « points chauds » du globe à l’heure actuelle appelle une réponse de la part tant des Etats-Unis que de l’Europe. Peut-on la faire de façon coordonnée ? De même, la régulation des nouvelles technologies est une nécessité, si on ne veut pas, de part et d’autre de l’Atlantique, être confronté à des implications économiques, sociales et politiques déstabilisantes. Quid par exemple d’un usage de l’Intelligence Artificielle qui permettrait un télétravail, non pas depuis la proximité du bureau et avec les mêmes employés, mais depuis très loin là-bas et avec de nouveaux embauchés ? certains experts du sujet disent que cela serait techniquement possible. Face aux changements du monde, forger les nouvelles règles de fonctionnement est une nécessité. Américains et Européens ont ensemble la capacité de les imposer aux autres acteurs. Sauront-ils le faire ?

Conseil americano-européen

Vous avez trouvé cette publication intéressante ?

Cliquez sur une étoile pour la noter !

Note moyenne / 5. Nombre de votes :

Aucun vote pour l'instant. Soyez le premier à noter cette publication.

Merci pour votre vote !

Vous pouvez ajouter un commentaire (optionnel).

Dites-nous en plus (optionnel) :

Total
1
Shares
Publications similaires
Europe-USA | La revue de presse économique et financière
+ PLUS

L’écart se creuse entre les Etats-Unis et la zone euro

Un an après le début de la crise de la Covid-19, un premier bilan est possible. Du côté des victimes, il est plus désastreux aux Etats-Unis qu’en zone euro, ce qui s’explique par les moindres mesures de restriction imposées outre-Atlantique. Conséquence : le PIB a moins chuté aux Etats-Unis que dans la zone euro l’an dernier (-3,5% vs -6,8%). Avec les mesures de restriction en zone euro, on observe de nouveau en ce début d’année un repli de l’activité en Europe, tandis que la croissance américaine se poursuit. On estime désormais que le PIB retrouvera son niveau d’avant crise d’ici cet été aux Etats-Unis, mais pas avant la fin 2022 dans la zone euro. Cependant, les Etats-Unis mettront plus de temps à revenir au plein emploi qu’à retrouver le niveau initial d’activité. Les anticipations de croissance expliquent la remontée récente des taux d’intérêt aux Etats-Unis. Le plan de stimulation budgétaire de 1900 mds $ (9% du PIB) actuellement examiné par le Sénat fait craindre un risque de s..