Matières premières (agriculture) | Les actualités économiques et financières

Matières premières : principal canal de transmission de la crise ukrainienne vers l’économie mondiale

Le prix et la disponibilité des matières premières sont le principal canal de transmission de la crise ukrainienne vers l’économie mondiale. Le choc est en grande partie dans les prix des marchés financiers, mais ceux-ci restent vulnérables à une envolée supplémentaire des prix du pétrole, ainsi qu’à des évènements extrêmes liés au conflit.

Les effets de la guerre et des sanctions occidentales ont accéléré la hausse des prix des matières premières, avec en particulier un baril de pétrole Brent à 110/120$. En dollar courant, les indices composites des matières premières ont cassé leurs plus hauts de 2008 et 2011. En dollar constant, cependant, ils restent très en deçà des niveaux atteints en 1973/74 (graphique 1). Pour cette raison, et parce que l’intensité de la croissance économique en matières premières a beaucoup décru ces dernières décennies, le choc actuel n’est pas aussi impactant pour l’économie mondiale que l’on pourrait le craindre de prime abord (en tout cas à ce stade). Les derniers très bons chiffres de l’emploi américain du mois de février (+678K créations d’emplois) illustrent par ailleurs la force du momentum des économies occidentales à la veille du choc ukrainien.

Le problème, néanmoins, est que la disponibilité des matières premières exportées par la Russie semble remise en question. Outre que la Russie peut à tout moment créer une pénurie en interrompant ses livraisons de gaz naturel à l’Europe, les sanctions américaines empêchent aujourd’hui la Russie de vendre une grande partie de son pétrole. La Russie produisant 12% du pétrole mondial (soit 10 millions de barils par jour), ce boycott, qui pourrait mettre du temps à être contourné, risque de pousser le prix du baril bien au-delà de 120$. Dans cette hypothèse, le choc ukrainien se diffuserait aux économies américaines et asiatiques. Quant à l’Europe, qui souffre en plus de l’envolée des prix du gaz naturel (graphique 2), elle subirait un choc encore plus substantiel.

Une grande partie des risques évoqués ci-dessus est déjà dans les prix des marchés financiers. L’indice Euro Stoxx 50, en baisse de 16% depuis le début de l’année, a déjà retracé près de 40% de sa hausse depuis mars 2020. Les spreads de crédit se sont nettement retendus, l’euro continue de faiblir et les banques européennes ont reperdu près de 30% depuis leur point haut de début février. Enfin, la forte baisse des PER et l’écroulement des taux d’intérêt réels de la zone euro a fait grimper la prime de risque des actions européennes (Euro Stoxx 300) à son niveau extrême de mars 2020.

Les valorisations de plus en plus attractives et le positionnement ultra-défensif des investisseurs suggèrent qu’une atténuation même limitée de l’aversion au risque produirait une remontée rapide des cours des actions, comme cela s’est vu maintes fois dans l’histoire des marchés. Peut-être faudra-t-il pour cela un arrêt des combats, ou des mesures limitant la hausse des prix de matières premières ou simplement des exagérations de marché provoquant des rachats de shorts. Nous maintenons à ce jour notre positionnement prudent dans tous nos fonds flexibles, et couvrons une grande partie du risque européen dans les fonds internationaux, mais demeurons prêts à tout moment à revenir dans le marché.

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