Gueule de bois

Dans Faust II de Goethe, Méphistophélès, incarnant le diable, convint l’empereur romain, accablé par l’état pitoyable de ses finances, de tout simplement imprimer des billets pour remplir ses coffres et ainsi retrouver la prospérité. 

  • L’empereur dépense sans limites et l’inflation se réveille peu à peu pour aboutir au chaos économique. Ce récit est souvent utilisé par ceux qui craignent les excès de la politique économique, notamment de la politique monétaire. Comprendre les causes d’une spirale inflationniste est important, mais l’arrêter l’est encore davantage.
  • Aujourd’hui, comme nous le savons tous, dans le monde développé, l’inflation s’est réveillée après des années d’absence. Hier, dans le marché, les chiffres d’inflation pour le mois d’août aux Etats-Unis étaient attendus avec anxiété. D’aucuns voulaient y lire la confirmation que le pic de l’inflation était passé et que la dynamique de décrue était solidement amorcée. Ils ont été déçus. Certes, à cause du recul des prix de l’essence, l’inflation totale était en baisse comme attendue (8,3% contre 8,5% le mois précédent en glissement annuel), bien que moins que prévu. Mais, malheureusement, l’inflation sous-jacente, excluant l’énergie et les aliments, accélérait, renouant les craintes d’une persistance de l’inflation à des niveaux élevés et d’une réponse des autorités monétaires plus forte que prévue. Pour nous, ces chiffres, après ceux de l’emploi, confirment que la Fed devrait maintenir pour l’instant sa marche accélérée vers la normalisation de sa politique afin de contribuer à l’accalmie des pressions inflationnistes.
  • Toujours aux Etats-Unis, nous avons eu l’enquête auprès des petits commerçants (NFIB). Elle donne en général une assez bonne image de certaines tendances de l’économie. En particulier, elle a permis de voir assez tôt comment les pressions sur les coûts et les salaires se sont manifestées à la sortie de l’épidémie de Covid, et a aussi permis de saisir les tensions sur le marché du travail. Pour le mois d’août, on a pu constater que les pressions persistent mais, bonne nouvelle, elles s’atténuent. Il est probable que ces tensions, et plus particulièrement sur les prix, continuent à se calmer avec une économie qui perd de la vitesse. Néanmoins, nous continuons de penser que la vitesse avec laquelle l’accalmie va se manifester risque d’être lente.
  • En Europe, l’enquête allemande auprès des opérateurs de marché (ZEW) a de nouveau, sans surprise, été marquée par le pessimisme sur la trajectoire économique future. Le niveau de pessimisme est remarquable, avec l’indice touchant un plus bas historique. Ce regard très morose sur l’avenir peut paraître justifié étant donné le choc massif auquel est soumise l’Europe, et tout particulièrement l’Allemagne. Non seulement les conditions monétaires sont en train d’être resserrées violemment, mais surtout la région subit un choc énergétique inédit dû à la guerre en Ukraine. Néanmoins, nous pensons que les mesures de soutien que les gouvernements européens, à l’instar du Royaume-Uni, pourraient prendre pour protéger les ménages et les entreprises de ce choc énergétique pourraient aboutir à des perspectives économiques, d’ici la fin d’année, bien meilleures que ce que nous envisagions jusqu’ici. Il faut certes rester prudents, mais tout de même, le gouvernement britannique envisage de mettre sur la table plus de 7 points de PIB pour protéger les ménages sur les deux prochaines années et pendant six mois pour les entreprises. De son côté, la Commission européenne devrait faire des propositions ce mercredi pour intervenir davantage que les plus de 2 points de PIB déjà injectés par les gouvernements pour protéger notamment les ménage.
  • A très court terme, il nous semble que la prudence doit encore l’emporter dans notre stratégie d’investissement. Le marché reste trop prône à s’obstiner à chercher des raccourcis pour sortir de la dynamique inflationniste, crée par les deux années écoulées, notamment sur le positionnement que doivent adopter des banques centrales, alors que les risques de la situation énergétique en Europe ne sont pas forcément bien intégrés. Nous voudrions voir des prévisions de résultats d’entreprises plus prudentes pour l’année qui vient. En revanche, à moyen terme, il nous semble qu’un certain optimisme pourrait apparaître associé à la volonté des Etats de promouvoir la croissance.

L’inflation américaine, mesurée par l’indice des prix à la consommation (CPI), a bien baissé en août, sous l’effet du fort recul des prix de l’essence (+ de 10% baisse). Ainsi, elle passe à 8,3% en glissement annuel après 8,5% le mois précédent. Malheureusement, l’inflation sous-jacente, hors énergie et aliments, progresse bien plus qu’attendu, se situant à 6,3% en glissement annuel, perturbant sérieusement les anticipations de marché. En fait, la progression mensuelle de celle-ci a été plus du double (+0,6% contre 0,3%) que ce qui était anticipé par le consensus des économistes.   

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