Un graphique avec des chiffres.

Mensuel Ecofi : “Fast and furious”

Le risque de récession mondiale a fortement augmenté ces dernières semaines et continue d’augmenter. Trois chocs frappent le monde : (i) la guerre en Ukraine pousse l’Europe dans la récession ; (ii) les blocages en Chine entraînent une contraction du PIB au 2ème trimestre ; (ii) le durcissement monétaire et budgétaire aux Etats-Unis va peser sur le marché immobilier.

A contre-sens, peut-être à contrecœur, les banques centrales se sont résolues à frapper fort pour contrecarrer une inflation en forte progression partout dans le monde au risque de briser les perspectives de croissance pour l’année 2022. Cette stratégie passe par une politique de réduction de la liquidité et de durcissement des conditions financières via notamment des hausses de taux directeurs. A fin mai, le consensus s’établissait à 3,3 % pour la croissance mondiale (vs. 4,4 % fin décembre 2021) et à 6,5 % pour l’inflation mondiale (vs. 3,9 % fin décembre 2021). Cette tendance – baisse de la croissance et hausse de l’inflation – pourrait persister, notamment en Europe.

A l’exception notable de la Chine, une majorité de banques centrales a entamé un processus de resserrement monétaire. La Banque centrale européenne (BCE), qui était en début d’année dans une position « dovish », a basculé en mode « hawkish ». La présidente de la BCE a clairement annoncé la voie et devrait très certainement annuler la prime négative sur le taux de dépôt au 3ème trimestre de cette année. D’autres hausses interviendraient ensuite pour un total de 175 points de base de remontée des taux sur le cycle.

Dans ce contexte monétaire, financier et budgétaire dégradé, on pointe le risque sur la consommation qui pourrait décliner en raison de la perte de revenu réel. Finalement, la bonne dynamique sur l’emploi reste le seul moteur de soutien à l’activité, alors que les perturbations de chaîne d’approvisionnement perdurent et que les coûts de production s’envolent. Outre l’emploi, on surveillera les marges des entreprises qui pourraient décliner et la courbe des taux américaine qui ne marque pas plus d’inversion sur l’indicateur 10/2 ans car les anticipations de remontée des taux courts américains sont figées. Cette situation s’explique par la baisse des anticipations d’inflation à 5 ans dans 5 ans qui ont rassuré en revenant en deçà des 3 %.

D’ailleurs, la situation reste paradoxale puisque l’action des banques centrales semble à ce stade avoir peu d’influence sur les anticipations d’inflation à court terme. Aussi, casser la dynamique de croissance mondiale pour lutter contre une inflation des prix énergétiques et agricoles reste un exercice difficile et incertain. C’est pourtant ce qui se réalise, d’où le terme de « slowflation » (une croissance en forte baisse alimentée par une inflation en forte hausse) avec, à la clé, une forte baisse du prix des actifs financiers. Même si les risques associés à des effets de second tour doivent être analysés, les projections 2023 et 2024 sont clairement à la baisse sur l’inflation. L’action des banques centrales, trop tardive, pourrait s’avérer sur le long terme trop forte.

Les actifs risqués en forte baisse indiquent des probabilités implicites de récession très fortes alors que les actifs sans risque indiquent des probabilités implicites de récession faibles. Cela traduit la perte de repères des investisseurs et la communication à vue des banquiers centraux. Aussi, la forte baisse des marchés financiers doit être relativisée, même si la situation économique venait à se dégrader davantage. Cela pourrait finalement déporter le problème sur la dette publique et privée, alors que les besoins de financement restent considérables au regard des enjeux de climat, de reconversion de l’industrie et des transports. Ce sera le prochain grand défi des banques centrales, notamment en zone Euro où la sous-performance obligataire des Etats de l’Europe du Sud doit être suivie attentivement.

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