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Métaux : Pas très glamour mais efficace

Metaux | Les actualités économiques et financières

Le sujet des métaux ne fait pas encore la une des médias grand public mais les investisseurs ont d’ores et déjà intégré le sujet : la transition énergétique va être vorace en métaux pour les batteries de véhicules électriques, les réseaux électriques, les éoliennes, les panneaux solaires, les appareils mobiles… Cela va avoir des conséquences sur toutes les chaines de valeurs liées de près ou de loin aux métaux.

Le rapport 2020 de l’USGS, l’agence fédérale des États-Unis qui scrute le monde des minerais et des métaux permet de mesurer l’ampleur du problème.

Cuivre, Lithium, Cobalt, Nickel, terres rares (les principaux métaux concernés) sont tous confrontés à des problèmes similaires :

  • Une utilisation massive pour un des éléments clés de la transition,
  • Des substitutions difficiles voire impossible,
  • Des exploitations sous tension : sur le cuivre par exemple, les mines sont proches de leur pic d’exploitation, globalement les mines font face à un stress hydrique et de nombreux gisements sont exploitées sur des schémas assez loin des meilleurs standards environnementaux, même si la situation commence tout doucement à s’améliorer.
  • Les réserves s’amenuisent et celles qui subsistent sont plus couteuses à exploiter.

Enfin, et le sujet est particulièrement sensible sur le plan géopolitique, les lieux d’exploitation et de raffinage ou de transformation sont situés dans des pays sensibles sur le plan stratégique. La Chine a parfaitement compris les enjeux ce qui créera immanquablement des tensions à plus ou moins long terme.

Hausse structurelle de la demande et reprise de l’économie en 2021 ont entraîné une hausse très forte de nombreuses matières premières : les métaux liés à la transition ont atteint des sommets en 2021 : 10.780 dollars/tonne sur le cuivre le 25 mai (+25% sur l’année) ; 21.130 dollars/tonne pour le nickel le 24 novembre (+26%) ; 70.508 dollars/tonne pour le cobalt le 28 décembre (+120%) ; 32.600 dollars/tonne pour le lithium (+443%) ; et 3.171 dollars/tonne pour l’aluminium le 15 octobre (+42%)… Les métaux précieux (orargentplatinepalladium) ont aussi connu des plus hauts – surtout le palladium à près de 3.000 dollars/once en mai, mais ont tous terminé l’année en baisse, notamment à cause de la chute de la production automobile liée aux difficultés d’approvisionnement au second semestre. Cette petite baisse ne remet pas en cause la tendance long-terme et ne doit pas faire oublier le déséquilibre à moyen long terme entre une demande structurelle en croissance inexorable et l’offre tout aussi inexorablement contrainte.

L’investissement direct dans les matières premières concernées n’est pas évident du tout, il vaut mieux privilégier des solutions gérées intégrant des considérations environnementales.

Globalement, les investisseurs devront prendre garde aux risques liés aux coûts et à la sécurité des approvisionnements dans les sociétés dans lesquels ils investissent.

Il semble néanmoins possible de tirer profit de la situation en étant respectueux de l’environnement, utile à la transition énergétique et rentable, le tout en permettant de résoudre (en partie) la dépendance stratégique à l’extérieur.

Comment ? Le recyclage.

Les éléments sont en place pour permettre le développement de l’activité de recyclage. Selon les études et les périmètres couverts la croissance du marché du recyclage sur les 10 prochaines années devraient être comprise en moyenne de 6 à 7% par an.

Les constituants de la croissance sont nombreux : les coûts de la matière première sont évidemment déterminants et rendent solvables de nombreuses méthodologies de recyclage. Il est clair également que la pression environnementale pousse également les industriels à intégrer le plus possible de matériaux recyclés dans leur process. La règlementation va aussi inciter les industriels à investir dans ce domaine. De nombreux secteurs, parmi les plus émetteurs de CO2, sont concernés : transports, bâtiments, industrie en général, digital…

Le levier de réduction d’énergie nécessaire et l’impact en termes de réduction de d’émission de CO2 varient selon les métaux recyclés : l’ordre de grandeur est une division par 2.

La crise COVID a également accru l’intérêt d’un approvisionnement de proximité : les états souhaitent diminuer les dépendances externes et les industriels veulent également raccourcir les circuits pour obtenir des métaux plus rapidement et diversifier leurs sources.

Soyons clairs, le recyclage des métaux ne résout pas le problème de criticité des métaux mais peut permettre, même pour quelques pourcents de limiter l’amplitude de volatilité d’approvisionnement. Pour le moment à l’échelle planétaire seulement 10% des biens de consommation sont recyclés (pas de chiffres précis sur les métaux seuls mais cela ne doit pas être notoirement différent).

Les grands acteurs du recyclage sont également souvent des acteurs de la collecte et du traitement de déchets. Ces métiers font l’objet de barrière à l’entrée importante.

Investir dans ce type d’activité n’est pas évident mais a du sens dans le cadre d’un portefeuille ESG diversifié.  Il semble préférable de privilégier des acteurs de pays développés plus sensibles et plus contrôlés sur le plan environnemental.

Le « plan vert » européen incite à développer le recyclage et de nombreux acteurs investissent dans des unités liées au recyclage en relation avec leur propre activité.

Quelques acteurs peuvent être cités (il ne s’agit pas de recommandation d’achat bien sûr).

Derichebourg par exemple bénéficie pleinement de la hausse des métaux comme l’ont montré ses résultats de son exercice 2020-2021 ; le CA a progressé de 46% et le résultat net a lui été multiplié par 8 à 174 M€.  Le groupe a investi en rachetant son concurrent Ecore et manifeste ainsi clairement sa volonté de développement.

De grands acteurs américains comme Waste Mngt continue d’afficher des croissances rentables régulières en prenant soin de l’environnement (note ESG très correcte). Suez et Eramet, eux, se sont associés pour développer un procédé innovant de recyclage en boucle fermée des batteries de voitures électriques. Enfin des entreprises de taille plus modeste innove dans le recyclage comme WeeeCycling ou Auréa (sur des périmètres de recyclage encore plus vaste)

 En conclusion : pour faire face à la problématique de criticité des métaux, des solutions rentables et efficaces existent, même si elles font peu la une des médias, ces valeurs peuvent utilement compléter des portefeuilles ESG !

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Alain Pitous est Senior Advisor ESG. Il travaille dans le secteur de la gestion d’actif depuis 1986, diplômé de l’EDHEC, il a commencé sa carrière dans une société de bourse à Lille. Il a ensuite rejoint la Société Générale en tant que gérant de portefeuille obligataire. Par la suite, il a managé des équipes de gestions diversifiées, puis actions et taux jusqu’en 2009. Il a activement participé à la création d’Amundi (Groupe Crédit Agricole) entité regroupant les activités de gestion de la SG et du Crédit Agricole. Membre du Comex d’Amundi jusqu’en 2014 il a ensuite rejoint une aventure entrepreneuriale en intégrant Talence Gestion en tant que Directeur Général. Il a rejoint OFI AM pour devenir Directeur de la Finance Responsable avec comme objectif d'une gestion 100% ISR...en à peine 2 ans cet objectif est en passe d'être atteint, désormais la mise en place de la règlementation Disclosure / Taxonomy est l'objet de toute son attention !

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