Enguerrand Artaz, stratégiste macro et marchés chez La Financière de l’Échiquier, souligne l’effet direct du marasme politique français sur le moral des ménages, aujourd’hui le plus bas de la zone euro. Résultat : une consommation en berne et un taux d’épargne à un niveau record, hors période de pandémie. Alors que les autres pays européens amorcent un léger redressement, la France s’enfonce dans une spirale de précaution.
Le contexte politique dans lequel vit la France depuis plus d’un an n’a pas pour seul effet d’empêcher une amélioration de la trajectoire du déficit public. Il a aussi une conséquence directe sur le moral des ménages, le plus déprimé à ce jour parmi les grands pays de la zone euro. Conséquence directe de ce manque de confiance : un comportement épargne/consommation qui favorise de plus en plus en l’épargne de précaution au détriment de la consommation.
En effet, le taux d’épargne (c’est-à-dire le pourcentage du revenu disponible qui n’est pas consacré à la consommation) est aujourd’hui, en France, à son plus haut niveau historique, exceptées les périodes de confinement pendant la pandémie. Pis encore, alors que la tendance semble s’améliorer – très progressivement – dans le reste de la zone euro, elle continue de s’accentuer en France.
S’il s’agit indubitablement d’une mauvaise nouvelle pour la dynamique économique à court terme, c’est aussi un motif d’espoir à plus long terme. Une amélioration notable de la confiance des consommateurs, qui passera certainement (entre autres) par un renouveau politique majeur, pourrait mener à une inversion du comportement épargne/consommation. Un « simple » retour du taux d’épargne sur les niveaux de 14/15% qui prévalaient avant covid constituerait un boost de consommation – et donc de croissance – particulièrement puissant. Sans même parler de dépenser une partie de l’épargne accumulée ces dernières années.
