Le capitole (États-unis) | La revue de presse économique et financière

Négociations au Congrès : vers un risque de défaut de la dette américaine ?

A certains égards, le fait que la pandémie de Covid-19 ait été reléguée au second plan par le suspense sur le relèvement du plafond de la dette aux États Unis est plutôt une bonne nouvelle. En effet, si dans l’inconscient collectif américain la date du 18 octobre renvoie à l’achat de l’Alaska (en 1867 à l’Empire russe), il se pourrait que cette fois-ci, on se souvienne de cette date pour de mauvaises raisons. Ainsi, si les parlementaires ne parviennent pas à un accord d’ici là, on pourrait simplement assister au premier défaut de la dette américaine. Certes, à de nombreuses occasions, notamment en 2011 et en 2013, le plafond de la dette avait été atteint. Mais cela était sur une très courte période, ce qui a permis au Trésor de continuer à honorer les engagements (en recourant temporairement à des mesures extraordinaires) pendant les négociations au Congrès.

Certains se demanderont donc pourquoi il n’en serait pas de même cette fois-ci, surtout qu’un accord évitant le « shutdown » a été trouvé à la dernière minute jeudi. La grande différence avec les épisodes précédents tient à l’extrême polarisation des deux camps. Ainsi, alors qu’un consensus semble se dégager sur le programme d’infrastructures de 1 200 milliards de dollars, on ne peut pas en dire autant sur le second plan de relance qui table sur une hausse des dépenses sociales de 3 500 milliards de dollars (sur dix ans). Ce dernier plan, voulu par le Président Biden, est supposé être financé par des hausses d’impôts, une ligne blanche que les Républicains ne sont pas prêts à franchir. La tentation est grande pour les Démocrates de passer par la procédure de « réconciliation budgétaire », un dispositif qui leur permettrait d’outrepasser tous les blocages des Républicains avec une majorité simple. Or, cette majorité est mince et plusieurs voix dissonantes à l’intérieur même de la majorité démocrate risquent de faire échouer le vote.

Ces tensions politiques ne sont pas de nature à faciliter un retour de l’appétit pour le risque, d’autant que la situation sur le secteur de l’énergie s’est une nouvelle fois dégradée. On a ainsi assisté à une multiplication des rationnements d’électricité en Chine, conséquence d’une flambée des cours du charbon (+170,8 % en 2021) et de la mise en application de normes environnementales plus strictes. Dans la mesure où l’arrivée de l’hiver risque de renforcer cette forte appréciation des matières premières, de plus en plus de secteurs vont souffrir de ces pénuries, notamment les plus énergivores. Dans ces conditions, le ralentissement actuel de l’activité industrielle chinoise pourrait être plus prononcé qu’anticipé. D’ailleurs, l’indicateur avancé du Bureau national de la statistique auprès des directeurs des achats dans l’industrie est entré en zone de contraction (-0,5 point en septembre, à 49,6), une première depuis février 2020.

Même si nous ne tablons pas sur une bascule de la Chine en récession, comme en témoigne le rebond de l’indice PMI dans les services (+5,7 points en septembre, à 53,2), la remontée des taux longs américains va renforcer les inquiétudes sur la stabilité du système financier chinois. En effet, Jerome Powell a semblé reconnaître que l’inflation américaine pourrait être plus importante que prévu pendant plus de temps suite à la multiplication des goulets d’étranglement. Le caractère temporaire de l’inflation auquel s’accroche le patron de la Réserve fédérale (Fed) ne devrait pas empêcher un ralentissement des achats de titres (Tapering) dès le mois de novembre. Seul un mauvais rapport d’emploi en septembre pourrait décaler dans le temps le début du Tapering. Or, la baisse des nouvelles demandes d’allocation chômage avec la fin des programmes fédéraux spéciaux laisse subodorer la création d’au moins 500 000 postes en plus.

Ce n’est pas un hasard si la remontée des taux longs s’est poursuivie (+1 point de base, à 1,465% pour le rendement du taux à 10 ans américain), après une semaine de forte appréciation. Dans ces conditions, les marchés actions ont chuté (-2,1% pour le S&P 500, à 4 361,91 points), pénalisés par les valeurs technologiques (-3,51% pour le Nasdaq, à 14 792 points). Ce contexte peu propice à la prise de risque a également profité au dollar (+0,8% contre toutes les monnaies). L’euro a particulièrement marqué le coup (-1,1% sur la semaine).

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