Wall street | La revue de presse économique et financière

Octobre sera t-il (encore) le pire mois de l’année ?

Dans l’inconscient collectif des investisseurs, octobre est souvent vu comme le pire mois de l’année, en référence aux krachs boursiers de 1929, 1978, 1979, 1987, 1997, 2008.

Alors que les signaux d’inquiétude n’ont cessé de se multiplier, passant de la fragilité du marché immobilier chinois à l’envolée des prix de l’énergie, ce mois a pourtant boursièrement mieux débuté. Ce retour de l’optimisme sur les marchés financiers semble attribuable à l’annonce d’un accord entre les Républicains et les Démocrates pour relever le plafond de la dette de 480 milliards de dollars, ce qui permet d’éloigner le spectre d’un défaut de paiement de la première économie du monde jusqu’au 3 décembre. Ce court répit a suffi pour insuffler un vent d’optimisme qui s’est traduit par une progression des indices boursiers (S&P 500 : +0,7%, à 4 389,20 points).

Pourtant, conséquence d’une forte demande et de stocks particulièrement bas à l’orée de l’hiver, les cours des matières premières – en particulier ceux de l’énergie – ont flambé. Ce nouveau choc éloigne encore dans le temps le pic anticipé de l’inflation, ce qui n’est pas neutre pour les taux. Les rendements obligataires, à l’image du taux à 10 ans américain (+15 points de base – pbs -, à 1,6118 %), ont ainsi poursuivi leur élan haussier débuté après la réunion de la Reserve fédérale (Fed) le 22 septembre dernier. Cette envolée des taux américains a aspiré à la hausse toutes les autres courbes de taux. Le Bund s’est ainsi apprécié fortement (+7 pbs, à -0,1500 % pour le 10 ans) et a sous-performé légèrement par rapport aux pays périphériques (Italie : +6 pbs, à 0,8813 %). Il faut dire qu’avec un taux d’inflation déjà à 4,10 % sur une année, l’Allemagne est le pays de la zone Euro où les conséquences de la flambée des prix du gaz devraient avoir le plus d’impact négatif. Cela pourrait accélérer le processus d’approbation par le Bundestag du gazoduc Nord Stream 2, fortement réclamé par le Président Poutine.

Même le cinquième mois consécutif de recul des ventes d’automobiles (-6,4 % en septembre) ou la déception du rapport d’emploi de septembre n’auront pas suffi pour calmer cette remontée des taux. En effet, alors que le consensus tablait sur la création d’au moins 500 000 postes supplémentaires, l’emploi salarié non agricole n’a progressé que de 194 000 postes. Cette réaction des investisseurs peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’accélération du salaire horaire moyen, passé de 4 % à 4,6 % en glissement annuel, montre que les difficultés de recrutement ne se sont pas estompées comme l’a récemment montré l’enquête de la NFIB auprès des patrons de PME. Ensuite, la qualité de l’emploi s’est nettement redressée avec une forte création d’emplois à temps plein (+591 000 contre une baisse de 36 000 pour les postes à temps partiel). Enfin, le taux de chômage, passé de 5,2 % en août à 4,8 %, est revenu à son plus bas niveau depuis la pandémie, une embellie particulièrement ressentie au niveau des chômeurs de longue durée (-496 000). Au final, ce rapport d’emploi nous semble suffisamment décent, une condition posée par le président Powell lors de réunion de la Fed de septembre avant toute réduction des achats de titres.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant de voir le dollar poursuivre son appréciation (+0,2%, à 94,11 points pour le taux de change effectif), malgré la déception des chiffres de l’emploi. Le billet vert a profité aussi de la hausse surprise de l’indicateur avancé ISM dans le secteur des services (+0,2 point de pourcentage, à 61,9) en dépit des problèmes de délais de livraison, de la progression exponentielle des coûts d’acheminement et des difficultés de recrutement. Si le dollar a continué de s’apprécier après la publication d’un déficit commercial record (à -73,3 milliards de dollars en août), c’est que les statistiques en Europe ne sont pas forcément meilleures. La Banque centrale européenne (BCE) n’est pas pressée pour durcir sa politique monétaire, surtout après la publication d’une production industrielle qui montre de sérieux signaux de faiblesse inattendus, notamment en Allemagne où le recul est particulièrement marqué (-4,1% en août). Cela est à relier avec les difficultés du secteur automobile qui reste englué dans les problèmes d’approvisionnement en semi-conducteurs. Même les ventes au détail ont déçu lorsque l’on met en relief la progression de 0,3% observée en août avec la chute de 2,6% du mois précédent.

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