Pandémie | La revue de presse économique et financière

Pandémie et endémie : “le monde et les temps changent”

Par Hervé GOULLETQUER

La quatrième vague de la pandémie force à revoir à la baisse la croissance économique envisagée pour le troisième trimestre. De combien ? On ne la sait pas bien, mais le tempo de l’activité resterait élevé ; juste plus faible. Cet ajustement nécessaire modifie-t-il les termes du débat sur le risque inflationniste ? Probablement pas.

Il est sans doute nécessaire d’admettre que le virus du COVID est là pour rester ; d’une façon endémique donc. Avec quelles implications pour les politiques publiques et quels efforts d’adaptation pour le secteur privé ? « Là est la question », à laquelle il va falloir apprendre à répondre.

Le variant delta continue de se développer. Au sein de l’Union Européenne, le nombre de nouveaux cas par million d’habitants est supérieur à 150 (moyenne sur 7 jours), en hausse de 15 sur une semaine. Attention aux disparités entre pays : 270 et 147 pour la France contre 19 et 4 pour l’Allemagne. Aux Etats-Unis, les ordres de grandeur respectives sont de 175 et 70. Les chiffres pour le Royaume-Uni, « en avance » par rapport à l’essentiel des autres pays développés, envoient un message d’espoir. Si les nouveaux cas restent à un niveau élevé, ils sont en baisse sur une semaine : respectivement 530 et -148.

Bien sûr, le mix formé par la vaccination (autour de 50% de la population complètement vaccinée de chaque côté de l’Atlantique) et les caractéristiques du variant (sans doute plus contagieux, mais moins dangereux) permet aux chiffres d’hospitalisations et encore plus de décès de ne pas grimper de tropTant et si bien que les indicateurs de mobilité des populations, et ceci au niveau mondial, ne se dégradent pas. C’est fort de cette conclusion qu’on assoit le diagnostic d’une croissance économique qui doit « tenir le choc ».

Mais attention, le regard fin oblige à admettre que « tenir le choc » ne veut pas dire « ne pas perdre quelques plumes »Si on focalise sur les enquêtes PMI de juillet pour les pays développés déjà renseignés (Etats-Unis, Zone Euro, Japon, Royaume-Uni et Australie), en s’intéressant aux composantes qui décrivent le déroulé de l’activité (production actuelle, commandes et production future), le message agrégé est celui d’un repli par rapport à un point haut atteint en mai dernier :

  • Presque -4 points pour la production actuelle à certes 57,5 qui reste un niveau élevé ;
  • Presque -4,5 points pour les commandes à 57 ;
  • -3,5 points pour la production future (à 66,4), mais -5,8 points sur un mois ;
  • Dans tous les cas, la faiblesse relative est plus marquée côté manufacturier que services ; ce qui incite à considérer que les pays plus spécialisés dans les services et moins en avance dans le processus de vaccination sont les plus à risque en matière de tempo de l’activité au cours de la période actuelle ;
  • Remarquons que la Zone Euro résiste mieux que les autres pays.

Tout ceci pour arriver à la conclusion que la croissance du troisième trimestre devrait, a priori, « plier un peu » mais « ne pas rompre »Avec toutefois une incertitude sur l’ampleur de la correction baissière et en remarquant que celle-ci n’est pas encore intégrée dans les consensus d’économistes de marché.

Cette nécessaire tempérance dans les anticipations d’activité, aura-t-elle des implications en matière d’inflation ? On sait que la dynamique de celle-ci est un point de vigilance pour le marché. Celui-ci a une double origine, rappelons-le : le rééquilibrage entre l’offre et la demande au passage du confinement à la réouverture de l’économie (l’exemple du prix des voitures d’occasion aux Etats-Unis est devenu emblématique) et l’importance des mesures de soutien apportées par les initiatives de politique économique. Disons deux choses. D’abord, l’effet temps et une demande un peu moins exubérante que considérée il y a encore peu participent ensemble d’une poursuite du processus de rééquilibrage, peut-être même d’une accélération. Ensuite, l’incertitude créée par le variant delta oblige les policymakers à rester vigilants. Le temps de la normalisation est « suspendu » ; celle-ci ne reprendrait « son vol » qu’avec la clarification de la double situation sanitaire et économique. Ce qui veut dire que le débat en cours entre ceux qui « croient » au risque inflationniste et ceux qui « n’y croient pas » va se maintenir. Avec en toile de fond analytico-historique le double point du processus de rattrapage des dépenses de services qui n’ont pas pu avoir lieu pendant les confinements (avec l’idée selon moi qu’il ne peut pas y avoir de rattrapage complet) et du « revenu permanent » (quid du destin de l’épargne accumulée ? Selon moi celle accumulée gonfle le patrimoine plus qu’elle ne favorise un surcroît de consommation).

Voilà pour le court terme et la pandémie. J’ai l’impression que le faible niveau de la vaccination dans les pays en développement, l’inévitable circulation du virus de la COVID 19 et la multiplication induite des variants, oblige à regarder le moyen terme avec le prisme de l’endémie. On pourrait ajouter à la liste des raisons le COVID long, qui concerne de 10% à 15% des personnes ayant contracté le virus. Le monde devra apprendre à vivre avec une sorte de cycle instable du virus : une présence et une virulence changeantes selon les endroits et les moments et des réponses immunitaires plus ou moins bonnes en fonction de l’offre et de l’efficacité des vaccins. Il y aurait alors ici un élément d’incertitude auquel les politiques publiques devront savoir répondre. Les agents économiques privés devront alors intégrer l’un et l’autre.

Qu’est-ce que cela pourrait signifier ? Tentons d’ouvrir des pistes ; en sachant qu’elles seront à confirmer et alors à approfondir. D’abord, les politiques de lutte contre le virus ne peuvent qu’être organisées au niveau mondial, afin de circonscrire et de traiter le risque là où il apparaît (sans doute davantage dans les pays ne disposant de systèmes de santé « avancés ». Ce qui implique des relations internationales apaisées et coopératives. Ce n’est pas le chemin qui a été pris le long des dernières années. Saura-t-on faire machine arrière ? Ensuite, le caractère permanent de la question du COVID accroît la liste des sujets qui demandent une réponse collective (qu’elle soit au niveau de l’Etat-Nation, d’un ensemble régional comme l’UE ou mondial) et qui comporte déjà le réchauffement climatique, un niveau élevé d’endettement et des inégalités souvent trop élevées pour ne pas être préjudiciables au bon fonctionnement de la Société. L’action publique, qui a augmenté durant la pandémie, ne reculera probablement pas. L’époque de « l’Etat est le problème et le marché, la solution » est bien en train de se refermer. Enfin, le secteur privé, qu’il s’agisse des ménages ou des entreprises, devra s’adapter. La règle du jeu va changer et l’avantage sera pour ceux qui feront au bon moment les bonnes anticipations. Une fois encore « le monde et les temps changent » !

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