Dans cette prise de position, Véronique Riches-Flores invite à prendre du recul face aux analyses trop mécaniques du choc pétrolier en cours. Alors que le scénario d’un baril durablement autour des 100 dollars gagne en crédibilité, elle met en garde contre une lecture trop simpliste de ses conséquences économiques.
L’idée fait son chemin et force est de reconnaître que les développements en cours au Moyen-Orient ne vont pas à son encontre : l’hypothèse de cours du baril de pétrole durablement dans la région des 100 $, voire plus, monte en probabilité. En quoi un tel scénario pourrait-il modifier le contexte économique et financier international ?
Les modèles les plus répandus d’estimation d’un choc de prix pétroliers se focalisent le plus souvent sur son impact sur l’inflation et le PIB américain ou européen, plus rarement, mondial, basé sur l’expérience des vingt-cinq ou trente-cinq dernières années. Ils concluent généralement à un choc immédiat, significatif à horizon de trois à cinq trimestres, progressivement absorbé à partir de la deuxième année ; à un impact sur l’inflation totale de trois-quarts à un point de pourcentage maximum et de moins de deux dixièmes sur sa partie sous-jacente ; enfin, à des pertes de croissance ponctuelles d’un à trois dixièmes ; l’ensemble sans conséquences durablement déstabilisantes.
Ces modèles vont rarement beaucoup plus loin dans les développements susceptibles de se produire a posteriori, en particulier sur les changements durables de régimes de prix, les rééquilibrages géopolitiques qui pourraient découler du conflit initial et/ou des changements structurels des marchés des changes et de la valorisation des actifs. Dit, autrement, ces chiffrages peinent à prendre en considération les éléments de contexte à même de faire d’un choc à l’autre toute la différence : des variantes que peuvent, par exemple, représenter la survenance d’une flambée des prix au beau milieu de l’essor de l’IA, elle-même en mesure d’en modifier l’impact, de celles liées à un environnement géopolitique très spécifique, fruit d’une guerre économique sans précédent dans l’ère moderne, faite de stratégies d’appropriation de ressources de plus en plus rares, ou encore des caractéristiques d’une économie mondiale sur financiarisée par rapport au passé, avec une capacité potentiellement différente d’absorber ce choc. On pourrait énumérer bien des éléments potentiellement différenciants que l’analyse ne peut omettre, quand bien même ceux-ci aboutissent souvent plus de questions que d’opportunités de réponse.

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