Face aux tensions géopolitiques et au risque d’une flambée du pétrole, l’administration américaine chercherait activement à empêcher une envolée du baril. Pour Omar Dibo, co-fondateur de Finneko et intervenant sur BFM Business, la stratégie de Washington pourrait passer par une intervention directe sur les marchés financiers du pétrole, en particulier les contrats futures qui influencent fortement le prix du baril.
Trump fait clairement tout son possible pour éviter une envolée du baril de pétrole. Le Trésor US pourrait annoncer des mesures pour lutter contre la hausse du prix du baril en intervenant sur le marché.
Le prix du pétrole n’est pas seulement déterminé par l’offre physique de barils. Il est largement déterminé par les marchés financiers, du moins par les contrats futures sur le Brent et le WTI. Chaque jour, des acteurs échangent des millions de contrats pour acheter ou vendre du pétrole, et parfois pour livrer dans plusieurs mois. Ce marché d’anticipation est tellement important qu’il finit par influencer directement le prix du baril réel.
Dans le contexte actuel, ce mécanisme devient encore plus visible avec des marchés qui anticipent un choc d’offre. Les prix peuvent s’emballer très vite parce que les traders commencent à acheter massivement des contrats futures pour se protéger ou spéculer sur une hausse. Le marché price alors un scénario extrême avec pénurie, explosion des prix, inflation, fin du monde, etc. C’est souvent cela qui fait monter le baril de 10-20$ en quelques jours comme aujourd’hui. Bessent veut cibler cela et plusieurs outils existent.
- Annoncer que les Etats-Unis vendront du pétrole de la réserve stratégique dans quelques mois, ce qui revient à injecter de l’offre future dans le marché.
- Encourager les producteurs américains à couvrir leur production future en vendant des futures, ce qui augmente mécaniquement l’offre de contrats vendeurs.
- Agir sur la régulation du marché des dérivés ou sur les conditions de trading pour limiter certaines positions spéculatives.
- Shorter le baril en passant par des intermédiaires financiers ou des entités publiques qui prennent des positions vendeuses sur les contrats futures ou sur des options pour créer une pression vendeuse crédible, envoyer un signal au marché et dissuader les traders à pousser les prix plus haut.
Quand la première puissance économique mondiale explique qu’elle est prête à intervenir sur le marché des futures pour calmer le pétrole, les traders comprennent immédiatement qu’ils risquent de souffrir. Ce changement d’anticipation suffit à stabiliser le marché. L’objectif est de casser la dynamique spéculative qui pourrait envoyer le baril à 100-120$ si la panique s’installe. Si Bessent parvient à maintenir les prix autour de 70-80$, l’impact macro de la crise devient beaucoup plus gérable.
On essaie de gagner du temps mais cette approche a aussi une limite claire. Si un choc physique majeur se produit, aucune intervention sur les futures ne pourra compenser un vrai manque d’offre. La situation devient donc un énorme pari. Soit le conflit ne dure pas éternellement, les tankers reprennent leurs routes dans les semaines à venir et ce sera réglé. Soit la situation déraille longtemps sur le Détroit d’Ormuz et les choses finiront mal.