FED | La revue de presse économique et financière

Powell est pour réduire les achats d’actifs prochainement…mais très graduellement

Jay Powell a finalement dit plus que ce que nous avions prévu lors de son intervention à la conférence de Jackson Hole. En effet, dans un discours essentiellement consacré à la gestion de la politique monétaire au cours de la pandémie et des vues du comité de politique monétaire, le président de la Fed, qui avait jusqu’ici défendu l’idée de l’urgence d’attendre, a dit clairement qu’il pensait maintenant, comme une bonne partie de ses collègues du comité, qu’il serait raisonnable de commencer à réduire les achats d’actifs dès cette année. En particulier, le fameux critère de constater qu’un « progrès substantiel » avant d’agir, était maintenant atteint de son point de vue. « Mon opinion est que le test du « progrès substantiel » a été passé pour l’inflation. Et des progrès très clairs ont été réalisés au niveau de l’emploi ».

On peut retenir, comme nous le pensions, sauf détérioration très importante de la situation sanitaire- peu probable- ou de choc inattendu, que le comité va annoncer lors de sa réunion du 21-22 septembre prochain la date du début de la réduction des achats. D’ailleurs, plusieurs membres du comité, comme R.Clarida, ou R. Bostic, le président de la Fed d’Atlanta, se sont déclarés favorables à qu’une baisse des achats commence rapidement. Néanmoins, comme jusqu’ici Powell a insisté sur le besoin de faire cette annonce bien à l’avance pour préparer le marché, on peut faire l’hypothèse que les réductions débuteront le mois de novembre prochain. Elles seront donc sûrement annoncées à la fin du comité qui se tiendra le 2-3 novembre.

Toutefois, il a souligné à maintes reprises le besoin de prendre son temps. Il a notamment mis l’accent sur ce qui pour lui était une des grandes leçons des dernières décennies dans la conduite de la politique monétaire, soit d’éviter de resserrer trop rapidement, notamment quand l’inflation accélère à cause de chocs temporaires. Ainsi, la vue de la Fed étant que les hausses des prix récentes ne sont que temporaires, il faut éviter d’agir de manière précipitée et procéder graduellement.

En ce sens, on peut s’attendre à ce que la réduction des achats se fasse de manière très graduelle. Si on table sur 15 de milliards de dollars de réduction par mois des achats de Treasuries et MBS confondus, le bilan de la Fed continuera à augmenter substantiellement pour encore un certain temps. Le bilan ne se stabiliserait que vers l’été prochain.

Etats-Unis : le bilan de la Fed va continuer à augmenter avec une réduction graduelle des achats d'actifs

Ainsi en conservant des montant considérables d’actifs (45% du PIB à l’horizon de l’été prochain sous le scénario décrit) la Fed maintiendra des conditions monétaires très accommodantes. Ceci d’autant plus que, comme souligné par Powell, il ne faut pas que les investisseurs pensent qu’il y a un lien mécanique entre réduction des achats d’actifs et la montée des taux directeurs. Ceux-ci n’augmenteront que bien plus tard.

Au total, comme à son habitude, J. Powell s’est montré très modéré dans ses propos et un maintenu son bais plutôt accommodant. Le marché a évidemment fortement apprécié. Les bourses ont rebondi et les taux longs ont baissé. Les opérateurs de marché s’attendent donc à une sortie de cette accommodation monétaire extraordinaire de manière très graduelle, et surtout ont retenu la volonté du président de la Fed de maintenir des taux collés au plancher pour encore un certain temps.

Les mois qui viennent vont nous dire si le choix du gradualisme préconisé par J. Powell est la bonne stratégie pour faire face à la sortie de cette crise inédite. En particulier, si l’inflation ne va rester bien plus élevée que prévue pendant plus longtemps et commencer à modifier les anticipations des acteurs économiques.

Soulignons que pendant les débats académiques qu’ont eu lieu pendant la conférence de Jackson Hole, une nouvelle hypothèse a été explorée par Amir Sufi de l’Université de Chicago à partir d’un article écrit avec d’autres économistes pour expliquer la baisse séculaire du taux d’intérêt d’équilibre, r*, permettant d’équilibrer l’épargne et l’investissement dans l’économie. Les chercheurs pensent avoir identifié la montée des inégalités de revenu au cours des décennies récentes comme une bonne variable explicative aux Etats-Unis. Cette variable aurait un pouvoir explicatif bien plus grand que l’idée souvent utilisée du vieillissement de la population comme facteur explicatif, avec notamment le départ à la retraite des baby-boomers, qui aurait contribué à la baisse du r*.  D’après les chercheurs, à cause d’une propension beaucoup plus importante à épargner, les ménages les plus riches, qui ont donc vu leur richesse augmenter beaucoup plus vite que le reste de la population aux Etats Unis au cours des dernières décennies, auraient joué un rôle prépondérant dans cette baisse de r*.

Ceci va encore alimenter les débats sur les inégalités et leur impact sur l’économie. Aussi, l’évolution des inégalités pourrait devenir un sujet important pour la conduite de la politique monétaire et la détermination du bon niveau des taux directeurs.

L’ouragan Ida vient de s’abattre sur la Floride, touchant terre à proximité de la Nouvelle Orléans.  Vu la force des vents, et les précipitation attendues, l’ouragan devrait faire d’importants dégâts. On verra dans quelques jours quels sera le bilan et les coûts potentiels que pourront subir souffrir les assureurs afin de couvrir les dégâts.

Pour l’instant nous ne sommes qu’au début de la partie de la saison le plus difficile pour les ouragans. Le pic est atteint en moyenne vers le 10 septembre mais elles se poursuit jusqu’à début octobre pour après s’apaiser.

Mais la force d’Ida va renforcer les débats sur le changement climatique et les événements naturels extrêmes. A partir des données historiques on voit bien que les dernières années ont été particulièrement difficiles quant à la violence des ouragans ou grosses tempêtes tropicales.

Etats-Unis : les cyclones semblent devenir plus importants

A très court terme, le marché pourrît un peu tanguer comme à son habitude, du fait des incertitudes sur les dégâts que pourrait provoquer l’ouragan. Mais, cet effet devrait être de courte durée…à moins que d’autres tempêtes extrêmes viennent s’abattre sur les Etats-Unis dans les semaines qui viennent.

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