Dans une tribune signée Lombard Odier, l’univers feutré des actifs de luxe – montres, grands crus, immobilier d’exception – s’invite dans la gestion patrimoniale moderne. À l’occasion d’une soirée organisée à Farleigh House, Stuart Wright (banquier privé chez Lombard Odier) et d’autres experts ont débattu du rôle croissant que jouent ces actifs dans les portefeuilles des particuliers fortunés. À la croisée du plaisir personnel, du prestige social et de la performance à long terme, ces biens tangibles séduisent de plus en plus une clientèle internationale en quête de stabilité et de sens. Entre enjeux fiscaux, mobilité géographique croissante et nouvelles tendances comme le vin d’investissement ou les buybacks immobiliers sélectifs, cet article dresse un panorama éclairant sur une classe d’actifs à la fois intemporelle et résolument contemporaine. Une lecture incontournable pour quiconque pense que patrimoine ne rime pas qu’avec actions et obligations.
Quel rôle les actifs de luxe (objets de collection tels que les montres, le vin et les œuvres d’art) peuvent-ils jouer dans la gestion de portefeuilles ? Quelles sont les implications fiscales liées à leur détention et à leur transmission ? Et quelle est l’incidence des frontières sur la détention d’actifs de luxe parmi une génération de particuliers fortunés de plus en plus internationale ?
Ces questions étaient au cœur des discussions de la soirée récemment organisée dans le cadre prestigieux de Farleigh House, demeure historique située non loin de Bath au Royaume-Uni, une ville vieille de 3’000 ans offrant un cadre idéal pour analyser la valeur intemporelle des actifs de luxe. Coorganisée par Lombard Odier, cette soirée a rassemblé les participants qui y avaient été conviés autour d’un panel d’experts issus de divers segments du luxe, afin d’examiner la valeur des actifs de luxe en tant qu’investissement et d’analyser l’évolution du marché des objets de collection.
Stuart Wright, banquier privé chez Lombard Odier, a donné le coup d’envoi en soulignant une tendance clé parmi les particuliers fortunés : « Alors que de nombreux particuliers fortunés conservent des portefeuilles traditionnels (actions, obligations et classes d’actifs alternatives), la diversification des portefeuilles par le biais d’actifs de luxe physiques suscite un intérêt croissant. Les investissements traditionnels étant aujourd’hui source d’incertitude, les actifs de luxe sont de plus en plus perçus non seulement comme des objets de collection, mais aussi comme des vecteurs de plaisir, de préservation du patrimoine et de potentiel d’investissement à long terme. »
Rapport Wealth Report 2025 de Knight Frank : investissements de luxe, transmission de patrimoine et tendances immobilières
Alex Koch de Gooreynd, associé dans la division d’immobilier résidentiel international du groupe de conseil immobilier Knight Frank, a lancé le débat en présentant les principales réflexions tirées de la dernière édition du prestigieux rapport Wealth Report de Knight Frank, étude annuelle examinant les tendances observées parmi les particuliers très fortunés.
Il a expliqué que le conseil transfrontalier revêt une importance croissante pour les conseillers patrimoniaux et les fiscalistes, les clients étant de plus en plus nombreux à poser la question suivante : « Dans quels segments puis-je étoffer mon patrimoine au cours des 10 à 20 prochaines années, de façon stable et claire ? »
Les données confirment cette priorité donnée à la mobilité et à la dimension internationale, a-t-il ajouté, avec une accélération de la migration des millionnaires. Selon des recherches menées par Henley & Partners, 134’000 particuliers fortunés ont officiellement déménagé en 2024 (contre 120’000 en 2023) et un record de 142’000 est attendu en 20251. Au Royaume-Uni, la suppression du régime fiscal de la non-domiciliation a incité certains clients à planifier leur déménagement, ce dont la Suisse, Monaco, Dubaï et l’Italie devraient profiter. Cependant, a-t-il précisé, si la fiscalité reste un facteur clé dans les décisions de déménagement, la stabilité politique et juridique, ainsi que la qualité de vie, gagnent également de l’importance.
Koch de Gooreynd a expliqué que, pour de nombreux particuliers fortunés, l’immobilier (y compris le résidentiel de luxe) représente un investissement prioritaire, l’appréciation du capital étant un moteur essentiel : les prix des logements les mieux situés ont augmenté de 3,6% à l’échelle mondiale en 2024, notamment en Europe du Sud. Si l’immobilier reste globalement l’investissement le plus résilient, il a conclu en disant que les actifs de luxe triés sur le volet peuvent surperformer, notamment le whisky dont le prix a augmenté de 191% au cours de la dernière décennie, ainsi que certains vins régionaux (comme ceux du comté de l’Essex) qui ont progressé de 20% en raison du changement climatique, qui a réduit l’offre disponible2.
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