Dans son dernier bloc-notes, Bruno Colmant explore un scénario de plus en plus probable : la prise de contrôle de la Réserve Fédérale américaine par Donald Trump via la nomination d’un président acquis à sa cause. En s’appuyant sur le précédent Nixon-Burns des années 70, Colmant alerte sur les risques d’une politique monétaire ultra-accommodante visant à plaire politiquement, au détriment de la stabilité macroéconomique. Le risque ? Une baisse forcée des taux réels en territoire négatif, une inflation galopante, une perte de confiance des investisseurs et, in fine, une dépréciation du dollar couplée à un retour de la stagflation.
Voici ce qui pourrait arriver si Donald Trump prend le contrôle de la Réserve Fédérale.
Les relations entre la Réserve Fédérale (la banque centrale américaine) et la présidence des États-Unis n’ont pas toujours été faciles. Ce fut le cas sous Franklin Roosevelt (1933-1945), Richard Nixon (1969-1974) et, plus récemment, sous la présidence de Donald Trump.
Le cas de Richard Nixon est particulièrement intéressant. Ce dernier exerça des pressions sur le Président de la Réserve Fédérale de l’époque, Arthur Burns, qui baissa excessivement les taux d’intérêt, alimentant une situation inextricable de stagflation, c’est-à-dire une combinaison de stagnation économique et d’inflation.
Lorsque Donald Trump aura placé une personne de son choix à la Présidence de la Réserve Fédérale, cette institution va immédiatement baisser les taux d’intérêt à court terme (sur lesquels elle peut essentiellement agir) en dessous du taux d’inflation. Les taux d’intérêt réels deviendront donc négatifs, ce qui signifie que l’investissement en obligations du Trésor américain va entraîner une perte de pouvoir d’achat.
Concomitamment, le taux des obligations à long terme américaines va monter sur les marchés pour deux raisons : le rendement du marché devra couvrir l’inflation, qui découlera évidemment de la baisse des taux d’intérêt américains, et le risque de crédit (c’est-à-dire d’insolvabilité) grandissant sur les États-Unis.
Il est donc tout à fait possible que le rendement réel sur les obligations à long terme américaines devienne nul, une fois les deux exigences des investisseurs (inflation et risque de crédit) déduites.
Les conséquences seront immédiates sur le dollar qui va se déprécier, et cette dépréciation va s’amplifier au rythme de l’inflation que la Réserve Fédérale va alimenter, comme ce fut le cas sous la présidence de Richard Nixon.
Ce scénario pourrait ainsi déboucher sur une stagflation, caractérisée par une croissance économique faible ou nulle combinée à une forte inflation, ainsi qu’une instabilité marquée des taux de change. Cette instabilité du dollar découlerait directement de la perte de confiance des investisseurs face à des taux réels négatifs et une politique monétaire perçue comme non orthodoxe et inflationniste, entraînant une fuite des capitaux et une spéculation accrue contre la monnaie américaine.