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Que retenir de la saison 2022 européenne de votes ?

La saison européenne de vote a atteint son apogée en cette fin mai 2022 et va s’achever sur un rythme beaucoup plus lent d’ici l’été. Retraçons les trois principales thématiques abordées lors de ces assemblées générales.

Rémunération des mandataires sociaux

En France, en Allemagne et en Suisse, de nombreuses entreprises ont décidé d’augmenter les rémunérations de leurs mandataires qui avaient été gelées pendant la pandémie. Mais une partie d’entre elles n’a pas fourni de justifications très convaincantes et a été confrontée à un désaccord indéniable de la part de leurs actionnaires. Le cas de la société pharmaceutique allemande Bayer, où 76 % des votes se sont prononcés contre le rapport de rémunération, est particulièrement remarquable.

Dans de nombreux cas également, les versements de bonus ont atteint des niveaux proches du maximum, bien que les performances ne soient pas revenues aux niveaux d’avant la COVID. La raison principale réside dans le pusillanisme des comités de rémunération pour fixer des objectifs de bonus ambitieux au début de l’exercice 2021, au regard des incertitudes causées par la pandémie.

Chez GSK par exemple, environ 40 % des actionnaires ont voté contre la politique de rémunération, en raison de la contestation de l’augmentation proposée du bonus de l’exécutif dans un contexte de scission imminente de la société qui devrait réduire de manière significative la taille et la complexité de la société.

La décharge (quitus) des administrateurs

En Allemagne et en Suisse, la saison a été particulièrement marquée pour les votes de décharge des administrateurs. Les actionnaires ont notamment voté contre la décharge du conseil d’administration de Crédit Suisse (avec 60 % de rejet) en raison de nombreux dysfonctionnements du contrôle qui ont entraîné des pertes financières substantielles et abimé la réputation de la banque.

La saison des votes en Italie, quant à elle, a été marquée par le mécanisme de plus en plus décrié de “ voto di lista ” spécifique à la péninsule où la résolution soumet au vote une liste représentant la totalité des administrateurs, sans élection individuelle comme dans le reste de l’Europe. Dans le cas de Generali par exemple, la liste du conseil (soutenue également par Mediobanca qui détient 17,3 % des droits de vote) a reçu seulement 56 % de soutien, tandis que dans le cas de Banca Popolare di Sondrio, la liste du conseil a tout juste bénéficié de 53 % de votes favorables.

Résolutions “ Say-on-Climate ”

Lors de la saison italienne des votes 2022, le premier vote “ Say on Climate ” (approuvé à 98 %) a été proposé par l’opérateur d’infrastructures de transport Atlantia, dont l’assemblée s’est tenue le 29 avril. Le plan de transition climatique de la société reflète une ambition “ net zéro emission ” d’ici 2040 (scopes 1 & 2) et d’ici 2050 pour le scope 3 (émissions indirectes de CO2 ). L’entreprise proposera aux actionnaires un vote consultatif sur son rapport d’action climatique tous les trois ans.

En France, plusieurs conseils d’administration proposent cette année des résolutions “ Say on Climate ”. Les premiers résultats montrent encore des niveaux d’approbation élevés (88 % pour TotalEnergies par exemple), comme cela avait été le cas en 2021, même si le niveau des désaccords semble augmenter. En Suisse au Crédit Suisse, quatrième financeur européen pour les combustibles fossiles, une proposition d’actionnaire visait à modifier les statuts de la société afin d’améliorer l’alignement et le reporting pour les financements liés au pétrole, au gaz et au charbon. La résolution a été rejetée par 77 % des voix représentées à l’assemblée.

La contestation des plans de transition des entreprises britanniques a également augmenté en 2022. Barclays et Rio Tinto, par exemple, ont tous deux reçu près de 20 % d’opposition des actionnaires à leurs plans de transition lors de leurs AG respectives.

Une saison bien partie pour ne pas générer de grands bouleversements sur les rémunérations et le climat.

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