Qui souffle sur le feu a des étincelles dans les yeux

Par Nadine Trémollières, Directeur Primonial Portfolio Solutions

Les préjugés ont la vie dure, même sur les marchés financiers. Octobre est toujours présenté comme le mois de tous les dangers pour les actifs risqués, or il serait temps d’admettre que septembre lui a ravi ce titre. Rappelez-vous, la faillite du fonds LTCM, il y a un quart de siècle, ou plus près de nous celle de Lehman Brothers, il y a exactement 15 ans. Toutes deux survenues en septembre. Ce millésime 2023 confirme la validité de cette nouvelle règle pour les marchés financiers. Les actions mondiales reculent fortement de – 4,29 % (MSCI World en USD) en raison de nouvelles tensions sur les courbes obligataires.

Pourtant les banques centrales n’ont que peu surpris le marché, la Fed a confirmé son statu quo et la BCE a continué de relever d’un quart de point les taux directeurs. Mais le ton de Jérôme Powell, Président de la Fed, a été plus dur qu’anticipé, entrainant une forte tension sur les taux longs. Ainsi, le 10 ans US a dépassé les 4,70 alors que les taux européens passaient allégrement les 3 %. Globalement, les actifs américains ont été plus touchés que les indices européens, même dans un contexte toujours plus favorable au dollar.

Les prochaines semaines vont être clé pour les perspectives économiques et financières. Les anticipations, qui ont prévalu en ce début d’année 2023, penchaient pour une pause dans le resserrement monétaire, suivie rapidement par une détente sur les taux. Or ce scénario semble s’éloigner : la Fed semble accepter un ralentissement plus marqué de l’économie avant de desserrer l’étreinte des taux. La relative stabilité de l’économie américaine, qui devrait bénéficier d’un rythme de croissance d’environ 2 % en 2023, peut tolérer des taux élevés encore plusieurs mois, selon la banque centrale américaine. De plus, le rôle de valeur refuge du dollar, notamment lors des tensions géopolitiques, contribue à supporter les actifs américains.

La saison de résultats va être déterminante

Cependant, un autre scénario pourrait se mettre en place. Le mouvement désinflationniste qui semblait être en marche, pourrait être remis en cause. La hausse des prix énergétiques et les pressions sociales pour augmenter les salaires vont peser dans la balance, mais aussi – et surtout- les taux longs qui étaient restés plutôt stables en début d’année. Dans ce cas, le secteur des services pourrait flancher progressivement et rejoindre en territoire récessionniste le secteur industriel, ce qui affecterait les marchés actions.

Dans ce contexte macro plus incertain, la saison des résultats qui s’ouvre pourrait rassurer (ou pas) les investisseurs. En effet les entreprises devront démontrer la résilience de leurs résultats et leur capacité à conserver leurs marges malgré la hausse des coûts de financements et la baisse des ventes. Seules les sociétés solides, ayant un fort pricing power et des parts de marchés solides, sauront tirer leur épingle du jeu. Ces caractéristiques sont souvent celles des méga caps qui depuis plusieurs années entrainent les indices de marché. L’écart de valorisation ne cesse de se creuser par rapport aux plus petites capitalisations. Ces valeurs sont plus américaines qu’européennes, et elles bénéficient en plus d’une conjoncture économique plus dynamique.

Une compétitivité européenne mise à mal

En effet, les dernières statistiques d’activité démontrent la faiblesse de la zone euro, où le secteur des services commence à faiblir après avoir longtemps supporté la conjoncture globale. L’augmentation des prix du pétrole, qui ont rebondi de 28 % ces dernières semaines, fait ressortir les craintes d’augmentation des coûts pour le secteur industriel. Ce dernier est aussi confronté à l’augmentation du prix du carbone qui lui est appliqué. Dans ce contexte, la compétitivité de notre industrie ne cesse de se dégrader et ne constituera pas une force de rappel dans les prochains mois.

Enfin, la situation chinoise est paradoxale ; le dynamisme habituel de son économie est affecté par un manque de confiance de ses consommateurs et par une crise immobilière qui n’en finit pas. De plus, beaucoup d’entreprises internationales cherchent à diversifier leurs sources de production et délaissent la Chine au profit de l’Inde, du Vietnam ou de l’Indonésie. Mais la Chine possède un réservoir profond d’entreprises à forte croissance, bien gérées qui sont sur des niveaux de valorisations très peu chers par rapport à leurs niveaux historiques.

Que faire dans cet environnement ?

Devant la dégradation progressive des économies, nous recherchons en priorité les actifs de rendement, nous assurant des niveaux de portage proche de l’inflation. Les actifs obligataires, et plus précisément les obligations privées qui combinent une hausse des taux de rendement sous- jacent et une stabilité des spreads de crédit, nous semblent toujours attractifs. L’immobilier, grâce à une baisse de son niveau de valorisation, reste un actif que nous conservons dans nos allocations. Nous gardons une pondération dans les actions, privilégiant les grandes capitalisations internationales et américaines au détriment des valeurs européennes. Enfin les marchés émergents peuvent apporter de bonnes surprises dans le futur, même s’ils sont plutôt handicapés par la force du dollar et des taux américains hauts. N’oublions pas cependant que ces pays bénéficient pour une des rares fois de leur histoire, de taux d’endettement de leurs États en deçà de ceux des pays développés. La diversification de nos investissements reste clé dans cet environnement.

Achevé de rédiger le 12/10/2023
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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