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Rapport du GIEC : le temps presse

Le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, IPCC en anglais) publié en août 2021 est le premier volet d’une étude s’appuyant sur plus de 140 000 travaux de recherche. Deux autres rapports seront publiés dans les trimestres à venir sur les conditions d’adaptation au changement climatique et sur les solutions d’atténuation. Ce dernier sera sans aucun doute le plus intéressant puisqu’il devrait faire un état des lieux des technologies prometteuses et pertinentes pour répondre efficacement au défi du dérèglement climatique dans toutes ses dimensions.

Rappelons aussi que ce triptyque de rapport fait écho au premier constat du GIEC publié en 2014, qui avait planté le cadre des discussions de la COP21 et des Accords de Paris. Cette mise à jour reprend d’ailleurs de nombreuses conclusions de l’époque mais approfondit certaines mesures ou dimensions du dérèglement climatique.

Les principaux points à retenir

Selon le GIEC, le réchauffement climatique s’élève actuellement à 1,1°C, sur la base d’émissions cumulées de 2 390 Gt de CO2 depuis 1850. Limiter le réchauffement climatique à une augmentation de température inférieure à 1,5°C nécessiterait que les émissions futures cumulées restent comprises entre 400 et 500 Gt. Compte tenu des émissions actuelles d’environ 40 Gt par an, nous épuiserons le budget carbone dans environ 10 à 12 ans sur la trajectoire actuelle. Le GIEC a ainsi raccourci de 20 ans1 le point auquel l’humanité doit atteindre la neutralité carbone pour maintenir le réchauffement climatique à 2°C et estime que le réchauffement va dépasser les 1,5°C 10 ans plus tôt que prévu auparavant2.

Le rapport établi par ailleurs avec une quasi-certitude le rôle de l’Homme dans le réchauffement climatique : le réchauffement est à des niveaux jamais observés au cours des milliers d’années nous précédant et touche déjà toutes les régions du monde. Ce réchauffement se manifeste non seulement sous la forme de la hausse des températures mais aussi d’évènements climatiques extrêmes comme des sècheresses, de très fortes précipitations et des cyclones.

Plus précisément, le rapport se concentre sur les conséquences physiques du changement climatique, évoquant de nombreux points critiques (tipping points)

  • L’élévation déjà observée de la température des océans réduit sa capacité à capturer du CO2 et conduit donc à une accélération de sa concentration dans l’atmosphère. Les océans capturant 91% de l’augmentation des températures, cela crée un effet vicieux pour le climat.
  • L’Arctique se réchauffera 3x plus rapidement que les terres, induisant une fonte des glaces déjà bien visible et 4x plus rapide lors de la dernière décennie par rapport à la précédente. L’élèvement du niveau des océans est estimé entre 2 et 6m si la température est limitée à 2°C mais jusqu’à 22m si le émissions ne sont pas contrôlée et la température augmente de 5°C.
  • Concernant les épisodes de sècheresse et avec l’hypothèse d’un scenario à 2°C, ces derniers devraient intervenir 2.4x en moyenne tous les 10 ans, et jusqu’à 4.1x si le scenario passe à 4°C. Ces augmentations drastiques pour chaque degré Celsius se retrouvent aussi dans les précipitations extrêmes, ces dernières passant de 1.7x tous les 10 ans dans un scenario à 2°C à 2.8x dans un scenario à 4°C.

Le GIEC a également mis en évidence pour la première fois l’impact d’autres gaz à effet de serre, avec un focus sur le méthane. Même s’il est moins abondant que le CO2 et reste moins longtemps dans l’atmosphère, le méthane est 80x plus puissant que le CO2 pour capturer de la chaleur. L’agriculture, les énergies fossiles et les déchets étant les principales sources de production de méthane anthropogéniques, limiter leurs émissions pourrait être un levier important.

Enfin, retenons que si l’accélération des plans de décarbonation aurait comme effet immédiat une amélioration de la qualité de l’air, cela prendrait 20 à 30 ans pour avoir des effets sur la température. Notre planète et nos modes de vie vont être durablement affectés.

Scénarios de référence et objectifs

Au rythme actuel, l’objectif des Accords de Paris de limiter le réchauffement à 1,5°C ne sera pas atteint, le rapport du GIEC tablant sur un dépassement de 2°C dès 2050.
Dans les différents scénarios évalués par le GIEC, limiter la hausse des températures à moins de 2+C nécessite de faire passer les émissions globales de CO2 de 40Gt actuellement à 20Gt en 2050 et à ‘Net Zéro’ en 2077. Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il faudrait être encore plus ambitieux et atteindre le ‘Net Zéro’ dès 2057.

Cette analyse est cohérente avec le scénario de développement durable de l’Agence Internationale d’Energie (IEA) dans lequel le réchauffement serait limité à 1,65°C si les émissions de CO2 se limitent à 10Gt en 2050 et à zéro en 2070.

En revanche, en compilant les plans de neutralité déjà annoncés par les Etats, les émissions annuelles devraient rester à 22Gt de CO2 en 2050 sans atteindre la neutralité carbone assez rapidement, ce qui rentre dans le scenario d’une température supérieure à 2°C. D’autant plus que ces hypothèses s’appuient sur les plans envisagés par les différents pays, ce qui donne un aléa important et une grande probabilité de non atteinte lors de leur exécution.

Quelle conséquence, pour nous investisseurs, sur la transition énergétique et écologique ?

L’urgence de la situation va avoir pour conséquence d’intensifier les efforts de neutralité carbone des Etats et des économies. Au niveau des gouvernements, le rehaussement des objectifs passera par plus d’investissements directs dans les énergies bas carbone mais aussi un soutien réglementaire favorable, comme nous avons pu le voir pour les véhicules électriques. Un autre levier sera une diminution plus rapide que prévue d’octroi de crédit carbone afin d’inciter les entreprises à investir davantage pour ne pas devoir racheter des crédits, dont le prix sera inéluctablement orienté à la hausse. Nous espérons également que des efforts supplémentaires de relance économique centrés sur la transition seront des outils plus en plus utilisés, à l’instar du Plan de Relance Vert annoncé par l’Europe ou le Plan Infrastructure de Joe Biden. La COP26, qui se déroulera à Glasgow en novembre, devrait pouvoir s’appuyer sur ces analyses pour proposer des avancées coordonnées et pertinentes.

Ce rapport nous rappelle surtout, une nouvelle fois, à quel point il est urgent pour l’ensemble des acteurs d’accélérer dans la transition écologique et la décarbonation de l’économie mondiale. Cela débouchera sur une accélération de la croissance des marchés sous-jacents des entreprises que nous finançons et accompagnons avec Mandarine Global Transition. Chaque secteur économique à ses solutions que nous nous employons à analyser et suivre, comme l’économie circulaire, l’adoption d’énergies propres ou l’efficience des outils de production. La prise en compte de dimensions connexes comme le méthane, la capture du CO2, les efforts de remédiation ou la préservation des écosystèmes est nécessaire et complémentaire afin d’obtenir une vision plus exhaustive du sujet.

Sans attendre les solutions d’atténuation qui seront proposées par le GIEC dans le rapport 2022, et afin de rajouter une nouvelle dimension à la caractérisation de la contribution au dérèglement climatique, nous avançons sur la mise en place d’un outil de suivi de l’impact des entreprises de l’univers d’investissement de Mandarine Global Transition sur la biodiversité. Les luttes contre le dérèglement climatique et contre l’effondrement de la biodiversité sont en effet « inextricablement connectées », comme le souligne un autre rapport (Biodiversity and Climate workshop report) publié en juin par le GIEC et l’IPBS, groupe d’experts international sur la biodiversité.

Portés par l’urgence de la situation qui menace les populations et les économies du monde entier, il faut donc continuer à augmenter notre niveau d’exigence. C’est en ce sens que le pragmatisme et la vision dynamique restent au coeur de notre approche d’investisseur engagé.

1Par rapport au ‘IPCC Fifth Assessment Report – AR5’
2Par rapport au ‘IPCC Special Report on Global Warming of 1.5°C – SR15’

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