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Récession ?

Les banquiers centraux qui se sont rencontrés à Sintra ont confirmé leur volonté de frapper vite et fort dans le processus de remontée des taux directeurs, considérant que la croissance était encore suffisamment dynamique pour supporter ce nouveau régime.

Toutefois, les derniers indicateurs jettent un doute sur cet optimisme : les indicateurs de confiance des consommateurs aux Etats-Unis et dans la zone Euro sont au plus bas tandis que les indices précurseurs d’activité (PMI) fléchissent tout en restant sur des niveaux supérieurs à 50, reflétant donc une économie encore en croissance. Le PIB américain du 1er trimestre a été revu à la baisse (à -1,6 % annualisé), la consommation ayant été révisée quant à elle à +1,8 % annualisé contre +3,1 % précédemment.

Par ailleurs, les indicateurs d’inflation parus cette semaine, même s’ils restent sur de hauts niveaux, n’ont pas révélé de surprise majeure. Le Core PCE – soit l’indicateur de la consommation des ménages, hors éléments volatils – particulièrement suivi par la Réserve fédérale, s’établit à 4,7 % en glissement annuel, soit en léger retrait par rapport au mois précédent, et après un plus haut de 5,3 % en février dernier.

En Allemagne, l’inflation de juin s’établit à +7,6 % en glissement annuel en juin, contre +7,9 % en mai. L’inflation européenne atteint un plus haut à 8,6 % mais l’indice Core baisse légèrement à +3,7 % contre un plus haut de +3,8 % le mois dernier. La frénésie des banques centrales, les inquiétudes sur la croissance mondiale et la persistance d’une forte inflation constituent un mauvais cocktail pour les actifs risqués. Ainsi, le S&P et l’Eurostoxx 50 baissent de respectivement -2,2 % et -2,4 % sur la semaine. La sous-performance des obligations privées s’est accélérée, une franche détérioration des métriques de crédit des entreprises étant à craindre dans cet environnement.

Les craintes de récession ont fini par provoquer une détente des taux souverains qui avaient atteint des plus hauts mi-juin. Ainsi le taux à 10 ans américain est repassé nettement sous les 3 %, en baisse de 25 points de base (pbs) sur la semaine et de 62 pbs depuis le 16 juin. Son homologue allemand a baissé de 21 pbs sur la semaine et de près de 70 pbs depuis le plus haut atteint le 16 juin.

La confirmation de la mise en place prochaine d’un outil anti-fragmentation par Christine Lagarde a profité aux taux italiens, ceux-ci baissant de 37 pbs sur la semaine et de 110 pbs depuis le plus haut du 14 juin dernier.

Les craintes d’un ralentissement marqué viennent même faire baisser les anticipations de remontée de taux directeurs à horizon de la fin d’année 2022 d’environ 40 pbs pour les Fed funds et le taux de dépôt de la BCE par rapport à mi-juin 2022.

L’amélioration de la situation sanitaire en Chine, et donc une meilleure fluidité dans les chaînes de production, est porteuse d’espoir. Cependant, la persistance du conflit en Ukraine, avec l’épée de Damoclès sur l’Europe d’une coupure de l’approvisionnement en gaz, constitue un risque majeur à la fois en termes de croissance et d’inflation.

Il n’est pas bon d’être banquier central cet été !

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“Pour contrôler l’inflation, il faut contrôler les anticipations d’inflation”
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