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Regards “par défaut” sur la Chine, les métaux et la politique budgétaire !

Le marché attend jeudi, avec la publication des prix américains à la consommation de mai et les conclusions du Conseil des gouverneurs de la BCE.

Puisqu’il faut patienter (!), regardons d’abord du côté de la Chine et des métaux. Le rebond chinois est en avance sur celui en cours aux Etats-Unis et en Europe. Il est donc intéressant de suivre ce qui se passe là-bas. Les prix accélèrent, parfois beaucoup comme tout en amont du processus de transformation et de distribution. Mais, en aval, tout est plus sage. Le regard porté par le FMI, certes assez prudent, n’incite pas non plus à « sonner le tocsin ».

Il se passe aussi des choses du côté de la politique budgétaire. On semble aller vers moins de soutien du côté américain et plus de celui de la Zone Euro. De quoi assurément inciter à une certaine révision des anticipations de marché.

Les marchés paraissent traverser un moment d’expectative confiante. Ils attendent la livraison de mai des prix américains à la consommation et les conclusions du Conseil des gouverneurs de la BCE. Les deux seront connus demain. Les premiers vont accélérer et la seconde ne modifierait pas son réglage monétaire. Opérateurs et investisseurs l’anticipent, en s’interrogeant toutefois sur la durabilité, tant de chacun des deux dynamiques que du contraste entre elles.

Actualisons l’analyse sur l’évolution des prix et arrêtons-nous sur les développements les plus récents en matière de policy mixCeux-ci concernent certes la politique budgétaire ; mais ce n’est pas sans implications sur la politique monétaire, même si c’est peut-être davantage un sujet pour demain que pour aujourd’hui.

La batterie des indices de prix pour le mois de mai en Chine a été rendue publique tôt ce matin. L’accélération se poursuit et le mécanisme de perte en ligne, des prix des produits bruts au noyau dur des prix à la consommation, reste solidement en place. Le glissement sur un an des premiers est passé de 15,2% à 18,8% et celui des seconds de 0,7% à 0,9%. Rien de bien nouveau sous le soleil chinois, dont on sait que le processus de rebond économique est en avance sur ceux en cours des deux côtés de l’Atlantique. Ici est sans doute le message essentiel à retenir.

Chine : "la perte en ligne" des prix à la production (IPP) au noyau dur des prix à la consommation

Le FMI vient de publier une courte note sur le cours des métaux (Four Factors Behind the Metals Price Rally, 08 juin 2021). Il revient sur le parcours nettement haussier observé tout au long des derniers trimestres (avec un sous-indice S&P GSCI en progression sur un an de près de 50%) : le rebond de l’activité manufacturière, des contraintes sur l’offre et le transport, les anticipations liées à la transition énergétiques et à davantage de dépenses d’infrastructure et l’opportunité qu’il y a à aujourd’hui stocker ce type de produits. Quand il s’agit de regarder devant, l’institution internationale fait preuve de beaucoup de balancement. Il n’empêche qu’on comprend qu’au titre des deux facteurs mis en avant, la poursuite de l’appréciation ne serait pas l’hypothèse à privilégier.

Passons à la politique budgétaire et commençons par les Etats-Unis. En fait sans trop de surprise et même si le marché avait donné pas mal de crédit aux propositions faites initialement, la Maison Blanche a du mal à faire passer ses idées de relance. Rappelons-les brièvement. L’ambition sur 10 ans était de 4400 milliards USD de nouvelles dépenses et 3600 milliards de nouvelles recettes ; donc 800 milliards de déficit supplémentaire :

  • du côté des dépenses : 1760 milliards au titre du American Families Plan et 2640 milliards à celui du American Jobs Plan (infrastructures) ;
  • du côté des impôts : 2120 milliards en provenance des entreprises ; 760 milliards, des ménages ; 720 milliards, d’une amélioration du rendement de la « récupération ».

Autour de quels ordres de grandeur le consensus pourrait-il se former ? Disons deux choses :

  • les parlementaires démocrates n’accepteront pas une augmentation du déficit supérieur à 1000 milliards ;
  • augmenter les impôts de plus de 1500 milliards paraît compliqué.

A ce double titre, le potentiel de hausse des dépenses ne dépasserait guère 2500 milliards. L’ambition dépensière serait alors réduite de près de moitié ! La perspective ne peut laisser personne indifférent, ni sur les marchés, ni à la Fed.

En Zone Euro, le jeu des anticipations est aussi remis en cause ; mais dans l’autre sens ! Le FMI, en avril, tablait sur une impulsion budgétaire à-peu-près nulle cette année.  L’approche est complètement remise en cause par la Commission Européenne. Qu’il s’agisse des Programmes de Stabilité ou du dernier jeu de projections, l’impulsion serait du même ordre, voire supérieure cette année : de 2,5 points de PIB à plus de 3 points, après entre 2 et 2,5 points en 2020. Il y a ici de quoi conforter les espoirs de rebond à court terme et rendre plus confiants sur la pérennité du retour à la croissance. La BCE devrait considérer que ces propres projections économiques s’en trouvent confortées. Au point de s’interroger sur un raccourcissement de son calendrier de normalisation monétaire ? Il peut y avoir débat ; bien sûr. Mais je ne crois pas. 

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