Rentrée 2023 : le  Moment Minsky

Économie, finance, géopolitique, climat, jamais sans doute l’économiste américain Hyman Minsky n’aura été autant cité que ces dernières semaines. Le père du « Moment Minsky », celui où les excès de confiance et d’optimisme passés se renversent soudainement, a servi de point de référence à bon nombre de réflexions estivales, sur fond de pessimisme croissant quant à la marche de la planète.

Il faut dire que, d’Est en Ouest, de réelles inquiétudes nourrissent en cette rentrée 2023, le sentiment d’arriver, dans de nombreux domaines, à un point de bascule.

Chine

Crise immobilière sans fin, investissements du secteur privé en berne, confiance introuvable des ménages, raideur politique, la Chine vient au premier rang des préoccupations.

Elle qui devait retrouver son rôle de locomotive de l’économie mondiale après la fin du Zero-CoVid en décembre dernier, en est réduite à décider de ne plus publier désormais les statistiques de chômage des jeunes urbains tellement les derniers chiffres –au-delà de 20%– sont décevants et potentiellement socialement déstabilisants.

Si certains parlent de « japonification » de la Chine, en référence à la longue crise déflationniste qui a affecté l’archipel entre 1990 et 2020 suite à l’implosion de la bulle immobilière, c’est le déficit de confiance des ménages et des entreprises privées qui inquiète le plus. Depuis la réouverture de l’économie, les investissements –hors entreprises d’état– stagnent, et le taux d’épargne des ménages ne cesse de monter, affectant lourdement le secteur des services et la consommation intérieure en général.

Face à cette situation, les autorités chinoises, très soucieuses des équilibres financiers du pays et déterminées à ne pas reproduire le schéma du grand plan de 2008-2009, trop risqué à leurs yeux, semblent ne pas se résoudre à soutenir massivement la demande finale afin d’éviter précisément la spirale déflationniste.

Notre indicateur de MMS de momentum de croissance économique chinoise était à 70 au plus haut en 2022 et oscille autour de 56 aujourd’hui

Source : Bloomberg / Montpensier Finance au 29 août 2023

En guise de relance, les autorités monétaires chinoises se sont jusqu’ici contentées de baisser graduellement les taux de référence des emprunts à 1 an et 5 ans, et de tenter de stopper la chute du Yuan via des « points pivot » sur le change, fortement décalés par rapports aux cours officiels.

Ce dernier élément ne peut se comprendre que par la volonté de Pékin de soutenir le PIB nominal du pays, affecté simultanément par la chute de la devise, la forte baisse de l’inflation, et l’atonie de la croissance réelle.

Cette manœuvre peut permettre, à court terme, de sauver la face dans la course au leadership économique mondial car les dernières années ont été difficiles pour l’Empire du Milieu : en 2021, l’économie représentait 76% de celle des Etats-Unis et la trajectoire actuelle des deux pays abaisserait ce ratio à 67% fin 2023 !

De quoi inquiéter le président Xi Jinping qui, en gardien vigilant de la longue et prestigieuse histoire culturelle chinoise, garde forcément en conscience de la lourde responsabilité du Fils du Ciel telle que l’ont écrite Confucius et Mencius.

Etats-Unis

Même si sa situation est très différente, le grand rival stratégique américain est également à la croisée des chemins.

Après des mois de surprises positives qui permettaient d’espérer un ralentissement en douceur de l’économie conjugué à une baisse rapide de l’inflation, les derniers indicateurs avancés sont plus inquiétants, en particulier du côté du consommateur. Longtemps, son inébranlable optimisme a compensé les faiblesses du secteur manufacturier aux prises avec le ralentissement du commerce mondial. Même si les dernières ventes au détail restent très encourageantes, les signaux de fragilité se multiplient.

Tout d’abord, le moteur principal de la consommation, à savoir l’excès d’épargne accumulé pendant la pandémie, se réduit très vite, passant de 1800 milliards de dollars au pic de décembre 2021 à moins de 250 milliards désormais. Ensuite, la montée rapide des taux pèse sur les remboursements des ménages et les retards de paiement remontent nettement ces derniers mois tant sur les cartes de crédit que pour les crédits automobiles. Enfin, le marché de l’emploi lui-même se normalise : le taux de postes disponibles par demandeur est passé en huit mois de 2 à 1,3 et la hausse des salaires ralentit.

En outre, le soutien budgétaire de l’état fédéral est amené à ralentir voire à s’inverser progressivement. En effet, un des éléments clés de la bonne tenue de l’économie américaine depuis plusieurs mois a été la décision de l’administration Biden de laisser de nouveau le déficit primaire – hors charge de la dette – se creuser à partir de juillet 2022, de près de 4 points de PIB en un an. La forte hausse des taux d’intérêt ainsi que la pression du Congrès républicain alors que les élections présidentielles et parlementaires se profilent, devrait stopper ce mouvement.

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