Royaume-Uni : une «pause » pour enchanter les «colombes» mais aucune place à la complaisance dans le combat désinflationniste

La Banque d’Angleterre (BoE) a interrompu ce jour le cycle de resserrement de sa politique monétaire.

Le taux directeur est maintenu inchangé à 5,25 % après une série de 15 hausses effectuées depuis décembre 2021 (515 points de base, cf. graphique 1). Parallèlement, les autorités ont annoncé une accélération de la réduction du stock de Gilts, avec un objectif annuel fixé à 100 mds GBP entre octobre 2023 et septembre 2024 (contre 80 milliards actuellement). Le bilan des obligations détenues par la BoE est estimé à 658 milliards GBP en septembre 2024 (cf. graphique 2).

Si l’annonce sur le bilan est largement anticipée, celle concernant le statu quo du taux directeur est surprenante :

  • Sur la forme : elle est issue d’un vote serré, montrant une division extrêmement forte au sein du Comité : 5 membres ayant voté en faveur d’une « pause », 4 étant pour un nouveau relèvement de 25bp. Le fait marquant a été le passage du Gouverneur Bailey dans le camp des « colombes » alors qu’il votait encore pour la poursuite de la remontée des taux en août.
  • Sur le fond : la BoE parait encore plus confiante dans son processus de désinflation à court terme. La veille et contre toute attente, l’inflation des services, une des trois variables clés dans la prise de décision des autorités, a été publiée en baisse à 6,8 % en août, soit 0,4 % de moins que les prévisions (cf. graphique 3). De toute évidence, il s’agit là de l’argument principal qui a convaincu M. Bailey et basculé son vote en faveur du statu quo, alors que les signes de détente sur le marché du travail demeurent timides.
Royaume-Uni : "surprises" statistiques et décision de la BOE (%)

Le discours de la BoE reste, en revanche, inchangé pour la trajectoire à moyen terme. Le retour de l’inflation vers la cible de 2 % n’est pas projeté avant le T2 2025.  En ce sens, la BoE s’affiche de nouveau sa volonté de ne pas être complaisante, réitérant sa « forward guidance » selon laquelle « la politique monétaire devrait être suffisamment restrictive pendant suffisamment longtemps pour ramener l’inflation à l’objectif de 2 % de manière durable à moyen terme, conformément au mandat du Comité. Un nouveau resserrement de la politique monétaire serait nécessaire en cas de signes de pressions inflationnistes plus persistantes« .

Prenant en compte tous les éléments, la « pause » du jour ne va pas changer fondamentalement notre scénario en faveur de la poursuite de la remontée du taux directeur. Les pressions inflationnistes persistent, notamment le lent ralentissement du marché du travail et de la croissance des salaires en raison des facteurs structurels accentuant les pénuries de main d’œuvre (vieillissement démographique, hausse des départs anticipés à la retraite et du taux d’inactivité pour cause de maladie de longue durée, effets du Brexit). La nouvelle hausse des prix de l’énergie et la répercussion sur les coûts de production des entreprises constitue aussi un risque. Tous ces éléments pourraient faire basculer le vote au sein d’un Comité déjà très divisé.

Ainsi, plus concrètement :

  • Une hausse de 25bp est encore possible, lors de la réunion de novembre et/ou de décembre, ramenant le taux terminal à 5,5 % – 5,75 % (contre 6 % projeté précédemment). Les risques restent haussiers pour les facteurs surveillés par la BoE comme le salaire du secteur privé et l’inflation des services. Il est aussi possible que les autorités adoptent la même stratégie « pause hawkish » que la Fed, souciant de trouver un consensus entre poursuivre la désinflation et calmer les « colombes » inquiets des risques d’un resserrement excessif ;
  • Dans une perspective plus générale, le taux directeur va rester élevé pour une période prolongée. Notre scénario central n’anticipe pas d’assouplissement monétaire en 2024Une première baisse est probable début 2025 si l’activité (en particulier le marché immobilier) se dégrade fortement alors que le potentiel de relance est limité du côté de la politique budgétaire.

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