Dans son analyse, Omar Dibo, cofondateur de Finneko et intervenant BFM Business, prend le contre-pied du consensus ambiant. Selon lui, parler de stagflation aux États-Unis est prématuré : la croissance reste solide et la hausse de l’inflation liée à l’énergie ne suffit pas à caractériser un tel scénario. Le vrai sujet se situe plutôt dans l’inflation “collante”, tirée par les services et les salaires, ainsi que dans le niveau des taux d’intérêt. Dans ce contexte, la Fed pourrait tolérer durablement une inflation autour de 3 %, au prix d’un coût du capital élevé, déterminant pour la dynamique des marchés et de l’investissement.
Tout le monde parle de stagflation aux États-Unis avec ce qui se passe en Iran. Je pense que c’est un raccourci un peu rapide et surtout pas le bon prisme pour lire la situation actuelle.
Un choc géopolitique au Moyen-Orient peut faire monter les prix de l’énergie, et donc pousser l’inflation à la hausse, mais ça ne suffit pas à parler de stagflation. La stagflation est un cocktail beaucoup plus toxique avec inflation élevée, croissance qui ralentit fortement et choc d’offre durable. Mais aujourd’hui, la croissance américaine reste solide.
Le sujet devient vraiment intéressant sur la lecture de l’inflation elle-même. Il faut absolument distinguer l’inflation headline de l’inflation plus collante, celle qui intéresse vraiment la Fed. Dans cette inflation collante, il y a deux gros blocs : les services et les loyers.
Sur les services, le diagnostic est assez clair sur les derniers PMI et ça reste sticky parce que ça dépend des salaires. Tant que le marché du travail tient, avec un chômage bas et une certaine pression salariale, cette partie de l’inflation a du mal à redescendre rapidement. Sur les loyers, on commence à voir une décrue dans les données réelles (notamment sur les nouveaux baux), ce qui est plutôt désinflationniste.
C’est pour tout cela que je suis moins catégorique que le consensus sur le scénario de stagflation. Aujourd’hui, on a plutôt une économie qui reste solide avec une inflation qui peut remonter ponctuellement via l’énergie, mais une dynamique sous-jacente qui n’est pas complètement hors de contrôle. Derrière ça, les gains liés à l’IA commencent à jouer un rôle. La diffusion de la productivité dans l’économie prend du temps mais ça contribue quand même à soutenir la croissance sans générer immédiatement autant d’inflation qu’avant.
Dans ce contexte, mon scénario de base reste toujours le même : 3% is the new 2% pour la Fed. Officiellement, la cible reste 2%, et ils ne peuvent pas dire autre chose, mais dans les faits, il y a déjà une forme de tolérance implicite à une inflation un peu plus élevée, tant que la croissance tient et que le marché du travail ne se dégrade pas.
C’est aussi pour ça que la vraie variable clé aujourd’hui, ce n’est pas tant l’inflation en elle-même que le coût du capital. Toute la dynamique actuelle, notamment autour de l’IA, repose sur des investissements massifs extrêmement sensibles aux taux d’intérêt. Tant que les taux restent élevés, le financement devient plus coûteux, les projets sont plus sélectifs et les valorisations peuvent être mises sous pression. La grande thématique structurelle reste intacte mais son rythme dépend des conditions monétaires.
Pour moi, le vrai risque est un scénario où l’inflation repart légèrement à la hausse, la croissance tient, et la Fed se retrouve coincée, obligée de maintenir des taux élevés plus longtemps que prévu.
Réponse dans les prochains trimestres et à condition que le conflit ne s’éternise plus, mais c’est un autre sujet.
