Le 1er août, jour symbolique pour la Suisse, les États-Unis ont imposé un droit de douane de 39 %, déclenchant une onde de choc dans l’économie helvétique. Une décision unilatérale, inattendue, et particulièrement sévère comparée aux 15 % infligés à l’Union européenne et au Japon. Dans une note publiée par Lombard Odier, Nannette Hechler-Fayd’herbe, Filippo Pallotti et Serge Rotzer analysent l’impact de cette mesure sur les secteurs clefs, notamment la pharma, les montres de luxe et les machines de précision. Si certains produits résisteront grâce à une demande inélastique, la majorité des exportateurs suisses risquent une chute de marge, voire de volumes. En jeu : la croissance helvétique, revue à la baisse, et une pression diplomatique intense à venir entre Berne et Washington.
Le 1er août, jour de la fête nationale, les États-Unis ont infligé à la Suisse un droit de douane de 39%. Une décision surprise, car le gouvernement du pays était engagé depuis juillet dans des négociations perçues comme étant constructives avec l’administration Trump, sans avoir reçu d’avis préalable concernant les taxes. Plus élevés que le prélèvement initial annoncé par le président Trump le 2 avril et d’une ampleur bien plus importante que ceux imposés à l’Union européenne, ces tarifs devraient entrer en vigueur le 7 août.
Nous anticipons une poursuite des négociations jusqu’au 7 août, voire au-delà. Nous pensons que les États-Unis et la Suisse s’accorderont sur un taux de droit de douane plus proche des 15% imposés à l’UE et au Japon, moyennant des concessions potentiellement contraignantes. Nous prévoyons également une hausse des engagements de la Suisse en matière d’investissements directs étrangers et un volume d’importations plus important en provenance de la première économie mondiale.
Impact économique et conséquences pour la BNS
La Suisse fait partie des économies européennes les plus exposées aux droits de douane américains. Il convient toutefois de souligner que les tarifs douaniers de base définis le 1er août excluent les secteurs déjà soumis à des taxes sectorielles ou qui le seront. Ils relèvent de l’article 232, qui autorise le président américain à imposer des droits d’importation pour des raisons de sécurité nationale. Cet élément est crucial pour l’industrie pharmaceutique suisse, qui exporte quelque 40% de ses produits vers les États-Unis. Le fait que l’UE ait pu obtenir une visibilité sur le niveau des tarifs applicables aux exportations pharmaceutiques dans le cadre de son accord commercial, indépendamment de l’issue de la Section 232, pourrait signaler une certaine ouverture des États-Unis à accorder des dérogations. Les exportations suisses d’or sont également concernées, quoique dans une moindre mesure.
La moitié des exportations suisses vers les États-Unis restent ainsi exposées à un taux de base très élevé de 39%. Il s’agit généralement de biens à forte valeur ajoutée, tels que les montres, les machines de précision et les dispositifs médicaux. Face à une demande inélastique, les importateurs américains pourraient, dans de nombreux cas et pour certaines gammes de prix, répercuter la majeure partie des droits de douane sur leurs clients en augmentant le prix des produits suisses, sans pour autant constater de baisse significative de la demande. Une part marginale des exportations, telles que certaines montres de luxe, pourrait connaître une hausse de la demande en cas d’augmentation des prix, en raison d’un effet de rareté ou de prestige.
Cependant, pour la grande majorité des exportations suisses, cette logique a ses limites. Si les entreprises helvétiques peuvent généralement supporter des droits de douane de 10 à 15% sans érosion majeure de leurs marges ni perte de demande, une taxe de 39% place la barre beaucoup plus haut. Si ce taux se confirme, il pourrait entraîner des réductions de marges ou une baisse significative des ventes aux États-Unis pour les exportateurs suisses, à l’exception de certains produits de luxe.
Nous avions révisé notre prévision de croissance du produit intérieur brut réel pour la Suisse en 2025 à 1,1% (contre 0,7% précédemment) afin de prendre en compte un premier semestre plus fort que prévu. Cependant, l’annonce par le président Trump de tarifs de 39% et les incertitudes qui en découlent concernant les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Suisse nous incitent à adopter une hypothèse plus prudente, à 0,9%. Si les États-Unis appliquent des taxes sectorielles punitives sur les produits pharmaceutiques, ces perspectives pourraient baisser. Plus longtemps ces droits de douane resteront en vigueur, plus les risques pour l’économie suisse seront importants, jusqu’à ce qu’elle s’adapte au choc. Nous pensons que Berne va intensifier ses négociations avec l’administration Trump.