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Taiwan : jusqu’où ira la Chine ?

l y a huit ans, dans un accès de franchise, l’amiral Zhang Zhaoying, alors commandant en chef adjoint de la Flotte du Sud de la marine chinoise, expliquait la stratégie poursuivie par son pays en mer de Chine du Sud comme visant à “étendre de manière ininterrompue le contrôle administratif de la Chine” sur ce territoire maritime, afin d’y parvenir à un “contrôle administratif effectif“. Ces propos résonnent avec un écho singulier dans le détroit de Taiwan, après les fortes tensions de ce mois d’août. La visite de Nancy Pelosi à Taipei a offert à la Chine, dont les exercices militaires étaient déjà planifiés (à un niveau d’intensité certes inférieur), l’occasion d’enclencher pendant l’été une grande entreprise d’érosion de l’exercice par Taiwan de sa souveraineté. L’attitude chinoise de ces dernières semaines constitue un tournant en cela qu’elle a permis à Pékin de créer plusieurs précédents, et de jeter  les fondements d’actions futures. Jusqu’où la Chine peut-elle aller, et à quel rythme ? L’été 2022 marque les prémices d’une campagne dont l’intensification paraît inévitable. De la réponse de Taiwan et des Etats-Unis à ses prochaines étapes, dont certaines se déroulent déjà sous nos yeux, dépendra la capacité de la Chine à imposer son tempo.

Une stratégie d’érosion de la souveraineté de Taiwan

L’opération se déroule d’abord sur un terrain psychologique. Depuis plusieurs mois, les organes de propagande chinois laissent entendre qu’une incursion de l’armée de l’air chinoise dans l’espace aérien de Taiwan est un scénario crédible. Juste avant les grandes manœuvres du mois d’août, la publication de leur carte faisait figurer trois zones incluant pour la première fois certaines portions des eaux territoriales de Taiwan (dont la largeur est fixée à 12 milles nautiques à partir des lignes de base des côtes). Pour Pékin, il s’agissait d’envoyer le signal de la possibilité d’une incursion dans ces espaces maritimes définis comme souverains par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (article 2 de la CNUDM).

Selon les informations disponibles en source ouverte, la Chine n’a pas franchi cette limite : sa marine a pris soin d’éviter ces eaux territoriales. Certaines rumeurs à Taiwan font état de vols de chasseurs chinois s’approchant jusqu’à 18 milles nautiques des lignes de base. Le ministère taiwanais de la Défense ne les a pas confirmées. On peut temporairement conclure à ce stade que la posture taiwanaise a été suffisamment crédible pour dissuader la Chine de choisir la voie d’une incursion. Tout porte à croire en effet qu’une incursion aurait provoqué une collision ou un échange de tirs. Le ministère de la Défense taiwanais ne divulgue pas ses règles d’engagement mais a abandonné l’ambiguïté quant à sa possible réponse à une incursion, déclarant fin août que “l’armée nationale exercera son droit à l’auto-défense et contre-attaquera sans exception si des avions et des navires pénètrent notre territoire maritime et aérien en franchissant les 12 milles nautiques”.

En revanche, les incursions de drones dans l’espace aérien des îles extérieures contrôlées par Taiwan, à Kinmen et à Matsu, sont un phénomène nouveau, soudain devenu régulier, et même fréquent – le gouvernement taiwanais en a dénombré 25 pendant le mois d’août. Elles jouent sur un théâtre moins risqué la partie que la Chine n’a pas osé lancer en grandeur nature : le franchissement des douze milles nautiques par la marine ou l’armée de l’air.

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