Tapis sur l’inflation !

Le mot inflation tapé avec une machine à écrire.

Le mois d’août a été rythmé par une décélération des indicateurs de l’activité mondiale, une inflation toujours très élevée, des prises de parole de banquiers centraux et le retour de l’aversion pour le risque.

De part et d’autre de l’Atlantique, les pressions inflationnistes se sont renforcées ou, a minima, maintenues. Les Etats-Unis ont ainsi enregistré une inflation « totale » de +8,5 % en juillet sur un an (+9,1 % en juin), tandis que l’inflation dite « cœur » (hors énergie et alimentation) est restée inchangée, à +5,9 %. Le rapport d’inflation préliminaire d’août pour la zone Euro a quant à lui fait état d’une inflation « totale » sur un an de +9,1 %, contre +8,9 % en juillet. L’inflation « cœur » accélère également, à +4,3 % (+4,0 % en juillet).

Le Symposium de Jackson Hole – grand-messe des banquiers centraux – qui s’est tenu du 25 au 27 août, a permis de recadrer les anticipations de politique monétaire. La Fed a ainsi souligné la nécessité de lutter, coûte que coûte, contre l’inflation, au risque d’engendrer de la « souffrance » pour les ménages et les entreprises à court terme, dans l’optique d’éviter une « souffrance » future plus importante.

S’en sont suivies des prises de parole de différents présidents de Fed régionales, à l’instar de Neel Kashkari (Fed de Minneapolis) qui s’est dit satisfait de la réaction à la baisse des marchés d’actions au discours de Jerome Powell (-3,4% pour le S&P 500 le 26 août). Selon lui, ceux- ci avaient été trop complaisants en anticipant une baisse des taux directeurs en 2023

Qu’ils soient colombes (habituellement favorables à une politique monétaire accommodante) ou faucons (favorables à une politique monétaire plus restrictive), l’opinion des membres de la Fed converge dans leur majorité vers un même point : celui d’un resserrement monétaire musclé.

Par le biais d’Isabelle Schnabel, économiste membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), et Joachim Nagel, président de la Banque fédérale d’Allemagne, la BCE s’est également engouffrée dans cette rhétorique, en préparant les esprits à une hausse de 0,75 % des taux directeurs lors de sa prochaine réunion de politique monétaire le 8 septembre prochain. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a quant à lui plaidé pour atteindre le « taux neutre » – celui qui n’entraîne ni surchauffe, ni refroidissement de l’économie – le plus rapidement possible. Ce dernier est estimé à ~1,5 %, le taux de facilité de dépôt actuellement à 0 %, se situant donc encore loin de la neutralité. La tactique envisagée semble être celle de i) juguler l’inflation, ii) se reconstituer rapidement des marges de manœuvre, iii) soutenir l’euro, contre le dollar notamment et iv) rattraper le retard accumulé face à la Fed.

En termes de données économiques, les indicateurs avancés pointent vers une contraction de l’activité, tout particulièrement en zone Euro. La menace d’une crise énergétique plane au-dessus du continent. L’hypothèse d’une coupure totale de l’approvisionnement en gaz par la Russie entraînerait indéniablement la zone économique vers une récession. Sur le mois, les bonnes nouvelles sont à retrouver en décortiquant les enquêtes soumises aux entreprises régionales américaines, qui suggèrent une détente des catégories « délais de livraisons » ainsi que des prix « payés » et « reçus ».

Face à ce changement de ton des banques centrales, l’aversion pour le risque a fait son retour. Sur le mois, les investisseurs n’ont globalement eu « nulle part où se cacher ». Les actions des pays développés ont dans leur majorité accusé le coup, avec des baisses de ~5 %, tout particulièrement les entreprises dites de « croissance », réputées plus sensibles à la hausse des taux longs. Il en est de même pour les obligations d’entreprises, aussi bien Investment grade que High yield. Le marché obligataire souverain a également réévalué la situation. Le taux à dix ans américain est ainsi passé de 2,6 % fin juillet à 3,2 % fin août. En zone Euro, le taux à dix ans allemand est passé de 0,8 % à 1,5 %, et de 3,0 % à 3,9 % pour le taux à 10 ans italien.

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