Taux, dette, croissance faible et banques attaquées : l’engrenage infernal

2010 : crise de l’euro. Les crédits structurés adossés aux emprunts hypothécaires subprimes causent des pertes bancaires massives en Europe. Leur sauvetage et les plans de relance accroissent les déficits publics. En l’absence de reprise économique suffisante, ils deviennent structurels. L’endettement devient insoutenable en Grèce. La dégradation de la note et l’écartement des spreads plongent le pays dans une crise bancaire. Les halls de banques, des heures durant, s’emplissent d’épargnants affolés, les rues se gonflent d’une jeunesse révoltée. Les établissements de crédit européens ébranlés dressent l’inventaire de leur exposition à la Grèce qui pénètre dans le purgatoire dantesque des débiteurs institutionnels. Commence la douloureuse errance destinée aux âmes indolentes de l’Enfer, Chant III de la Divina Commedia, celles ni bonnes ni pécheresses qui attendent leur jugement.

Treize ans après, la Grèce n’a pas franchi le sinistre Achéron.

Mais le vent d’une crise bancaire à nouveau soufflé par-delà l’Atlantique tourmente épargnants et investisseurs.

Alors que l’euro vaut 20% de moins qu’en 2010, la hausse des taux d’intérêt et le ralentissement de la croissance vont poser la question de la soutenabilité de la dette accumulée partout en Europe depuis les premiers confinements.

L’engrenage hausse des taux– récession – dette- spreads et CDS bancaires s’active, huilé par les esprits animaux des marchés.

Au cours de ces phases d’exubérance panique, les valorisations apportent peu de secours.

Néanmoins on peut espérer que les années de coups de massue portés par le comité de Bâle et l’EBA auront doté le capital bancaire du même blindage réactif que les chars Léopard envoyés en Ukraine.

Logiquement, les banques européennes éprouvées par les stress tests de la BCE devraient avoir amélioré la gestion de leur risque de courbe et de duration.

Elles se sont potentiellement mises en conformité avec des exigences plus strictes qu’aux Etats-Unis.

Par exemple, les actifs détenus doivent être suffisamment liquides et sûrs pour résister à une période de stress intense de 30 jours.

En outre, tout établissement dont le bilan est supérieur à 30 milliards d’euros doit assurer son funding à 12 mois afin de faire face notamment, à une fuite des dépôts.

Il est intéressant de noter que la tendance baissière observée sur les dépôts bancaires aux Etats-Unis ne date pas de l’épisode SVB.

Depuis 2022, l’écart de rémunération entre les comptes à vue et les taux FED (300 points de base aujourd’hui !) pousse les épargnants et les entreprises à réemployer les liquidités déposées en banque vers des instruments du marché monétaire.

Avec un écart de seulement 150 points de base en Europe, la pression de l’arbitrage est moindre et les instruments disponibles moins nombreux. Si les clients corporate tirent sur leurs disponibilités bancaires, les particuliers continuent de déposer d’après les dernières données datant de janvier.

D’ailleurs, historiquement, les banques européennes ont d’ailleurs été moins sujettes aux banks runs.

Au pire de la crise de l’Euro, elles n’ont subi qu’une baisse légèrement supérieure à 2,1% de leurs dépôts.

Contre, aux Etats-Unis, jusqu’à -5% en 2001; -3% en 2008, et -3,1% depuis la débacle SVB et de Crédit Suisse.

Ironie du sort, c’est aujourd’hui aux banques grecques de dresser désormais l’inventaire de leur exposition… à la Suisse.

Yannis Stournaras, gouverneur de la Banque nationale, siégeant au conseil de la BCE, a certainement dû peser le poids de ses mots, prendre conscience du chemin parcouru, des sacrifices consentis, lorsque le 20 mars, il a affirmé que l’exposition des banques de son pays à Crédit Suisse était proche de zéro.

Contrairement à Dante, obligé par la disparition de sa Béatrice, la Grèce n’a pas eu à franchir la porte des enfers.

Si le pays a finalement pu quitter le purgatoire, c’est au prix d’une expiation douloureuse et drastique dont les stigmates restent profondément à vif.

C’est une crainte réelle, concrète, qui est ressentie aujourd’hui par cette partie de la population européenne qui s’est trouvée au bord du précipice de 2008.
Elle doit nous rappeler quel peut être le coût humain, social du dérapage de nos déficits publics.

Elle doit nous guérir de l’aléa moral qu’ont engendré les taux artificiellement bas, le soutien monétaire infaillible, à l’appui d’un endettement aujourd’hui record en Europe.

Elle doit nous prévenir, ainsi que le frontispice de la porte des Enfers avertit Dante : « Par moi on va dans la Cité Dolente / Par moi on va dans l’éternelle douleur / Par moi on va parmi le peuple perdu {…] vous qui entrez, abandonnez tout espoir » …

Texte achevé de rédiger le 24 mars 2023 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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