Tech, crypto, métaux : la semaine où la volatilité a tout emporté

Le secteur technologique a encaissé une secousse rare, entre résultats jugés « pas assez bons », annonces de CAPEX massifs des hyperscalers et percées d’outils d’IA qui menacent directement le modèle des éditeurs de logiciels. Le Nasdaq recule, certains parlent déjà de « Saaspocalypse », et la sélection des futurs gagnants devient centrale. Dans le même temps, le bitcoin décroche violemment sous l’effet des liquidations à levier, tandis que les métaux précieux corrigent aussi. La volatilité ne se limite plus à un thème : elle traverse les classes d’actifs.
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Le secteur technologique a encaissé une secousse rare, entre résultats jugés « pas assez bons », annonces de CAPEX massifs des hyperscalers et percées d’outils d’IA qui menacent directement le modèle des éditeurs de logiciels. Le Nasdaq recule, certains parlent déjà de « Saaspocalypse », et la sélection des futurs gagnants devient centrale. Dans le même temps, le bitcoin décroche violemment sous l’effet des liquidations à levier, tandis que les métaux précieux corrigent aussi. La volatilité ne se limite plus à un thème : elle traverse les classes d’actifs.

Romane Ballin, gérante obligataire chez Auris Gestion, relie ces mouvements à un contexte macro chargé : BCE prudente face à un euro fort, tensions sur les taux japonais après les élections, et attentes fortes autour des chiffres de l’emploi américain. Une lecture utile pour comprendre un marché qui change de régime.

Le secteur technologique subit des secousses sur les marchés mondiaux depuis le début de l’année mais la semaine dernière a été particulièrement violente. Malgré une tentative de rebond vendredi, le Nasdaq a reculé de 1,8 % sur la semaine et, à la clôture de jeudi, l’indice avait enregistré sa plus forte correction sur trois séances depuis le Liberation Day.

Plusieurs éléments sont à l’origine de ce mouvement de panique. Premièrement, la publication, fin janvier, de résultats certes solides mais légèrement inférieurs aux attentes pour trois géants du logiciel — Microsoft, SAP et ServiceNow. Deuxièmement, les annonces de CAPEX par les quatre « hyperscalers » les plus exposés au boom de l’IA — Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon — et qui prévoient ainsi à eux seuls près de 600 milliards de dollars de dépenses en 2026 ! Des investissements qui paraissent cohérents face à l’ampleur des disruptions dans le secteur mais dont la rentabilité et la soutenabilité interrogent. Enfin, mardi dernier, la start-up Anthropic, à l’origine de l’agent conversationnel Claude, a dévoilé un nouvel outil d’IA permettant aux cabinets d’avocats et aux juristes d’automatiser des tâches jusqu’alors réalisées via des applications cloud payantes. Jeudi, le groupe a récidivé avec un logiciel dédié à l’information financière. Ces innovations menacent directement le modèle économique des éditeurs de logiciels dont les cours se sont effondrés, certains évoquant déjà une « Saaspocalypse » ou un « Software-mageddon ». Reste désormais à déterminer s’il s’agit d’un véritable point d’inflexion pour le secteur technologique ou d’une simple phase de respiration. Si le secteur est reparti de l’avant vendredi, une certitude s’impose : dans l’IA, les performances seront très contrastées et la capacité à distinguer gagnants et perdants sera déterminante dans les années à venir.
À noter que le secteur technologique n’a pas été le seul à subir un net repli la semaine dernière. Les métaux précieux ont également corrigé, mais c’est surtout le Bitcoin qui a décroché brutalement. Le mouvement a été amplifié par une vague de liquidations de positions à effet de levier. La cryptomonnaie est ainsi tombée jusqu’à 60 000 dollars vendredi matin, affichant une chute de près de 52 % par rapport à son record, avant de se reprendre en fin de séance.

Dans ce contexte, n’oublions pas la réunion de la BCE. Sans surprise, celle-ci s’est inscrite dans la droite ligne des précédentes, offrant peu d’éléments nouveaux aux marchés. Les taux directeurs restent inchangés et Christine Lagarde n’a délivré aucun signal nouveau sur la trajectoire à venir. Un point d’attention pour de nombreux investisseurs portait néanmoins sur l’impact de la dépréciation du dollar. La présidente de la BCE a rappelé que le taux de change ne constitue pas un objectif de politique monétaire en tant que tel, tout en soulignant qu’il est pleinement intégré dans l’ensemble des modèles macroéconomiques utilisés par l’institution. Christine Lagarde a ainsi tenu à préciser que, malgré l’accélération de l’appréciation de l’euro face au dollar observée depuis mai 2025, la parité EUR/USD évolue toujours à des niveaux proches de sa moyenne de long terme. Si la BCE semble vouloir rassurer les investisseurs, un euro durablement plus fort exerce mécaniquement une pression désinflationniste sur les prix importés et peut, à terme, peser sur la dynamique de croissance. C’est précisément ce facteur qui pourrait rouvrir, à moyen terme, le débat sur l’orientation de la politique monétaire.

S’agissant du Japon, à l’issue des élections législatives anticipées organisées ce week-end, la Première ministre Sanae Takaichi a remporté une très large victoire. Son parti, le PLD, dispose désormais d’une majorité suffisamment confortable pour mettre en œuvre une politique budgétaire expansionniste. La perspective d’une hausse non financée des dépenses publiques — et donc d’émissions de dette d’ampleur — avait inquiété les investisseurs ces dernières semaines, provoquant une nette tension sur les taux souverains japonais, non sans conséquences sur les taux américains et européens. Si, à ce stade, la Première ministre a indiqué que les décisions seraient prises en tenant compte de la situation financière du pays, l’orientation de la politique budgétaire demeure un point de vigilance, susceptible d’alimenter la volatilité sur les taux. Cette semaine, on suivra d’ailleurs avec attention la publication des chiffres de l’emploi aux États-Unis, reportée au 11 février en raison du très court shutdown qui a pris fin mardi dernier. Ces données revêtent une importance particulière alors que plusieurs signes de fragilisation du marché du travail ont récemment émergé. L’enquête JOLTS a montré un recul marqué des offres d’emploi non pourvues (6,542 M contre 7,25 M attendus), tandis que l’enquête ADP a révélé un net ralentissement des créations, à +22 000 en janvier contre +45 000 anticipés.

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