The Death of Accounting

En 2016 Baruch Lev sortait son livre “La Mort de la Comptabilité”. C’est un domaine qu’il connaît bien: il a fait toute sa carrière comme professeur de comptabilité à l’université Stern de New York.

Son constat de base est simple:

1/ les principes comptables sur lesquels sont établis les comptes des sociétés datent d’il y a plus de cinquante ans. Ils n’ont donc pas suivi l’évolution de la vie des sociétés;

2/ la valeur des sociétés aujourd’hui repose de plus en plus sur les actifs incorporels;

3/ ces actifs incorporels sont sous-évalués par les méthodes comptables classiques;

4/ par conséquent ces sociétés affichent des pertes comptables mais qui ne sont pas de véritables pertes.

En effet, une grosse partie des dépenses traitées comme des coûts (telles que la R&D) devraient être selon lui traitées comme des dépenses d’investissement, puisqu’elles contribuent à créer ces actifs incorporels.

En appliquant sa méthode, les coûts de la société diminuent et les pertes deviennent ainsi des profits.

Baruch Lev souligne d’ailleurs que la plupart des investisseurs font ainsi. Il citait comme anedocte que le nombre de téléchargements moyen des rapports financiers sur le site de la SEC est de 28 le jour de leur publication. Quand un étudiant lui dit : “Vous voulez dire 28.000 ?”,  Baruch Lev a répondu “Non, 28 personnes ! Il y a plus de gens qui travaillent au FASB* que de gens qui lisent les rapports financiers !”

Et comme illustration du phénomène, il lui semble donc normal de voir de plus en plus de sociétés perdant de l’argent dans les marchés actions internationaux (graphique ci-dessous publié dans une opinion de Baruch Lev dans le Financial Times en juin 2021 – “Don’t be fooled by corporate losses”).

Source : Financial Times

Evidemment le premier exemple de Baruch Lev c’est Amazon. Il cite un de ses confrères  qui commence sa classe en demandant à ses étudiants “Investiriez-vous dans une société qui a fait des pertes pendant dix années de suite?” Les élèves répondent bien évidemment non, pour apprendre alors qu’ils seraient millionnaires s’ils avaient investi car il parle d’Amazon.

Je comprends et je suis d’accord avec son raisonnement sur le fond. Mais le problème c’est son application. Les règles comptables sont comme leur nom l’indique des règles. Donc on ne peut pas faire n’importe quoi – cela n’empêche pas certains de les tordre mais il y a des limites. Au contraire, dans les résultats ajustés, où il n’y a pas de règle, la latitude du management est beaucoup plus large. Bien évidemment, cette latitude est plutôt utilisée pour rosir que pour noircir.

Alors qu’est-ce qui nous reste pour faire le tri? Comme dans le film Usual Suspects, j’ai aligné ici les quatre plus grosses capitalisations US:

  • Apple $2.900 Mds,
  • Microsoft $2.400 Mds,
  • Alphabet $1.600 Mds
  • Amazon $1.300 Mds.

Maintenant voici le cash net généré, après investissement, par ces sociétés sur les 5 dernières années:

  • Apple $350 Mds
  • Microsoft $180 Mds
  • Alphabet $190 Mds
  • Amazon $0 (zéro) Md.

Peut-être pas nécessaire de réinventer la comptabilité.

*FASB: Federal Accounting Standard Board, régulateur américain des règles comptables

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