There’s a shark in my lipstick?!

Nous continuons de voir apparaître des choses à faire dans les obligations convertibles.

Cette semaine Amyris, biotech américaine, spécialisée dans la création d’ingrédients à partir de plantes pour l’industrie alimentaire et cosmétique. Ce que fait Amyris, c’est de la biologie de synthèse c’est à dire de modifier des bactéries/microbes afin qu’ils puissent produire naturellement des molécules utiles à l’homme.

L’histoire commence il y a vingt ans, dans le laboratoire Keasling de Berkeley, lorsque Jay Keasling et son équipe de post-doctorants mettent au point une méthodologie permettant de produire du pyrophosphate d’isopentényle, à des taux ayant un potentiel commercial, à partir de sucres fermentés par des levures. Ceci leur a ouvert la voie à une famille de quelque 50 000 molécules ayant des applications ou des voies d’accès aux produits pharmaceutiques, aux parfums, aux cosmétiques et aux carburants.

Première application : financé par la fondation Gates, ils développent un médicament antipaludique pour remplacer la chloroquine, devenue ineffective contre les nouvelles formes de paludisme. La molécule d’Amyris permet de diviser par dix le prix de revient de ce traitement qui sera revendu sans royalties à Sanofi, permettant à des millions de patients de se soigner.

Deuxième application : Amyris s’engage en 2010 sur le développement d’un biocarburant pour se substituer au diesel. Ils font venir alors un nouveau PDG, John Melo, de BP. Celui-ci introduit la société en bourse et présente des plans audacieux de développement sur le biocarburant. Ce sera un échec techniquement : ils ont le produit mais son prix de revient le rend non compétitif. La sanction boursière est violente avec une baisse de 90% du cours.

John Melo pivote alors la société vers les composants chimiques à valeur ajoutée. Elle développe ainsi du squalène, appelé ainsi car à l’état naturel il se trouve dans le foie des requins, en particulier ceux des hautes profondeurs. A l’époque le nombre de requins pêchés chaque année pour le squalène est estimé à trois millions. La molécule d’Amyris permet de changer cela. La société signe deux accords avec des fabricants de cosmétiques. Et, voyant la sensibilité du public à ces problématiques, sort également une marque en propre, Biossance.

L’histoire est belle mais les chiffres restent petits (chiffre d’affaires annuel autour de $200M et la société perd de l’argent chaque année). Elle se finance en vendant les droits de ses molécules à ses principaux clients. Elle vient ainsi de vendre trois molécules à Givaudan, le groupe suisse spécialisé en fragrance (capitalisation : CHF 29 Mds).

« Nous sommes fiers d’élargir notre portefeuille Active Beauty avec ces actifs cosmétiques clés issus de notre partenaire historique Amyris. Neossance Squalane, Neossance Hemisqualane et Cleanscreen offrent de la valeur ajoutée en répondant aux attentes de nos clients pour des solutions beauté innovantes, durables et efficaces », explique Markus Rassmann, responsable Active Beauty chez Givaudan.

En complément, Givaudan et Amyris ont signé un accord de partenariat de long terme en vertu duquel Amyris continuera à fabriquer des ingrédients cosmétiques pour Givaudan et à lui donner accès à ses capacités d’innovation. Givaudan deviendra le partenaire commercial des futurs ingrédients durables d’Amyris dans le secteur de la beauté.

Et elle émet aussi des obligations convertibles. Celle qui nous intéresse a été émise en novembre 2021, quand l’euphorie régnait et que l’action valait $7. Depuis l’action a été divisée par dix et la convertible a suivi. Elle vaut désormais 24 cts/$. Le principe est le même que sur Beyond Meat la semaine dernière : si Amyris ne fait pas défaut, nous ferons quatre fois la mise sur ce dossier.

Si on raisonne un cran plus haut, si sur un portefeuille de dix lignes de ce type, la moitié vont à zéro et l’autre moitié fait x3, le total fera +50%. Donc valoriser ce genre de papier cela consiste essentiellement à estimer la probabilité de défaut sévère de l’entreprise. Pour nous, vu les produits, les contrats et le savoir-faire d’Amyris, cette probabilité est ici inférieure à 50%.

PS:
Une correction sur Beyond Meat: suite au billet de la semaine dernière, j’ai reçu quelques emails sur les 15.000L d’eau pour un kilo de viande de bœuf. Je suis allé vérifier. Ce chiffre est vrai. Mais 93% de ces 15.000 litres proviennent d’eau de pluie sur les pâturages. Donc il est vrai mais trompeur et cela méritait cette précision.

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