« Trade deal » version Trump : un pouvoir, pas un pacte

Maison Blanche > L'actualité économique et financière
©Fibee

Dans son analyse, Philippe Waechter, Chef économiste chez Ostrum Asset Management, déconstruit le terme de « trade deal » tel qu’il est utilisé par l’administration Trump. Loin des accords commerciaux classiques, structurés, équilibrés et négociés sur la durée, les « trade deals » version 2025 relèvent davantage de l’annonce politique que de la diplomatie économique. Qu’il s’agisse des accords expéditifs avec le Royaume-Uni ou le Vietnam, ou encore des trêves superficielles conclues avec la Chine, le dénominateur commun reste le déséquilibre : chaque « deal » est un instrument de puissance unilatérale des États-Unis. Plus qu’un outil de coopération, c’est une forme de pression, parfois camouflée, souvent temporaire. Waechter alerte ainsi sur les conséquences durables d’une telle méthode : désorganisation des flux mondiaux, déclin relatif de la part américaine dans le commerce international, défiance croissante des partenaires. Derrière le mot « accord », c’est donc une rupture dans l’ordre commercial mondial qui se joue. Un papier salutaire pour comprendre ce que les mots ne disent pas.

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, il est question de « trade deal ». Il faut faire des trade deal sans que ce terme soit clairement défini. Selon les références habituelles, un accord commercial est un processus de négociations entre deux pays ou deux régions pour définir les axes de développement des échanges. C’est un processus long car très détaillé. Le document associé est très volumineux et l’ensemble est très complexe.

Au début du mandat de Trump, on imaginait des contreparties facilitant le financement de l’économie américaine compte tenu à la fois de la taille de sa dette publique et des propos du chef économiste de la Maison Blanche, Stephen Miran, sur la nécessité de faire payer le reste du monde pour l’apport de l’Amérique à la prospérité globale.

Ce n’était pas la bonne réponse car l’accord commercial avec la Grande Bretagne ne correspond pas et n’a pas ce type de contrepartie. Ce n’est d’ailleurs pas un accord au sens habituel. Il a été négocié très vite et sans les détails qui permettent de structurer finement les échanges entre les deux pays. C’est juste un accord de principe, favorable aux Etats-Unis. C’est la même chose pour l’accord avec le Vietnam. Un protocole de quelques pages dont les détails seront négociés plus tard.

Mais le trade deal ne se limite pas à ce type d’accord. La trêve conclue avec la Chine est aussi un accord commercial alors que rien n’est réglé entre les deux pays et que les tensions sont maintenues puisque c’est une forme de retour au statu quo ante. Néanmoins, pour illustrer ce point de tensions on peut regarder l’accord avec le Vietnam. Les droits seront beaucoup plus élevés lorsque des produits vietnamiens exportés vers les US contiendront des composants chinois. Autrement dit, un trade deal ne signifie pas une sorte d’accord commercial une fois pour toute.

Un trade deal c’est aussi les annonces unilatérales concernant les droits de douane relatifs au Japon, à la Corée du Sud et à une dizaine d’autres pays. Mais tous pourront négocier un trade deal avec Washington avant le 1er août pour un accord au sens de celui fait avec la Grande Bretagne ou le Vietnam. Tout cela est forcément un peu confus.
Dans les négociations avec l’Union Européenne, une forme d’accord cadre semble suffisant pour fixer la situation.

Un trade deal pourrait ainsi se définir comme une situation reconnaissant la puissance des Etats-Unis soit dans l’annonce d’un droit de douane contraignant pour la contrepartie soit via un accord commercial favorable aux USA comme les deux déjà signés.

Les mots utilisés sont trompeurs car rien n’est équilibré dans les annonces faites loin de que l’on définit habituellement comme un accord commercial. Cela se traduira alors forcément par une redirection des flux du commerce mondial en réduisant la part des Etats-Unis. Le Canada et la Chine ont ainsi déjà réduit le poids de leurs exportations vers le pays de l’oncle Sam.

Sur le même sujet :

Prec.
Trump dicte les règles du jeu : l’Europe plie, les marchés observent

Trump dicte les règles du jeu : l’Europe plie, les marchés observent

Valentin Urrutiaguer (Auris Gestion) revient sur le dernier acte du feuilleton

Suiv.
Le déclin global de l’Europe : un diagnostic sans appel signé Patrick Artus
Illustration du secteur de la construction

Le déclin global de l’Europe : un diagnostic sans appel signé Patrick Artus

Dans son Flash Économie, Patrick Artus, Conseiller économique senior chez

Vous avez aimé cette publication ?



Publier sur la Fibee Academy

Faites nous parvenir votre proposition de publication et nous vous contacterons à réception.
Pour toutes questions, merci de nous contacter sur academy@fibee.fr.

En envoyant votre publication via ce formulaire, vous autorisez Fibee à la lire, la corriger si nécessaire et la publier sur son site, toujours en mentionnant votre nom. Vous restez pleinement propriétaire de votre travail : vous conservez tous vos droits d’auteur et pouvez réutiliser votre texte où bon vous semble. L’article publié reste sous votre responsabilité exclusive ; Fibee ne peut être tenu pour responsable du contenu que vous soumettez. Soumettre un texte ne garantit pas automatiquement sa publication, mais notre équipe s’engage à vous faire un retour bienveillant et transparent. Votre contribution doit être personnelle, respecter les règles de citation et ne contenir aucun propos diffamatoire, discriminatoire ou contraire à la loi.