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Trecento AM : “L’innovation dans la robotique est en pleine effervescence”

Agence SAND

L’an dernier à l’occasion d’une interview sur son fonds thématique Santé , Alice Lhabouz, fondatrice et Présidente de TRECENTO AM nous dévoilait ses perspectives sur le secteur, au-delà de la seule problématique de l’épidémie de Covid-19. La société de gestion propose également un fonds thématique sur la Robotique, géré par Sothira NGAUV, qui nous apporte son expertise et son éclairage, sur ce qui est loin d’être un effet de mode.

FundsWatch : Une petite précision sémantique tout d’abord sur le nom du fonds pourrait nous éclairer sur sa nature ? Notamment sur le terme Robotique : la frontière avec « Intelligence Artificielle » n’est-elle pas de plus en plus mince ?

Sothira Ngauv: Tout à fait. Au début, lorsque nous avons lancé le fonds en 2016, nous étions centrés sur la robotique au sens industriel du terme, soit schématiquement une machine programmée pour effectuer une tâche de manière autonome, principalement sur une ligne de production dans une usine. Mais l’histoire s’est accélérée, donnant au mot robotique un sens bien plus large, profond et intéressant, avec la robotique « 2.0 », à savoir une robotique nourrie d’intelligence artificielle. Ces robots de nouvelle génération sont désormais capables de se mouvoir dans leur environnement, de l’étudier, d’anticiper leurs actions, et de prendre des décisions. Ils sont actifs, mais aussi réactifs et collaboratifs. Ils peuvent travailler aux côtés de travailleurs humains en toute sécurité.

Nous ne scindons pas les deux thématiques (robotique et intelligence artificielle). La thématique de notre fonds a vu une « dimension » IA s’y ajouter, ce qui se transcrit parfaitement dans les dossiers dans lesquels nous sommes investis. Les robots industriels restent en première position dans la répartition par segment dans notre fonds. Viennent ensuite les logiciels et les solutions d’IA, qui permettent aux robots d’être plus autonomes, efficaces, de s’adapter à leur environnement, et donc d’optimiser la production de biens.

Alice Lhabouz : L’IA est clairement endogène à la thématique. C’est le cerveau du robot. De notre point de vue, la robotique offre d’autres opportunités que le seul investissement sur des fournisseurs de solutions d’IA. C’est donc une composante du fonds, mais pas la seule.

Pour être complet sur le nom du fonds, le terme « ISR » fait également partie du libellé. Le label ISR français a été formellement obtenu le 6 mars 2020. Enfin, le premier terme du nom du fonds est le nom de notre société de gestion : Trecento, qui signifie en italien le 14ème siècle, soit la période qui précède la Renaissance, période de bouillonnement économique, culturelle, et sociale. Un siècle charnière qui annonce une période d’innovations et de progrès majeurs en Europe.

FW : Nous sommes sur une thématique au sens le plus pur du terme. La robotique est transverse à plusieurs secteurs : l’industrie, la logistique, les transports, la santé… Y-a-t-il des dossiers présents à la fois dans le fonds Robotique et le fonds Santé ?

SN : Les robots médicaux représentent le troisième segment sur lequel nous sommes investis sans le fonds Robotique, à hauteur d’environ 16% de l’actif net. Des dossiers tel que Corindus (robotique chirurgicale) ou la medtech spécialisée en orthopédie Stryker en sont des exemples type. D’ailleurs, lorsque nous avons imaginé les contours de notre fonds Robotique, nous sommes partis de l’expertise engrangée avec notre fonds Santé, créé en 2011.

La robotique, et l’automatisation de manière générale, peut s’appliquer à tous les secteurs et en particulier, au secteur de la santé. Sur cette question de la robotique chirurgicale, moins de 3% des interventions chirurgicales pratiquées dans le monde le sont avec l’assistance de robots. D’où un potentiel gigantesque… D’autant que les intérêts médicaux sont immenses : cela limite le post-opératoire, grâce à des interventions moins invasives.

FW : Quelles sont les contraintes que vous vous imposez ?

SN : Tout d’abord, il y a l’intégration des critères Environnement, Sociaux et de Gouvernance, que nous nous imposons dans la sélection et la constitution du fonds. Au niveau des tailles de capitalisations, notre expertise est centrée sur des grandes capitalisations : 77% de l’actif net est sur des sociétés à plus de 5 Milliards d’euros de capitalisation. Les sociétés dont la capitalisation est comprise entre 1 et 5 Milliards d’euros sont représentées dans le fonds à hauteur d’un peu moins de 20%.

Mais on s’autorise à sélectionner des petites capitalisations présentant un fort intérêt. Citons Ekso Bionics, qui est une société américaine spécialisée dans la conception et la fabrication d’exosquelettes, qui permettent à des patients polytraumatisés de commencer leur rééducation à l’aide d’exosquelettes, un équipement mécanique d’assistance physique. Ce concept d’exosquelette ne s’applique pas qu’à la médecine, mais également à d’autres domaines, comme la construction automobile. Un certain nombre d’ouvriers de Ford utilisent les équipements de cette société pour des tâches de transports de charges lourdes, en minimisant le risque d’accident du travail. Les premiers retours de ces salariés sont dithyrambiques…

FW : Un mot sur processus décisionnels de gestion ? Faites-vous appel à des experts dont le métier est la robotique ?

SN : Oui, bien sûr. On s’appuie d’une part sur des recherches fournis par les brokers, principalement américains. Par ailleurs – et c’est dans l’ADN de notre maison de gestion, nous nous appuyons sur un Comité d’experts dédié à la Robotique. Nous profitons en particulier des éclairages d’un expert en RPA (Robotic Process Automation, ou automatisation robotisée des processus). Il s’agit d’un ensemble de techniques permettant à des entreprises de gagner en efficacité, dans le traitement automatisé d’un certain nombre de tâches, comme le traitement des e-mails, ou de gestion de tâches administratives répétitives.

Nous avons donc à la fois la vision financière avec les études de brokers et le point de vue du monde « réel » avec des professionnels de la robotique.

FW : Vous parlez du fonds avec une conviction forte. Les dossiers sur lesquels vous êtes investis, que vous défendez, sont autant d’innovations passionnantes, et source de progrès.

SN : Tout à fait ! L’innovation de manière générale est un catalyseur extrêmement important. Elle a permis l’émergence d’une nouvelle génération de robots, dont nous venons de parler. Toutes les composantes matérielles et logicielles s’améliorent en continu en matière d’ergonomie, d’efficacité, de réduction de consommation d’énergie.

AL : L’innovation est au cœur-même de l’ADN de Trecento. Observer la marche du monde est ce qui nous intéresse, et nous nous attelons à la transmettre à nos clients. D’ailleurs, si nous devions créer d’autres fonds à l’avenir, ce serait également sous cette angle-là. C’est clairement notre marque de fabrique.

FW : En cas de reflux ponctuel éventuel du Nasdaq lors des prochains moins, le secteur robotique sera mécaniquement impacté du point de vue des valorisations, même s’il gardera le vent en poupe. Comment vous préparez-vous à cette éventualité ?

SN : Nous avons l’avantage d’avoir un positionnement assez unique.

Nous avons de la robotique industrielle, et au sein de ce segment, beaucoup de sociétés sont qualifiées de cycliques, et nous profitons du mouvement de hausse des valeurs cycliques depuis novembre 2020 et les premières annonces de succès dans la recherche vaccinale contre le Covid-19.

Sur les logiciels et l’intelligence artificielle, nous avons constaté effectivement des niveaux de valorisation élevés, comme sur de nombreux dossiers technologiques de façon générale. Nos clients investissent sur le fonds dans une optique long-terme, ce qui ne nous empêche pas d’avoir une allocation tactique, pour se protéger le cas échéant face à des problématiques de retour d’inflation par exemple.

Mais il faut bien se rendre compte que même si nombre de dossiers technologiques américains se paient chers sur le marché aujourd’hui, le potentiel de croissance d’activité et d’innovation reste énorme. Nvidia par exemple a des catalyseurs de croissance exponentielle, avec l’intelligence artificielle, le gaming, la robotique, la voiture autonome.

Retrouvez la fiche de synthèse du fonds sur le Euronext Funds360

Le fond est labellisé ISR.

Côté performances, il progresse de 10,61% depuis le début de l’année, de 30,20% sur un an, et de 69,20% depuis l’origine, en se basant sur la VL disponible en date du 15/07.

Propos recueillis par Alexandre TIXIER

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