Bruno Colmant, membre de l’Académie royale de Belgique et professeur d’économie, analyse les événements actuels aux États-Unis, où le déploiement de la Garde nationale à Washington pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire politique du pays.
Il est difficile de saisir la portée des événements actuels aux États-Unis, où même certains s’arment.
Le déploiement de la Garde nationale à Washington D.C. — un lieu politiquement sacralisé — après son intervention en Californie, suggère les prémices d’un changement de régime potentiellement irréversible et dynastique. Cela remet en question les principes mêmes de la Constitution américaine, rédigée par des rebelles pour éviter toute forme d’empire, de royauté ou de pouvoir héréditaire.
La trajectoire politique de Donald Trump, qui s’appuie sur une alliance stratégique avec le secteur technologique, révèle une centralisation insidieuse du pouvoir. L’objectif est de manipuler l’information et d’influencer les comportements, établissant ainsi un contrôle social sophistiqué.
L’expansion de centres de détention pour migrants, tels que Guantanamo ou le nouvel « Alcatraz aux alligators », couplée à une militarisation accrue, traduit une volonté de repousser les limites du pouvoir présidentiel. Ce démantèlement progressif des institutions remplace les tentatives de putsch plus manifestes, comme celle du 6 janvier 2021, par une érosion continue et discrète des fondements démocratiques.
L’alternance politique semble menacée. La démocratie américaine, ou du moins son apparence — car le pays est complexe et sinueux — aura duré 250 ans, l’année 2026 marquant un jalon historique. La Déclaration d’Indépendance, signée par les 13 États fondateurs et symbolisée par les 13 bandes du drapeau américain, affirmait que « le peuple a le droit de la modifier ou de l’abolir et d’en instituer une nouvelle » lorsqu’une forme de gouvernement devient destructive.
Ce droit semble aujourd’hui remis en question.
Un dirigeant européen, Charles de Gaulle, l’avait déjà pressenti.
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