Trump, Gandhi et les droits de douane : chronique d’un protectionnisme assumé

Donal Trump fait un discours
©Fibee

Cette semaine, Thomas Giudici, Responsable de la gestion obligataire, trace un parallèle inattendu mais percutant entre la philosophie du Swadeshi de Gandhi et la stratégie commerciale de Donald Trump. À coups de déclarations-chocs, de droits de douane tous azimuts (jusqu’à 30 % pour l’Europe, 100 % pour la Russie) et de négociations sous tension, Trump impose son récit… quitte à flirter avec l’absurde narratif. Mais derrière le brouhaha politique, les marchés gardent la tête froide : pétrole stable, PIB chinois en hausse, et détente commerciale entre Nvidia et Pékin en guise de soupape. Une lecture piquante et éclairante sur la nouvelle grammaire géopolitico-économique, où citations du Mahatma et tweets présidentiels s’entrelacent dans un jeu diplomatique à haut risque.

« Après des réflexions prolongées, j’en suis venu à une définition du Swadeshi : le fait de nous restreindre à l’usage et aux ressources de notre environnement immédiat. […] Sous la discipline du Swadeshi, la privation d’une épingle qui ne soit pas fabriquée [aux Etats-Unis] n’a rien d’intolérable. La profonde misère dans laquelle est plongée la majorité des [Américains] est due à l’abandon du Swadeshi. Si aucun bien n’avait été importé [aux Etats-Unis], ce pays serait aujourd’hui une contrée où coulerait le miel. » Cette doctrine, que l’on aurait pu prêter à Donald Trump, a été théorisée il y a plus de 100 ans par un autre candidat au prix Nobel de la paix : Gandhi. A la différence qu’en lieu et place du boycott, Donald Trump dispose d’une arme autrement plus efficace, les droits de douane.

Après avoir été épargnée le 7 juillet dernier, l’Union européenne a elle aussi subi les foudres tarifaires du président américain ce samedi avec l’annonce de l’entrée en vigueur dès le 1er août de 30% de droits de douane sur tous les produits européens importés aux Etats-Unis. Si les contre-mesures ont déjà été annoncées, les négociations se poursuivent en coulisse. Cette situation est d’autant plus confortable pour Donald Trump qu’elle lui permet de continuer à maîtriser le récit narratif dans une sorte de cacophonie lyrique autour des droits de douane.

C’est dans cette volonté de reprendre la main sur la narration que Donald Trump a déclaré, dans une interview à la BBC : « Je suis déçu de Poutine mais je n’en ai pas fini avec lui. […] Nous aurons une excellente conversation, je dirai : ‘‘ c’est bien, je pense que nous sommes sur le point d’aboutir à un accord ’’, et le lendemain, il démolira un immeuble à Kiev ». Le président Trump a par ailleurs promis davantage d’armes à l’Ukraine via l’OTAN ainsi que 100% de droits de douane à la Russie, de quoi continuer à asphyxier une économie exsangue. Ces déclarations auront néanmoins eu peu d’impact sur le prix du pétrole, qui continue d’évoluer sous les 70 USD le baril, signe que les marchés croient toujours à une issue favorable.

En effet, l’accord obtenu par Nvidia ce week-end pour la levée de l’interdiction des exportations des puces H20 vers la Chine, comme un cadeau fait à la société de Jensen Huang pour fêter les 4 000 Mds de capitalisation boursière, montre qu’une issue est toujours possible. Cet accord survient en parallèle de chiffres économiques rassurants en Chine avec une croissance du PIB à +5.2% sur 1 an (contre +5.1% attendu) et alors que la production industrielle sur 1 an progresse de +6.8% (contre +5.6% attendu). Seule ombre au tableau, les ventes au détail qui mettent en lumière un consommateur chinois encore convalescent (+4.8% YoY contre +5.3% attendu). Et alors que la semaine s’ouvre avec le début de la saison des publications de résultats, les regards seront une fois de plus tournés vers l’inflation aux Etats-Unis, qui devrait donner le ton aux investisseurs dans leur jeu du chat et de la souris avec Jerome Powell quant à la trajectoire de baisse des taux, et alors que les demandes continues d’allocations chômage ont atteint les 1,965M, leur plus haut niveau depuis 2021. Donald Trump pourrait reprendre cette citation du Mahatma à son compte : « L’anglais [/ l’européen / le canadien / le mexicain / le chinois / Jerome Powell / …] n’est pas mauvais en soi, c’est le système qu’il représente qui est mauvais. »

Sur le même sujet :

Prec.
Défense : l’or budgétaire ne brillera pas pour tout le monde
Défense > L'actualité économique et financière

Défense : l’or budgétaire ne brillera pas pour tout le monde

Damien Mariette, gérant thématique chez CPR Asset Management, décrypte le boom

Suiv.
Bourse européenne : euphorie ou juste retour en grâce ?
La bourse > L'actualité économique et financière

Bourse européenne : euphorie ou juste retour en grâce ?

Dans la dernière analyse signée Dorval Asset Management, la flambée des actions

TACO ?

16 juillet 2025

Attendons « deux semaines » que Donald change d’avis….

Cedric

Vous avez aimé cette publication ?



Publier sur la Fibee Academy

Faites nous parvenir votre proposition de publication et nous vous contacterons à réception.
Pour toutes questions, merci de nous contacter sur academy@fibee.fr.

En envoyant votre publication via ce formulaire, vous autorisez Fibee à la lire, la corriger si nécessaire et la publier sur son site, toujours en mentionnant votre nom. Vous restez pleinement propriétaire de votre travail : vous conservez tous vos droits d’auteur et pouvez réutiliser votre texte où bon vous semble. L’article publié reste sous votre responsabilité exclusive ; Fibee ne peut être tenu pour responsable du contenu que vous soumettez. Soumettre un texte ne garantit pas automatiquement sa publication, mais notre équipe s’engage à vous faire un retour bienveillant et transparent. Votre contribution doit être personnelle, respecter les règles de citation et ne contenir aucun propos diffamatoire, discriminatoire ou contraire à la loi.