Trump, l’inflation en étendard : le prix de la domination

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Dans cette tribune, Bruno Colmant démonte les idées reçues sur le protectionnisme américain à la sauce Trump. Loin de l’isolationnisme des années 1930, la stratégie douanière actuelle s’inscrit dans une globalisation avancée, où les États-Unis dictent leur tempo. L’inflation y est tolérée, voire assumée, tant qu’elle permet de renforcer la position hégémonique des entreprises américaines et d’asphyxier la concurrence.

Inflation acceptée, dominance assurée : le pari réussi de l’Amérique de Trump

Ceux qui établissent une comparaison entre la sinistre politique isolationniste et tarifaire des États-Unis lors des années trente avec ce que Donald Trump met en œuvre sont dans l’erreur complète.

À cette époque, et dès après la Première Guerre mondiale, le niveau des échanges chutait, tandis que la politique tarifaire de Donald Trump s’impose dans une économie globalisée qui était fondée sur un multilatéralisme d’une telle envergure qu’il explique, pour moitié, le gain de croissance mondiale depuis une vingtaine d’années.

Les mesures de Donald Trump peuvent paraître désordonnées et vacillantes. Elles le sont, rappelant la fameuse réplique du Roi Ferrante dans la Reine Morte de Montherlant : « car tout sera bouleversé, et peut-être très vite, par les mains hasardeuses du temps ».

Mais, en vérité, ce que Donald Trump met en œuvre, avec la précision d’un horloger suisse, c’est de granulariser les droits de douane pour assurer la prospérité américaine et surtout la dominance de ses entreprises, tout en anéantissant ce qui est en amont et en aval des chaînes de production et de consommation.

Derrière ses annonces épiques, il y a donc de puissants techniciens qui vont, sans cesse, moduler les droits de douane pour, au pire, terrasser les concurrents des entreprises américaines et, au mieux, les faire suffoquer dans la fébrilité inquiète des avenirs imprévisibles.

Bien sûr, Donald Trump sait que le protectionnisme est néfaste à tous, à commencer par les Américains, qui subiront une certaine inflation. Mais les États-Unis sont la première puissance du monde. Et ils sont donc capables d’imposer leurs règles en minimisant les désagréments domestiques.

Donald Trump est donc gagnant et le sera encore plus lorsque le dollar commencera son plongeon lors du remplacement du président de la Réserve fédérale américaine. Ce jour-là, ce sera la double peine.

Et Donald Trump sera dominant devant des Européens qui espèrent s’attirer des faveurs de bons sentiments. Ils devraient pourtant se rappeler la sentence de Charles de Gaulle : « Les États n’ont pas d’amis, mais des intérêts. »

L’Europe doit donc réagir, s’unir, regrouper ses entreprises, élaborer des visions transfrontalières. Car, en vérité, nous vivons un choc — et peut-être le plus important — d’économie de marché teintée d’interventionnisme politique.

Et croire que nos 15 % de droits de douane auront le moindre effet, alors que nous savons, dès à présent, que les investissements européens aux États-Unis, couplés aux achats énergétiques, ne pourront pas se concrétiser, c’est s’assurer que ces 15 % seront, tôt ou tard, modulés.

À notre détriment.

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2 août 2025

Anonyme

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