Trump secoue l’ordre mondial, les marchés tiennent… pour combien de temps ?

Des jumelles pour illustrer les perspectives d'investissement en 2024
©Fibee

Dans un post lucide et nuancé, Philippe Waechter, Chef économiste chez Ostrum Asset Management, s’interroge sur un paradoxe : comment expliquer des marchés financiers solides dans un contexte économique aussi incertain ? Entre retour du protectionnisme, bilatéralisme assumé de la Maison Blanche et explosion budgétaire à venir, les ingrédients d’une instabilité durable sont réunis. Pourtant, les taux restent sages, et Wall Street tutoie les sommets. Selon Waechter, c’est l’ajustement progressif des ambitions de Trump – notamment face à la Chine – qui a évité le décrochage brutal. Mais la chute rapide du dollar pourrait sonner l’alerte. Une analyse fine pour comprendre pourquoi le calme apparent des marchés pourrait bien n’être qu’un répit stratégique.

Depuis le début de l’année 2025, le paysage économique est nouveau. Ce changement de cap reflète principalement la politique économique menée par la Maison Blanche à travers 2 dimensions :
1- l’accentuation de l’isolationnisme avec les annonces sur les droites de douane.
2- le changement de méthode du modèle global qui privilégie le bilatéralisme et la négociation directe avec les États-Unis.

Le modèle coopératif d’avant n’est plus la référence pour comprendre les dynamiques actuelles. Ce choix de politique économique encore en discussion pourrait engendrer des représailles, de l’inflation supplémentaire aux USA et un ralentissement de l’activité globale.
A ce cadre s’ajoute la politique budgétaire de la Maison Blanche qui va accentuer les inégalités et accroître la dette publique américaine. Sur ce dernier point, l’estimation conservatrice du CBO est de 2400 Mds sur 10 ans. En intégrant toutes les dimensions du projet de loi ce serait plutôt 5700 mds.

Pourtant les taux d’intérêt de long terme ne bougent pas et les marchés boursiers américains sont au plus hauts.

Ce paradoxe ne peut se résoudre que si l’on observe que les temps les plus incertains, notamment au début du mois d’avril avec les annonces sur le niveau des droits de douane a coïncidé avec une forte volatilité des marchés.

Pourquoi la prime de risque n’est-elle pas plus forte ?

Trois éléments principalement

1-La Chine a mis en place des représailles et l’exagération des droits appliqués aux produits chinois (145%) ont fait plier la Maison Blanche. Au regard de la dépendance des Etats-Unis aux produits chinois (batteries, ordinateurs…) les entreprises US étaient fortement pénalisées dans leur développement par la politique menée. D’où la normalisation du 12 mai avec un droit de douane toujours très élevé mais de 30%.
2-La rupture souhaitée par Washington aurait pu se traduire par une perte de confiance envers les actifs US si cette stratégie avait été poursuivie. Il n’en a rien été parce qu’une prime de risque plus forte se serait traduite par des taux d’intérêt de long terme beaucoup plus élevés.
3-Les annonces sur les tarifs de douane début juillet sont anticipées comme modestes par rapport à la révolution annoncée. Il y a aura des plus élevés qu’avant mais moins forts qu’anticipés après l’élection du 5 novembre.

Le président américain ne peut pas faire comme il l’entend sous peine de pénaliser l’économie américaine dans la durée. Il n’y aura jamais de retour dans le monde d’avant mais le cadre qui existait n’est pas complètement bafoué. Et c’est finalement ce rapport de force nouveau entre le reste du monde et Trump qui évite la rupture des marchés.

Néanmoins, il y a un point de fuite. Le dollar se dégrade rapidement et fortement (-10% depuis le début de l’année). C’est la contre-mesure qui signale que tout ce que l’on observe pourrait changer de sens si Trump s’entêtait sur les droits de douane.

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