Hiver-Wall-Street | Les actualités économiques et financières

Un hiver encore compliqué

L’économie mondiale a mieux résisté qu’attendu cet été mais commence à ralentir nettement en septembre et octobre, en particulier en dehors des Etats-Unis.

  • Les perspectives pour les prochains mois restent donc dégradées, avec la disparition de l’effet positif de la réouverture, la crise énergétique en Europe, l’inflation toujours élevée, auxquels s’ajoute le resserrement agressif et généralisé des politiques monétaires. En outre, l’économie chinoise ralentit de nouveau à cause de la politique Zéro-Covid qui devrait rester en place un moment.
  • Nous conservons un scénario central plutôt négatif, intégrant une légère récession de l’activité en Europe dès la fin 2022 et aux Etats-Unis probablement au cours de 2023. Cela dit, le soutien budgétaire massif en Europe et la solidité des fondamentaux aux Etats-Unis limite le risque d’une récession abrupte selon nous.
  • Après leur forte baisse depuis le début de l’année, les marchés intègrent des perspectives de taux d’intérêt durablement plus élevés. Mais nous pensons que les actifs risqués n’intègrent pas suffisamment la dégradation à venir des profits et des fondamentaux des entreprises ni l’absence de soutien des banques centrales à cause de l’inflation. Dans ce contexte, nous restons prudents dans les choix d’investissement. Nous préférons toujours les segments défensifs dans notre poche actions (entreprises de qualité vs de croissance, États-Unis vs Europe). Nous revenons sur les obligations les moins risquées, en particulier les obligations publiques.

Les vues de la Gestion à trois mois : Les banques centrales luttent plus que jamais contre l’inflation, au détriment de l’activité

 Nos convictions sur l’environnement économique global à un horizon de trois mois

La toile de fond macroéconomique pour les marchés devrait rester dégradée et incertaine dans les prochains mois, avec un net ralentissement de la croissance, une inflation toujours trop élevée et des banques centrales en croisade pour reprendre le contrôle de l’inflation. Le risque que les banques centrales en fassent trop augmente encore.

  • Le resserrement monétaire des banques se poursuit à un rythme effréné, avec peu d’espoir d’une accalmie d’ici la fin de l’année. La Fed, la BCE et la Banque d’Angleterre ont remonté leurs taux directeurs de 0.75% en Octobre/novembre (contre des pas de 0.25% habituellement) et accélèrent leurs plans de réduction de leurs bilans. De plus, les trois banques centrales ont clairement indiqué qu’elles comptaient continuer les hausses de taux dans les prochains mois, même si le rythme des hausses de taux pourrait commencer à ralentir. Surtout, elles acceptent le risque de renforcer les pressions récessives comme le prix à payer pour éviter que l’inflation ne s’ancre durablement au-dessus de leur cible de 2%. Le resserrement monétaire actuel est le plus important en taille, en vitesse et dans son caractère généralisé à travers le globe. Ainsi, le taux directeur moyen dans les pays développés, qui était négatif jusqu’en mars, dépasse 2,5% pour la première fois depuis 2008 et devrait dépasser 3% d’ici la fin de l’année. Surtout, contrairement à leur habitude des dernières décennies, quand le risque était que l’inflation soit trop basse, les banques centrales ne vont pas remettre en cause leur resserrement monétaire aux premiers signes de dégradation de l’économie. Nous anticipons que la Fed et la BCE vont remonter leur taux de 0,5% en décembre et encore un peu début 2023 de telle sorte que les taux directeurs dépasseraient 4,5% aux États-Unis et s’approcheraient de 2,5% en Zone Euro. Le risque est que les taux montent encore d’avantage si les pressions inflationnistes ne commencent pas à baisser, mais nous pensons que les banques centrales feront attention au risque de tensions financières systémiques si elles remontaient leur taux encore plus violemment (comme la crise des fonds de pensions anglais l’a montré il y a un mois).
  • Cela entraine un net durcissement des conditions financières qui vont peser fortement sur l’économie dans les prochains trimestres. Les conditions financières ont été volatiles mais globalement stables en octobre. Cela dit, elles restent exceptionnellement dures par rapport à ces dernières années. Les principaux actifs liquides ont reculé durant les trois premiers trimestres de 2022, que ce soient les actifs risqués comme les actions, ou les actifs refuges comme les obligations publiques. C’est une première dans l’histoire récente. Par ailleurs, le dollar atteint des sommets par rapport à la quasi-totalité des autres devises et la volatilité des marchés atteint elle-aussi des seuils records. Les conditions de financement pour les États, les entreprises et les ménages se durcissent nettement, ce qui pèse sur l’immobilier, et pèsera sur l’investissement, l’emploi et la consommation dans les prochains trimestres.
  • La conjoncture économique mondiale était déjà difficile avec un nouveau ralentissement de la Chine après son rebond limité de l’été et avec la crise énergétique en Europe, qui devrait entraîner la région en récession à l’approche de l’hiver.  Toutefois, celle-ci pourrait s’avérer bien moins sévère que nous le craignions grâce au haut niveau des stocks de gaz et aux soutiens budgétaires massives. Ajoutées à cela, les décisions des banques centrales privilégiant clairement la lutte contre l’inflation à l’économie nous laissent penser que les chances de récession en Europe et aux États-Unis ont augmenté encore ce mois-ci.
  • Le prix des matières premières énergétiques a cessé de refluer en octobre et reste élevé compte tenu des faibles perspectives de demande. Cela reflètedes tensions sur l’offre d’énergie qui pourrait perdurer dans les prochains trimestres. L’absence quasi-totale de livraison de gaz russe à l’Europe rendra la reconstruction des stocks après l’hiver compliquée alors que l’OPEP+ défend un prix du pétrole élevé en réduisant ses quotas de production. Face à un choc énergétique historique pour l’Europe, les gouvernements de la Zone Euro continuent d’annoncer plus d’aides budgétaires pour aider les entreprises, et surtout les ménages. Ces aides ne devraient pas suffire à empêcher la baisse de l’activité en Europe, mais elles pourraient quand même limiter grandement l’ampleur de la récession. Malheureusement, pour le Royaume-Uni, la faible crédibilité politique devant les marchés, force le nouveau gouvernement à réduire les aides budgétaires pour l’hiver, ce qui pourrait entrainer une récession plus importante.
  • L’activité a résisté mieux qu’attendu cet été mais elle ralentit à l’approche de l’hiver, en particulier en Europe et en Chine. Dans le même temps, l’inflation continue de surprendre à la hausse. Nous continuons de penser que le scénario le plus probable est celui d’une légère récession à la fin 2022 / début 2023 des deux côtés de l’Atlantique. La récession aux États-Unis pourrait être plus tardive si le marché de l’emploi et la consommation continuent de se montrer résilients, mais dans ce cas la Fed pourrait forcer une récession plus importante.
    • En Zone Euro, la croissance a ralenti cet été (de 0,8% à 0,2% sur le trimestre) à cause de l’atténuation du soutien de la réouverture mais est restée positive, même en Allemagne. Cela dit, les indicateurs de confiance continuent de baisser nettement en octobre vers un niveau indiquant une nette contraction de l’activité. L’Allemagne est particulièrement impactée par la crise du gaz et les perturbations de chaînes de production en Europe de l’Est. Nous prévoyons une légère baisse du PIB dans les prochains trimestres, même si l’Espagne et la France pourraient mieux résister. Côté inflation, l’indice total a accéléré encore nettement en octobre pour dépasser pour la première fois les 10%. Même si la hausse provient principalement de l’énergie et de l’alimentation, elle se diffuse aussi aux autres prix. En effet, l’inflation sous-jacente continue d’accélérer et, à 5.0%, elle est bien au-dessus du niveau de confort de la BCE. L’inflation ne devrait pas baisser significativement avant au moins mi-2023 selon nos anticipations.
    • Aux États-Unis, le PIB a retrouvé la croissance au T3 (+2,6% en rythme annualisé), après deux trimestres de baisse, grâce à la résilience de la consommation et de l’investissement des entreprises. La conjoncture reste légèrement positive au début du T4. Surtout, les créations d’emplois restent dynamiques et le marché de l’emploi très tendu, avec encore un niveau historiquement élevé de 1,9 postes vacants par chômeur et des salaires qui progressent de plus de 5%. En revanche, le secteur de l’immobilier se dégrade fortement après la forte hausse des taux hypothécaires. Nous continuons d’anticiper que l’économie américaine va ralentir graduellement jusqu’à la fin de l’année et que l’impact retardé du resserrement monétaire et du ralentissement mondial devraient entrainer une légère récession au cours de 2023. Du côté des prix, si le pic de l’inflation semble être passé, son reflux est très lent et les pressions restent bien trop élevées pour anticiper un retour rapide vers les 2%. Ainsi, l’inflation totale a baissé à 8.1% en septembre, mais l’inflation sous-jacente à ré-accéléré à 6.7%. Nous prévoyons que l’inflation américaine commencera à baisser plus nettement dans les prochains mois mais pas suffisamment pour revenir rapidement vers les 2%.
    • Après un léger rebond de l’économie chinoise cet été (+3,9% après 0.4% en glissement annuel), elle ralentit de nouveau depuis septembre en raison des nouveaux confinements locaux et de la poursuite de la correction immobilière. Ainsi, les indicateur PMI d’octobre chutent nettement sous les 50pt dans l’industrie comme dans les services. Le Président Xi a bien sécurisé un nouveau mandat de 5 ans et nommé des proches aux principaux postes clés, ce qui fait craindre que la politique Zéro-Covid reste en place et que l’idéologie prenne le pas sur les réformes économiques. Dans ce contexte, nous pensons que la croissance va rester faible dans les prochains trimestres.
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Hausse des taux et Chine : des forces stabilisante pour la conjoncture internationale
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Ça ne s’améliore pas en Asie